Le totalitarisme : la négation de l'être humain - Maxicours

Le totalitarisme : la négation de l'être humain

Objectif

Comprendre ce qu'implique le totalitarisme

Points clés
  • Certains totalitarismes (notamment le stalinisme et le nazisme) ont pour objectif de « changer » l'être humain : les deux idéologies sont en quelque sorte similaires.
  • L'objectif est de déshumaniser l'être humain, lui enlever son identité en mutilant son corps.
1. La destruction de l'homme
a. La fabrication d'un homme nouveau

Mais autour de quelles idées les États totalitaires se sont-ils mis en place et consolidés ? Peut-on vraiment établir une comparaison entre la volonté d’édifier l’homme nouveau (stalinisme), et celle d’éradiquer de la « race » humaine sa composante juive (nazisme) ? À y regarder de près, on peut sans doute répondre par l’affirmative, au regard, une fois de plus, des éléments communs qui sous-tendent ces deux idéologies.

b. Les prisonniers des camps doivent être des « animaux résignés »

Les camps nazis ou soviétiques programmaient l’extermination de certains groupes d’individus, d’après certaines catégories établies arbitrairement, et la dégradation des êtres humains. En Allemagne comme en Russie, le nombre des « innocents » (ceux qui n’étaient pas Juifs dans les camps allemands, ceux qui n’étaient pas communistes – les opposants politiques – dans les camps russes) n’ont cessé, au fur et à mesure que le temps passait, d’augmenter. Il peut s’agir de criminels, d’asociaux, d’homosexuels. Au goulag, les criminels sont mélangés aux « politiques ».
Tout est fait pour qu’aucun sentiment de solidarité ne se développe entre les prisonniers, afin que la hiérarchie s’impose d’elle-même. Ainsi, les individus cherchent à savoir s’ils appartiennent à une « haute » ou une « basse » catégorie, en fonction de l’ennemi suprême désigné (le Juif, pour les dirigeants nazis). N’être pas Juif fait ainsi du prisonnier un « privilégié ».

Il s’agissait, comme le dit encore Hannah Arendt, « de transformer la personnalité humaine en simple chose, en quelque chose que même les animaux ne sont pas ». L’essentiel était de soustraire les prisonniers au monde des vivants, et de les transformés en « animaux résignés ». Ont ainsi été fabriqués des « cadavres vivants », selon l’expression qu’un rescapé a pu employer.

2. La négation de l'humanité de l'homme
a. Récits et témoignages

Un grand nombre d’intellectuels, pour témoigner de l’horreur des camps nazis, ont choisi l’expression littéraire. Hannah Arendt, lorsqu’elle en parle, adopte un ton plus « littéraire » que « philosophique » ; elle s’engage dans la voie du récit, alors qu’elle-même est essentiellement philosophe. Le témoignage est irremplaçable ; toute tentative d’explication et de compréhension du phénomène des camps ne pourra jamais véritablement en rendre compte. Les images qui nous sont parvenues, que les réalisateurs ont utilisées pour le cinéma, sont inestimables (voir, par exemple, Claude Lanzmann, Shoah, 1985).

Hannah Arendt cite David Rousset (L’univers concentrationnaire, 1946) : « Les hommes normaux ne savent pas que tout est possible ». Tous les rescapés des camps décrivent une expérience similaire : tout a été programmé pour déshumaniser les prisonniers, et les priver de leur identité en créant les conditions de l’indignité humaine. On retrouve en ce XXIe siècle, remise en quelque sorte à l’honneur cette notion de « dignité », qu’il faut préserver pour que l’homme puisse demeurer un homme. Ainsi, les conditions ne doivent pas être créées pour qu’un individu se trouve en situation de ne pouvoir maintenir sa dignité.

b. L'espèce humaine

Pour détruire l’individualité de l’homme, on choisit, comme première cible, son corps. Affamer, torturer, imposer des travaux pénibles, l’exposition des corps nus aux yeux de tous font que peu à peu les corps ne sont plus des corps. « Le froid est plus meurtrier que le SS », constate Primo Lévi. La faim provoque les maladies. La saleté, les poux, la vermine, la gale ou les punaises rendent les camps pareils à des cloaques. Il s’agit bien d’animaliser l’homme pour lui soustraire son identité.
Une fois tuée la personne morale, il ne subsiste qu’un obstacle à la métamorphose des hommes en cadavres vivants : la différenciation des individus, l’identité unique de chacun (Hannah Arendt, Le système totalitaire). H. Arendt a finalement la certitude que « la nature de l’homme n’est humaine que dans la mesure où elle ouvre à l’homme la possibilité de devenir quelque chose de non naturel par excellence, à savoir un homme » (ibidem, page 270).

Robert Antelme, dans L’espèce humaine, exprime des sentiments similaires :

« [Sentir] que l’on se sentait contesté comme homme, comme membre de l’espèce (…), c’est cela qui fut voulu par les autres. La mise en question de la qualité d’homme provoque une revendication presque biologique d’appartenance à l’espèce humaine. »
(Avant-propos, 1947)

On ne pourrait, finalement, opposer, comme l’a fait une certaine tradition philosophique, les besoins et les désirs, le naturel et le non-naturel, l’animalité de l’homme et l’humanité de l’homme. Ceux qui nient à certains hommes leur qualité d’homme ne fait que renforcer l’idée selon laquelle il existe bien une « espèce », et donc une « nature » humaine.

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