La démocratie peut-elle échapper à la démagogie ? - Cours de Philosophie avec Maxicours - Lycée

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La démocratie peut-elle échapper à la démagogie ?

L'ambiguïté de cette question tient au fait qu'il y a dans les termes « démagogie » et « démocratie », une racine commune (dèmos en grec signifie « le peuple », « la multitude »), mais aussi une différence, car la démocratie renvoie à une forme de gouvernement, alors que la démagogie renvoie à la manière dont on peut exploiter ce type de gouvernement du peuple et le manipuler. Le peuple peut-il se gouverner lui-même en servant l'intérêt commun ? Le plus grand nombre exprime-t-il toujours ce qui est bien pour tous, ou seulement ce qui est avantageux pour lui-même au détriment des autres, des plus faibles ou des minorités ?
1. La démocratie comme idéal
a. Les formes de gouvernement
La question : « quel est le meilleur régime pour gouverner les hommes ? », à laquelle Aristote puis, plus tard, Montesquieu et Rousseau répondront par une classification des régimes politiques, implique une autre question : « Qui commande ? »

Dans la monarchie, un seul (mono), gouverne l'ensemble ; dans l'aristocratie, une élite, les meilleurs (aristos), gouverne ; dans la démocratie, le peuple (dèmos) se gouverne lui-même. A cela s'ajoutent deux principes de gouvernement, gouvernement en vue de l'intérêt ou bien commun : la république ; ou en vue d'un intérêt particulier : le despotisme.

Une monarchie peut être soit républicaine, soit despotique. La même chose est vraie pour un système aristocratique. Mais il semble, en théorie, que seule une démocratie assure un gouvernement républicain, car comment imaginer que l'ensemble des hommes ne gouverne pas dans leurs intérêts à tous ? Ou bien est-ce dans l'intérêt de chacun ? Là est la difficulté.

b. La théorie de la démocratie par Rousseau
Le Contrat social de Rousseau appuie sa théorie sur l'idée que le meilleur gouvernement, qui assure liberté et égalité à tous et qui œuvre dans l'intérêt général, ne peut être que la démocratie :
« J'appelle République tout Etat régi par des lois, car alors seulement l'intérêt public gouverne [...] tout gouvernement légitime est républicain. [...] Le Peuple soumis aux lois en doit être l'auteur » (livre II, chap. VI).

La démocratie, que Rousseau nomme République, est seule capable d'échapper à la tyrannie, à l'usurpation, à la démagogie et à la manipulation, car c'est le peuple devenu citoyen qui est tout à la fois souverain (il détient le pouvoir) et législateur (il fait lui-même les lois auxquelles il se soumet). La démocratie semble le meilleur régime en théorie, mais ne peut-elle dans la pratique dégénérer en démagogie ? Rousseau lui-même s'interroge :
« Comment une multitude aveugle qui souvent ne sait ce qu'elle veut, parce qu'elle sait rarement ce qui lui est bon, exécuterait-elle d'elle-même une entreprise aussi grande, aussi difficile qu'un système de législation ? » (livre II, chap. VI).

2. La démagogie comme dérive naturelle de la démocratie
a. Confusion entre plaisir et bien commun
C'est cette difficulté qui avait conduit Platon à considérer la monarchie comme le meilleur régime. S'il affirme que seul le philosophe doit être roi, et non le peuple, s'il écrit que la démocratie est le règne de la passion débridée et du bon plaisir, le règne dans lequel tout le monde voulant être le maître, personne n'accepte d'obéir, c'est parce que la démocratie cache en elle un mal possible : la démagogie, ou le règne de la flatterie des instincts égoïste et des passions basses.

Confondant le bien commun, avec le plaisir immédiat et la satisfaction sans lois, ni freins de ses envies, un peuple non éduqué politiquement, un peuple qui n'est pas philosophe, qui n'est pas tourné vers la sagesse, et une vision commune du bien, peut se perdre et se vendre au plus flatteur, au démagogue, à celui qui lui promettant toujours plus, lui vole ainsi sa liberté et le gouverne comme un animal.

b. Confusion entre égalité et identité
L'autre cause de la dérive possible de la démocratie en démagogie tient au fait qu'un peuple qui se gouverne lui-même, adopte un gouvernement démocratique pour assurer une égalité en droits et en devoirs de chacun.

Mais, précisément, au nom de l'égalité mal comprise, la multitude exige une identité stricte entre les hommes et tombe ainsi dans un « despotisme mou ». C'est ce que souligne Tocqueville :
« Je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. »
Réduit à son plaisir immédiat, à une sorte d'enfance ou vie animale, le peuple se laisse ainsi flatter dans un bonheur vide et sans but, et laisse encore une fois le vrai et seul pouvoir de gouverner à ceux qui en le flattant ainsi le manipule d'autant mieux.

3. La démocratie comme construction toujours fragile
a. Le problème de la représentation
Le risque de démagogie tient au fait qu'une démocratie est rarement directe, risque que Rousseau avait dénoncé dans Le Contrat social. Ce sont des représentants élus par le peuple qui gouvernent en son nom. Or, pour se faire élire d'une multitude, n'est-il pas plus aisé, comme le conseillait déjà Machiavel dans Le Prince, de flatter les passions du peuple pour mieux s'en servir et le conduire vers des fins qui ne sont pas les siennes ?

Quel peuple est-il digne d'une démocratie ? Celui qui vote pour le démagogue lui promettant la facilité, le plaisir, l'absence de contrainte et d'impôt, ou celui qui comprend que les contraintes, les limites aux plaisirs et à la satisfaction de chacun sont nécessaires pour le bien de tous ? Apparaissent ainsi le problème de la conquête de pouvoir par certains hommes plus rusés que les autres et celui de la conservation du pouvoir par l'abandon du peuple dans le mensonge et l'ignorance.

b. Le problème de l'éducation politique
Il n'y a donc pas de démocratie qui échappe à la démagogie, si l'éducation politique du peuple à ses propres affaires et obligations n'est pas faite. Le bonheur de tous et l'égale liberté de chacun exige des restrictions et sacrifices individuels. La démocratie vise un avenir commun meilleur, le démagogue cherche seulement pour lui-même et au présent à conserver un pouvoir, en promettant un avenir illusoire. Il sacrifie ainsi les minorités et les plus fragiles sur l'autel de la flatterie du plus grand nombre, ce qui est le propre d'un discours extrémiste, fasciste et mensonger.
Pour aller plus loin

Rousseau, Le Contrat social, livre II, chap. VI.
Tocqueville, De la démocratie en Amérique, p. 361-362.

Pour la classification des formes de gouvernement :
Platon, République, VIII (544 a) et IX.
Aristote, Politique, III et V, 1.
Montesquieu, L'Esprit des lois.

Pour la question de l'éducation d'un peuple et du risque démagogique et despotique du régime démocratique :
Kant, Vers la paix perpétuelle, deuxième section, premier article.
Rousseau, Le Contrat social, livre II, chap. VI et VII.

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