Le totalitarisme : la négation de l'être humain - Cours de Philosophie Terminale L avec Maxicours - Lycée

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Le totalitarisme : la négation de l'être humain

Les régimes politiques sont qualifiés de « totalitaires » parce qu’ils ont pour finalité la domination « totale » de la société et à l’élimination de toute opposition.
Concernant le phénomène totalitaire, les témoignages des dissidents russes envoyés au goulag ou des rescapés des camps de concentration nazis sont tout aussi précieux que les analyses historiques, sociologiques ou philosophiques qui ont pu en être faites. Une littérature s’est ainsi constituée, à travers divers récits, que l’on a spécifiée à travers l’expression, peut-être sans doute peu heureuse, de « littérature des camps ». On parle en outre assez peu du « laogaï » chinois, équivalents du goulag soviétique ; on estime que 20 millions de dissidents chinois y sont morts, depuis l’avènement du communisme en Chine.

1. La destruction de l'homme
a. La fabrication d'un homme nouveau
Mais autour de quelles idées les États totalitaires se sont-ils mis en place et consolidés ? Peut-on vraiment établir une comparaison entre la volonté d’édifier l’homme nouveau (stalinisme), et celle d’éradiquer de la « race » humaine sa composante juive (nazisme) ? À y regarder de près, on peut sans doute répondre par l’affirmative, au regard, une fois de plus, des éléments communs qui sous-tendent ces deux idéologies.
b. Les prisonniers des camps doivent être des « animaux résignés »
Les camps nazis ou soviétiques programmaient l’extermination de certains groupes d’individus, d’après certaines catégories établies arbitrairement, et la dégradation des êtres humains. En Allemagne comme en Russie, le nombre des « innocents » (ceux qui n’étaient pas juifs dans les camps allemands, ceux qui n’étaient pas communistes – les opposants politiques – dans les camps russes) n’ont cessé, au fur et à mesure que le temps passait, d’augmenter. Il peut s’agir de criminels, d’asociaux, d’homosexuels. Au goulag, les criminels sont mélangés aux « politiques ».
Tout est fait pour qu’aucun sentiment de solidarité ne se développe entre les prisonniers, afin que la hiérarchie s’impose d’elle-même. Ainsi, les individus cherchent à savoir s’ils appartiennent à une « haute » ou une « basse » catégorie, en fonction de l’ennemi suprême désigné (le juif, pour les dirigeants nazis). N’être pas juif fait ainsi du prisonnier un « privilégié ».

Il s’agissait, comme le dit encore Hannah Arendt, « de transformer la personnalité humaine en simple chose, en quelque chose que même les animaux ne sont pas ». L’essentiel était de soustraire les prisonniers au monde des vivants, et de les transformés en « animaux résignés ». Ont ainsi été fabriqués des « cadavres vivants », selon l’expression qu’un rescapé a pu employer.

2. La négation de l'humanité de l'homme
a. Récits et témoignages
Un grand nombre d’intellectuels, pour témoigner de l’horreur des camps nazis, ont choisi l’expression littéraire. Hannah Arendt, lorsqu’elle en parle, adopte un ton plus « littéraire » que « philosophique » ; elle s’engage dans la voie du récit, alors qu’elle-même est essentiellement philosophe. Le témoignage est irremplaçable ; toute tentative d’explication et de compréhension du phénomène des camps ne pourra jamais véritablement en rendre compte. Les images qui nous sont parvenues, que les réalisateurs ont utilisées pour le cinéma, sont inestimables (voir, par exemple, Claude Lanzmann, Shoah, 1985).

Hannah Arendt cite David Rousset (L’univers concentrationnaire, 1946) : « Les hommes normaux ne savent pas que tout est possible ». Tous les rescapés des camps décrivent une expérience similaire : tout a été programmé pour déshumaniser les prisonniers, et les priver de leur identité en créant les conditions de l’indignité humaine. On retrouve en ce 21e siècle, remise en quelque sorte à l’honneur cette notion de « dignité », dignité qu’il faut préserver pour que l’homme puisse demeurer un homme. Ainsi, les conditions ne doivent pas être créées pour qu’un individu se trouve en situation de ne pouvoir maintenir sa dignité.
b. L'espèce humaine
Pour détruire l’individualité de l’homme, on choisit, comme première cible, son corps. Affamer, torturer, imposer des travaux pénibles, l’exposition des corps nus aux yeux de tous font que peu à peu les corps ne sont plus des corps. « Le froid est plus meurtrier que le SS », constate Primo Lévi. La faim provoque les maladies. La saleté, les poux, la vermine, la gale ou les punaises rendent les camps pareils à des cloaques. Il s’agit bien d’animaliser l’homme pour lui soustraire son identité.
Une fois tuée la personne morale, il ne subsiste qu’un obstacle à la métamorphose des hommes en cadavres vivants : la différenciation des individus, l’identité unique de chacun (Hannah Arendt, Le système totalitaire). H. Arendt a finalement la certitude que « la nature de l’homme n’est humaine que dans la mesure où elle ouvre à l’homme la possibilité de devenir quelque chose de non naturel par excellence, à savoir un homme » (ibidem, page 270).

Robert Antelme, dans L’espèce humaine, exprime des sentiments similaires : « [Sentir] que l’on se sentait contesté comme homme, comme membre de l’espèce (…), c’est cela qui fut voulu par les autres. La mise en question de la qualité d’homme provoque une revendication presque biologique d’appartenance à l’espèce humaine » (Avant-propos, 1947). On ne pourrait, finalement, opposer, comme l’a fait une certaine tradition philosophique, les besoins et les désirs, le naturel et le non-naturel, l’animalité de l’homme et l’humanité de l’homme. Ceux qui nient à certains hommes leur qualité d’homme ne fait que renforcer l’idée selon laquelle il existe bien une « espèce », et donc une « nature » humaine.

Conclusion
L’époque du totalitarisme, tel qu’il vient d’être défini, semble révolu ; le totalitarisme a été le fruit de circonstances bien particulières, au sein d’un siècle marqué par la guerre, elle-même provoquée par les passions antisémites et nationalistes. Cela ne signifie nullement que nous soyons à l’abri d’autres fanatismes.
En outre, le parallèle établi entre régimes démocratiques et régimes totalitaires continue d’être pertinent, dans la perspective d’une analyse de la violence, qui serait consubstantielle à la politique. Certains philosophes contemporains estiment qu’aujourd’hui le mensonge, par exemple, n’est pas le privilège des États totalitaires ; il fonctionnerait très bien, de manière « douce » et subversive, dans les démocraties occidentales contemporaines.

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