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Information et propagande en temps de guerre : les médias et la guerre du Viêt Nam

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Objectif
  • Comprendre en quoi la guerre du Viêt Nam constitue une rupture dans le traitement médiatique des conflits armés.
Points clés
  • Comprendre les particularités du journalisme de guerre.
  • Connaitre les principaux événements de la guerre du Viêt Nam.
  • Connaitre les principaux éléments du traitement médiatique de la guerre du Viêt Nam et leurs effets sur l’opinion publique.
Pour bien comprendre

3e (histoire) : « Un monde bipolaire au temps de la guerre froide »

1. L’information en temps de guerre : un enjeu majeur

La guerre est un sujet médiatique exceptionnel. Elle entraine une forte mobilisation médiatique.
C’est aussi le moment du journalisme de guerre.

Un correspondant de guerre est un journaliste qui rapporte des faits relatifs à un conflit militaire. Il peut se trouver dans les zones de combat, intégré dans une des forces en présence ou à l'arrière.

Le journalisme peut aisément être instrumentalisé en temps de guerre :

  • contrôle de l’information par les forces en présence ;
  • risque de « sensationnalisme » avec des photos de victimes, dans un camp comme dans l’autre.
On parle de sensationnalisme pour qualifier une forme de journalisme qui exploite le goût du « sensationnel » d’une partie du public pour des raisons d’audience. Il s’agit donc d’user de procédés dramatisant certains événements via le choix du texte ou des images.

À l’inverse, le rôle du journalisme de guerre est fondamental pour informer les populations civiles, éloignées du conflit. Le reporter de guerre peut ainsi dénoncer des crimes de guerre.

Un crime de guerre est une violation du droit de la guerre. Ce droit repose sur les conventions de Genève de 1949.
Exemple
Il est interdit de s’en prendre volontairement aux civils, aux blessés, aux prisonniers de guerre ou aux biens non militaires.
2. La rupture de la Guerre du Viêt Nam
a. Quelques rappels sur la guerre du Viêt Nam

Le Viêt Nam, colonisé par la France au XIXe siècle, est indépendant depuis 1954 suite à la guerre d’Indochine. Le pays est alors divisé en deux États :

  • le Nord-Viêt Nam (pro-soviétique) ;
  • le Sud-Viêt Nam (pro-occidental).

Au Sud-Viêt Nam, une rébellion communiste « viet-cong » (« communistes vietnamiens ») éclate et est soutenue par le Nord. Cela entraine une guerre dans laquelle s’impliquent les États-Unis et l’URSS dans le contexte de la Guerre froide.
Kennedy envoie des troupes dès 1961. Il craint la « théorie des dominos »

La « théorie des dominos », suivant l’expression de l’ancien président Eisenhower, exprime la crainte des Occidentaux de voir un basculement des régimes pro-occidentaux vers un régime communiste.

Lyndon Johnson lance, le 4 août 1964, les premiers raids américains sur des positions communistes au Sud-Viêt Nam et engage militairement les États-Unis contre le Nord-Viêt Nam.
En février 1968, a lieu l’offensive du Têt.

Remarque
L'armée nord-vietnamienne lance un brutal assaut contre une base américaine, près de la piste Hô Chi Minh et de la frontière laotienne. Les Américains font venir en défense leurs soldats du reste du pays. C’était le but recherché, car, 10 jours plus tard, dans la nuit du 30 au 31 janvier 1968, les Nord-Vietnamiens profitent des festivités du Têt (fête du Nouvel An vietnamien) pour lancer une offensive générale sur les villes du Sud-Viêt Nam.

La contestation du conflit progresse en Occident. Le rôle des médias est d’ailleurs déterminant. En 1970, Richard Nixon entame le retrait des troupes.
En 1973, les accords de paix de Paris sont signés. Les États-Unis s’engagent à retirer leurs troupes et le Nord-Viêt Nam s’engage à libérer les prisonniers américains.
La guerre se poursuit entre le Nord-Viêt Nam et le Sud-Viêt Nam jusqu’à la chute de Saigon le 30 avril 1975. Le Sud-Viêt Nam capitule et le Vietnam est réunifié avec pour capitale Hô Chi Minh-Ville (ex-Saïgon) sous l’autorité d’un régime communiste.

Le bilan de la guerre est lourd :

  • 3,8 millions de civils et militaires vietnamiens (soit environ 8 % de la population) ;
  • de multiples blessés par armes ainsi que par le napalm et l’agent orange.
Le napalm est de l’essence gélifiée, utilisée dans les bombes incendiaires.
L’agent orange est un défoliant, c’est-à-dire un herbicide qui a pour effet de faire tomber les feuilles des arbres. Il était utilisé par les États-Unis pour combattre plus facilement en zone forestière. C’est un produit hautement toxique. 58 000 morts américains.
b. En quoi la guerre du Viêt Nam marque-t-elle une rupture dans le traitement de l’information en période de guerre ?

La guerre du Viêt Nam est la première guerre filmée en continu dont les images sont retransmises aux populations civiles (journaux télévisés de CBS Evening News).

Les États-Unis facilitent le travail des reporters de guerre dès le début du conflit. Ainsi, en 1968, plus de 600 journalistes sont présents au Viêt Nam. Moins de 80 sont réellement sur le terrain mais le fait qu’il s’agisse avant tout d’un conflit de guérilla limite la possibilité d’obtenir des images du camp adverse.

La guérilla est une forme de guerre caractérisée par des actions de harcèlement et d'embuscades.

Cela n’empêche pas une grande volonté de contrôle de la part de l’administration. Les États-Unis créent en 1965 un ministère de l’Information, indépendant des forces américaines au Viêt Nam, le Joint United State Public Affairs Office (JUSPAO) qui se maintient jusqu’en 1972.

Les journalistes présents sur place montrent peu à peu des images du conflit qui jouent un rôle prépondérant dans la formation de l’opinion publique vis-à-vis du conflit.

L’offensive du Têt en 1968 est une désillusion pour l’opinion publique américaine : elle prend conscience de la force militaire des Viet-congs. Le Têt marque une rupture dans le traitement médiatique du conflit. Par la suite, les États-Unis restreignent la couverture médiatique des combats.
Cela intensifie les mouvements d’opposition à la guerre, déjà très présents dans certains campus américains.
Les médias révèlent également des crimes de guerre du fait des troupes américaines, qui font encore croitre la contestation en Occident. Ils jouent un rôle de dénonciateurs.

Exemple
Le massacre de My Lai est un exemple majeur de ces révélations. Le 16 mars 1968, quelques semaines après l'offensive du Têt, 350 à 500 habitants des hameaux de My Lai et My Khé sont massacrés par une compagnie américaine.

L’administration américaine ne parvient pas à maitriser l’afflux de photographies d’envoyés spéciaux présents au Viêt Nam : housses mortuaires de soldats, photos montrant les horreurs du conflit, etc.
Des sit-ins s’organisent, de plus en plus nombreux. On parle de la « consciousness generation » (la génération de la prise de conscience).
Parallèlement, la propagande communiste bat son plein. Sur place, la radio nord-vietnamienne tente de démoraliser les soldats américains : diffuse de prises de parole en anglais appelant les GIs à rentrer chez eux, listes radiodiffusées des noms des GIs tués, etc.
À l’étranger, l’URSS a joué un rôle important dans la diffusion d’informations en faveur des troupes communistes. Cependant, l’Union soviétique cherchait avant tout une solution négociée au conflit afin d’écarter tout risque de conflit nucléaire ou de conflit direct avec les États-Unis.

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