Y a-t-il une science du vivant ? - Maxicours

Y a-t-il une science du vivant ?

Aujourd’hui, la biologie est apparentée à la science du vivant. Étymologiquement bios signifie, en grec, « la vie », et logos peut être traduit par « discours savant », ou « science ». Le terme a été introduit par Lamarck au début du 19e siècle : le naturaliste français définit la biologie comme une « science qui englobe tout ce qui est généralement commun aux végétaux et aux animaux comme les facultés qui sont propres à chacun de ces êtres, sans exception ». La biologie se charge donc d’étudier ces « facultés », ou ces propriétés. Auparavant, la « vie » ne faisait pas l’objet d’une étude particulière. On distinguait les êtres animés des êtres inanimés ; l’« âme » est l'animé, elle est liée au souffle, à la vie. L’âme était, par conséquent, le concept qui permettait d’expliquer le phénomène de la vie. On peut donc considérer que la biologie est une science relativement nouvelle, par rapport aux mathématiques ou à la physique. Demander s’il existe une science du vivant revient finalement à admettre, implicitement, qu’on ne peut pas étudier les êtres vivants comme on étudie les phénomènes matériels, les objets, les choses. La biologie n’est-elle pas, à ce titre, une science très particulière ?

1. La biologie n'est pas une science comme les autres : la spécificité du vivant
a. Les trois facultés essentielles des êtres vivants
On admet habituellement que les êtres vivants ont en commun trois facultés essentielles.
• Ils sont en relation constante avec un milieu extérieur (nous parlons aujourd’hui d'« environnement »).
• Ils se reproduisent entre eux : ce sont des êtres sexués.
• Les organismes vivants sont capables d’autorégulation : l’organisme, par exemple, secrète des anticorps ; les blessures cicatrisent ; certains organismes peuvent se régénérer (la queue du lézard repousse). C’est pourquoi on dit de la vie qu’elle est « création ».
On peut retenir la célèbre définition de Xavier Bichat, médecin et biologiste français (1771-1802) : « La vie, c’est l’ensemble des fonctions qui résistent à la mort » (Recherches physiologiques sur la vie et la mort). Mais si nous parlons de la vie, nous parlons en même temps de la mort. Ainsi, l’existence des êtres vivants, qu’il s’agisse des végétaux, des animaux ou des êtres humains est liée au temps. La durée de la vie est limitée ; la finalité de la vie, c’est la mort.
b. Les êtres vivants sont considérés comme des objets d'étude comme les autres
La spécificité du vivant n’empêche pas qu’il soit considéré comme un objet d’étude comme un autre. Les phénomènes liés au vivant peuvent être étudiés de la même manière que les phénomènes physiques. C’est justement parce qu’on a considéré que le corps humain pouvait être étudié comme l’étaient les objets, que la biologie a pu se constituer comme science. L’anatomie a progressé quand, avec Vésale (1514-1564) et donc à partir de la Renaissance, les dissections du corps humain ont pu être pratiquées. Les dissections sont révélatrices d’une nouvelle attitude scientifique. Le corps doit pouvoir être considéré comme un objet ; les progrès de la science nécessitent sa désacralisation.

2. Les théories du vivant
a. La doctrine finaliste
Aristote proposait une explication finaliste des mécanismes de la vie ; le finalisme établit que « la nature ne fait rien en vain ». Rien dans ce que produit la nature n’est inutile ; celle-ci a donc une « finalité », c’est-à-dire un but, un dessein. Lorsque Lamarck dit que « la fonction crée l’organe », il soutient, d’une certaine manière, l'idée de finalisme. « C’est à partir des fins liées à certaines fonctions des organes que l’on peut comprendre le vivant », pense Lamarck. Par exemple, l’œil est fait pour voir, l’oreille pour entendre, les mains pour se saisir des objets. Les oiseaux ont des ailes pour voler, les poissons ont des nageoires pour nager.

Croire que « la nature ne fait rien en vain » n’empêche pas de défendre, conjointement, la spécificité de la vie. Ainsi à la doctrine mécaniste de la vie, défendue par les cartésiens, s’oppose la doctrine vitaliste, défendue par les biologistes.

Descartes (1596-1650) conçoit la nature comme une grande machine, dont le fonctionnement s’explique par l’agencement, entre elles, des différentes parties de la machine. Les animaux doivent être étudiés comme on étudie les automates : les organes ne sont que des rouages ; la vie équivaut à un mouvement, à une impulsion initiale, qui se transmet de pièces en pièces. Descartes propose donc d’étudier le vivant comme on étudie les « automates » ou les « machines mouvantes ». Il reconnaît toutefois que cette « machine mouvante » qu’est le corps humain (ou les corps des animaux) est autrement plus complexe que ne le sont les machines : « ayant été faite des mains de Dieu [elle] est incomparablement mieux ordonnée, et en soi des mouvements plus admirables, qu’aucune de celles qui ont pu être inventées par les hommes » (Discours de la Méthode, Cinquième partie).
b. Les doctrines mécaniste et matérialiste
La vision mécaniste du monde est en outre, le plus souvent, liée à la doctrine matérialiste. La Mettrie (1709-1751) est l’un des principaux représentants de ces deux courants. Descartes avait parlé de l’animal-machine ; dans L’homme machine, La Mettrie franchit un pas : l’homme peut, lui aussi, être considéré comme une machine. Le fait qu’il possède une âme ne le distingue pas des autres êtres vivants. Dans cette optique, La Mettrie envisage même que l’on pourrait apprendre à parler aux singes.

3. L'évolution des théories finaliste et mécaniste
a. Les positions de Kant et de Bergson
Pour Kant (1724-1804), le fait d’assimiler un organisme vivant à une machine est une vision réductrice de la vie. Dans le mécanisme d’une montre, explique Kant (Critique de la faculté de juger, § 65), « un rouage ne peut en produire un autre, et une montre encore moins d’autres montres ». En revanche, les êtres vivants (que Kant nomme « êtres organisés ») sont capables de le faire : « Ainsi un être organisé n’est pas seulement une machine, car la machine possède uniquement une force motrice ; mais l’être organisé possède une force formatrice (…) : il s’agit d’une force formatrice qui ne se propage et qui ne peut pas être expliquée par la seule faculté de se mouvoir (le mécanisme) ». En montrant que le vivant possède une « force créatrice », Kant se range du côté de ceux qu’on nommera les « vitalistes », et rejette l’explication mécaniste du vivant.

Bergson (1859-1941), dans L’évolution créatrice, s’oppose à la fois au finalisme (la nature n’a pas de dessein) et au mécanisme. Il introduit le concept d’« élan vital », lequel rend compte de la force créative du vivant. La force vitale s’exprime par une lutte contre la matière. Elle est, en outre, imprévisible et instable, toujours mouvante. Bergson oppose, donc, l’élan vital à l’inertie inhérente à la matière.
b. Les réflexions de Jacques Monod et de François Jacob
Jacques Monod (1910-1976), biochimiste français (Prix Nobel de médecine en 1975, pour ses travaux sur la génétique) rejette le concept d’élan vital, et argue au contraire que les êtres vivants résistent au changement et possèdent une structure très conservatrice. Mais de Bergson à Monod, le paradigme scientifique n’est plus le même. On a assisté à un bond prodigieux dans l’étude de la biologie et de la génétique.

Pour François Jacob (né en 1920, ce biologiste français reçoit le Prix Nobel de médecine en même temps que Jacques Monod), la finalité doit définitivement être écartée de la sphère du vivant. Elle correspond selon lui à un « anthropomorphisme », qui peut-être assimilé à une croyance contre laquelle il a longtemps fallu lutter : « La finalité, qui caractérise beaucoup d’activités humaines a longtemps servi de modèle universel pour expliquer tout ce qui, dans la nature, a paru orienté vers un but. C’est le cas notamment des êtres vivants dont toutes les structures, les propriétés, le comportement semblent à l’évidence répondre à un dessein » (Le jeu des possibles, 1981).

Conclusion
La controverse opposant les « vitalistes » aux « mécanistes » semble aujourd’hui être dépassée, et s’exprimer en d’autres termes. Il n’empêche que le vivant conserve toujours sa spécificité, dans la mesure où tous les êtres vivants sont, à la différence de ceux qui ne sont pas vivants, dépendants de leur environnement.

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