Peut-il y avoir une société sans Etat ? - Cours de Philosophie Terminale S avec Maxicours - Lycée

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Peut-il y avoir une société sans Etat ?

La société se définit comme un ensemble d'individus qui entretiennent entre eux des rapports réglés et qui sont liés par diverses formes de dépendances réciproques et d'échanges mutuels, ce qui inclut ici les sociétés animales.
L'organisation de la société dans des institutions politiques, administratives, judiciaires, économiques qui relèvent de l'Etat et qui n'appartiennent qu'aux hommes est-elle donc indispensable ou même naturelle ? Le regroupement des hommes doit-il nécessairement s'organiser politiquement ? Sans le pouvoir supérieur d'un Etat une société d'hommes est-elle viable ?
1. De la société vers l'ordre étatique
a. Sociabilité ou insociabilité naturelle des hommes ?
Si l'on veut comprendre la question d'une possible dissociation et indépendance de la société par rapport à l'Etat, il faut avant tout se demander :
- si le regroupement social est une tendance naturelle ; en ce cas, l'Etat comme organisation extérieure d'un ordre social semble inutile ;
- si la sociabilité des hommes n'est pas au contraire un effet artificiel et durement conquis par cette instance coercitive qu'est la puissance de l'Etat.

Aristote, dans La Politique, définit l'homme comme « animal politique ». De même qu'il y a des sociétés animales liées par le besoin et la survie, il y a des regroupements humains qui, passant de la famille, au village, conduisent naturellement vers la cité, vers une organisation politique. L'accomplissement naturel et le bonheur de l'homme se fait dans cette vie sociale avec ses semblables.

b. L'Etat comme artifice social de l'ordre
A l'opposé, devant les conflits, déchirements et discordes permanents qui naissent entre les hommes, un penseur comme Hobbes conclura de l'examen de ces passions violentes et naturelles des hommes qu'il faut, pour qu'une société pacifique existe, installer un pouvoir étatique fort et absolu qui fasse taire les divergences individuelles. La collectivité sociale n'est que le fruit d'une organisation contraignante, gouvernée par un souverain unique, qui seule met fin aux excès et égoïsmes individuels.
2. De la combinaison de l'Etat et de la société
a. Un double statut : auteur et sujet de l'Etat social
Il faut donc composer avec ce que Kant définira comme « l'insociable sociabilité » de l'homme. L'homme ne peut survivre et vivre bien, progresser et s'épanouir comme homme que dans la société des hommes, mais il lui faut un Etat qui règle, interdise, contrôle, limite les tendances, elles aussi naturelles, à l'insociabilité, au conflit, à la guerre de chacun contre chacun.

C'est Rousseau, dans Le Contrat social, qui inventera un double statut, dont la Révolution française et l'Etat naissant s'inspireront. Comme citoyen appartenant à une société, chaque homme est à la fois sujet soumis aux droits et lois de l'Etat qui le gouverne, et auteur de ces lois qu'il vote démocratiquement et choisit pour construire une société à son image.

b. Une double nature : citoyen public et homme privé
Chaque individu a non seulement des droits et des devoirs égaux en tant qu'acteur social et citoyen actif dans l'Etat, mais en tant qu'homme privé, il a aussi droit à un espace propre et différencié de liberté et d'action qui ne relève plus de l'Etat.

Ces limites à l'Etat, que des libéraux comme Adam Smith et des économistes surtout ont mis en évidence, s'appuient sur l'idée qu'il y a des échanges économiques, un commerce, des contrats entre les hommes qui ne regardent pas l'Etat et qui ne concernent que l'intérêt particulier et non l'intérêt général, domaine propre de l'Etat.

Il y a donc une extension de la société qui va bien au-delà du domaine de l'Etat. La société civile échange, tisse des liens, en dehors des règles de l'Etat, mais grâce à l'ordre politique, judiciaire et administratif que l'Etat a mis en place entre les hommes.

3. Crise et critique de l'Etat
a. Le modèle anarchique : le rêve d'une société sans Etat
Il n'en reste pas moins que le rêve d'une société sans Etat reste présent. Le mouvement anarchiste (a-narké, littéralement « sans pouvoir » ou « sans autorité »), né au XIXe siècle, ne prône pas comme on le croit souvent le désordre et le chaos, mais une société idéale fonctionnant sans le contrôle oppressif, pour l'individu, d'un Etat.

La devise des anarchistes « ni Dieu, ni maître » exprime bien le refus d'une autorité de l'Etat, que celui-ci tire sa légitimité du pouvoir divin (comme ce fut souvent le cas des monarchies) ou du pouvoir, même démocratique, des hommes. Aucune autorité n'a de légitimité à exercer un pouvoir sur d'autres hommes, fût-elle élue par une majorité. Seules des associations libres doivent suffire à assurer la coopération sociale, sans la tutelle d'institutions étatiques.

b. Etat et totalitarisme
A défaut de savoir si une telle société anarchiste peut être viable, puisqu'il n'existe pas de tentative réelle qui se soit constituée, il reste néanmoins un soupçon toujours légitime à l'égard de l'Etat lorsque celui-ci se substitue à la société.

Bien que Marx ait prôné dans sa doctrine socialiste la suppression de l'Etat comme moyen de l'oppression de la classe dominante sur les classes dominées, les tentatives communistes qui installèrent dans ce dessein une dictature du prolétariat (classe dominée) aboutirent toutes rapidement au totalitarisme.

Lorsque l'Etat, même communiste, c'est-à-dire représentant des intérêts communs, envahit toute la sphère sociale, gère non seulement les lois, l'administration, mais aussi ce qu'il faut lire, penser et écouter, l'éducation de ses enfants ou le commerce, alors il ne reste que l'omnipotence de l'Etat, et c'est la société comme sphère des libertés individuelles, lieu de vie, d'échange et de bonheur qui disparaît. Ne reste qu'une carcasse étatique représentant un bien commun, qui n'est celui de personne en particulier. L'Etat et la société doivent donc cerner leurs limites respectives.

Pour aller plus loin

Rousseau, Le Contrat social, livre I : l'auteur soutient ici sa thèse selon laquelle le sujet soumis aux lois de l'Etat doit être aussi l'auteur de ces mêmes lois.

Hobbes, Le Léviathan, partie II : l'auteur expose ici la nécessité d'établir un pouvoir étatique fort pour mettre fin à l'état de guerre que les hommes se mènent lorsqu'ils sont guidés par leurs passions et non par la force d'un souverain.

Kant, Idée d'une histoire universelle au point de vue cosmopolitique : thème de l'insociable sociabilité des hommes.

Aristote, Politique, I et II : sur la sociabilité naturelle de l'homme.

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