Le bonheur doit-il être la principale finalité de l'homme ? - Maxicours

Le bonheur doit-il être la principale finalité de l'homme ?

Objectif

Savoir si le bonheur est la principale finalité de l'homme

Points clés
  • L'homme cherche le bonheur, mais il est plus raisonnable de chercher la justice.
  • Le bonheur est difficile à appréhender et est subjectif.
  • L'homme doit plutôt chercher à faire son devoir que chercher le bonheur.
  • Le bonheur est accessible à l'homme libre.
  • Cependant, le bonheur n'est pas que plaisir : il est aussi souffrance.
1. La conception antique du bonheur
a. Le bonheur est l'affaire de la politique et de la philosophie

Aristote (384-322 av. J.-C.), dans son Éthique à Nicomaque, dit qu’« il ne peut y avoir de cheval, d’oiseau ou de poisson heureux » : cela signifie que le bonheur est le propre de l’homme.
En outre, parce que l’homme est un « animal politique », parce qu’il ne peut vivre de façon isolée, le bonheur est conçu de manière collective : il ne s’agit donc pas d’un bien individuel. Le bien général est toujours supérieur au bien particulier. Le bonheur est par conséquent l’objet de la sphère politique.

Le bonheur est en outre ce que seul le philosophe recherche : le bonheur tel que le conçoit la foule n’est pas le bonheur du philosophe. Seul ce dernier s’enquiert du bonheur authentique. C’est trop demander aux hommes que de mener une vie heureuse : la plupart d’entre eux en sont incapables. Mais ce n’est pas leur demander assez que de ne pas leur demander de rechercher le bonheur. Il faut donc néanmoins exiger que les hommes excluent de leur existence la quête du bonheur.
Pour accéder à la partie divine de lui-même (il est ainsi différent du cheval, de l’oiseau ou du poisson), l’homme doit donc s’efforcer de poursuivre le bonheur.

b. La distinction établie par Aristote entre le bonheur et la justice

Si c’est trop demander aux hommes de faire en sorte qu’ils soient heureux, Aristote montre que la justice, contrairement au bonheur, est accessible à tous. Chacun, en effet, est capable de se comporter de façon juste et équitable au cours de son existence. Il est donc plus sage de se résoudre à chercher la justice plutôt que le bonheur.

Le sage (le philosophe) s’accomplit par lui-même et en lui-même. Il peut avoir recours à la méditation, ce dont sont rarement capables la plupart des hommes. L’homme juste, lui, « a besoin des autres » pour vivre. Beaucoup d’individus en effet sont incapables de vivre sans les autres. On ne peut donc exiger de l’homme qu’il soit seul : la solitude du philosophe est faite de renoncement et d’abnégation.
On comprend mieux ainsi pourquoi le bonheur est le bien propre du philosophe. Il est plus raisonnable, en résumé, de rechercher la justice que le bonheur.

2. La conception kantienne du bonheur
a. Le bonheur ne peut être le but principal de l'homme

Le bonheur, que Kant (1724-1804) appelle aussi « jouissance de la vie », est ce que recherchent tous les hommes. Le problème est que chaque homme, dit Kant, se fait une conception différente du bonheur. On ne peut donc pas vraiment dire en quoi le bonheur consiste. Le bonheur reste un concept vague, indéterminé.
En outre, il correspond principalement à un « idéal de l’imagination » : le bonheur serait en quelque sorte une chimère, un bien inaccessible. Il est même « pathologique », puisqu’il est essentiellement apparenté aux émotions, aux sentiments et aux passions. Or ce qui relève de l’affectif ne doit pas rentrer en ligne de compte s’il s’agit de savoir quel est le but principal que l’homme doit poursuivre.

b. À l'idée du bonheur nous devons substituer l'idée du devoir

C’est pourquoi à l’idée de bonheur comme fin suprême Kant substitue l’idée du devoir, qui correspond à la loi morale : seul le devoir est majestueux. Il faut donc s’efforcer de faire son devoir plutôt que de chercher à être heureux. L’homme vertueux (celui qui fait son devoir par respect pour le devoir : « tu dois parce que tu dois ») n’a pas à prendre en considération cette idée du bonheur.
On comprend bien dès lors la séparation existante entre le bonheur antique et le bonheur moderne : alors que les Grecs n’envisageaient pas le bonheur et la morale de manière séparée, Kant dit au contraire que la morale et le bonheur sont deux concepts très différents, qu’il ne faut pas confondre.

3. La notion de béatitude chez Spinoza
a. Un homme heureux est un homme libre

Dans la cinquième et dernière partie de l'Éthique, Spinoza définit ce qu’il entend par le terme de « bonheur », qu’il associe au « Souverain bien » (il s’approprie donc d’une certaine manière la définition qui était celle des philosophes de l’Antiquité). Selon lui, seul l’homme libre peut être heureux ; et peut-être défini comme « libre » l’homme qui se connaît lui-même. Comment peut-on se connaître soi-même ? En connaissant, montre Spinoza, la nature de nos besoins, de nos désirs et de nos passions.
Que sait encore l’homme libre ? L’homme libre sait, précisément, qu’il n’est pas libre, que la liberté est illusoire. Fort de ce savoir, il est alors possible pour lui d’acquérir un minimum de liberté, à partir de laquelle il pourra construire son bonheur.

b. Nous accédons à la béatitude par l'amour intellectuel de Dieu

En conquérant sa liberté, l’homme accède à ce bonheur que Spinoza nomme « béatitude ». Le livre V de son Éthique, intitulé De la liberté de l’homme ou De la puissance de l’entendement, étudie précisément comment l’homme, en ayant recours à sa raison, peut accéder à la liberté, et donc au bonheur.
C’est encore, selon Spinoza, par « la connaissance du troisième genre », qui est « amour intellectuel de Dieu », que nous accédons à la liberté, en même temps que nous accédons au bonheur. Nous prenons conscience de l’éternité de notre âme, laquelle subsiste lorsque le corps périt. Le bonheur n’est pas ainsi la conséquence de la vertu (ou de la morale), mais la vertu elle-même.
Cette « connaissance du troisième genre », qui correspond à la « béatitude », n’est toutefois pas accessible à tous ; seul le philosophe y aura finalement accès. Mais, conclut Spinoza (il s’agit de la dernière phrase de l'Éthique), « Tout ce qui est beau est difficile autant que rare ».

4. Le bonheur ne peut pas être ce que l'homme poursuit
a. « Le bonheur est sans positivité »

Arthur Schopenhauer (1788-1860) estime que la condition humaine est marquée avant tout par le malheur. Le propre de l’homme n’est pas d’être heureux, mais d’être malheureux. Il s’agit d’un constat. Le plaisir n’est selon lui que la cessation d’une souffrance, c’est pourquoi « le bonheur est sans positivité ». Le chemin qui mène au bonheur est donc une voie sans issue. Nous ne connaissons la vraie valeur des choses que par la souffrance qu’entraîne leur manque.

b. « Le bonheur des derniers hommes est prudent, mesquin et médiocre ».

Friedrich Nietzsche (1844-1900) critique essentiellement le bonheur quand il est conçu comme bien-être, quand il est assimilé « aux petits plaisirs » dont l’homme moderne se satisfait. Or, il ne peut exister de bonheur sans l’effort de l’esprit qui bouillonne et se surpasse. Le véritable bonheur s’obtient dans l’enthousiasme et dans la souffrance. Il est lié à l’esprit créatif. L’accumulation de satisfactions minuscules ne peut équivaloir au bonheur. Désirer le bonheur sous cette forme, c’est désirer un bonheur misérable.

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