Quelle est l'utilité de l'histoire ? - Cours de Philosophie Terminale L avec Maxicours - Lycée

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Quelle est l'utilité de l'histoire ?

1. L'histoire est utile du point de vue politique et moral
a. Selon l'opinion commune, nous pouvons « tirer des leçons » de l'histoire
On dit souvent que la connaissance du passé nous évite de reproduire les mêmes erreurs qui ont été commises antérieurement : la connaissance et la mémoire des atrocités commises durant la Seconde Guerre mondiale doivent, dit-on, nous éviter de les renouveler.<>P On parle aussi alors d'un devoir de mémoire : le souvenir et la commémoration de ces événements passés doit servir, non seulement à reconnaître leur existence (et par là, la souffrance de ceux qui en furent les victimes), mais aussi à nous enseigner ce que nous devons désormais à tout prix éviter.
b. L'histoire nous donne des modèles et guide notre conduite
On peut aussi penser que l'histoire nous fournit des exemples d'hommes illustres ou d'actions morales, qui doivent constituer pour nous autant de modèles à suivre pour nous conduire au mieux.

Tel est le rôle que l'historien latin Polybe attribuait à sa discipline : l'histoire politique est selon lui un enseignement utile aux futurs hommes d'Etat afin qu'ils s'inspirent des grands exemples du passé ; elle a aussi une utilité morale, puisqu'elle nous apprend par exemple à supporter, ainsi que certains de nos illustres prédécesseurs, d'éventuels revers de fortune.

C'est là ce que Nietzsche nommera « histoire monumentale », pensée comme susceptible de nous donner des modèles politiques ou moraux, que nous sommes invités à « imiter » pour « nous surpasser ».

2. Cette prétendue utilité pervertit notre histoire et nous-mêmes
a. L'histoire ne se répète pas
Il est malaisé, voire dangereux, de prétendre tracer des parallèles entre événements passés et présents : l'histoire en effet ne se répète jamais à l'identique et, sous des apparences semblables, se cachent un contexte et des conditions fort différents.

Par exemple, le succès de l'intervention américaine en Europe lors de la Seconde Guerre mondiale ne saurait nous permettre d'affirmer avec certitude qu'une intervention du même ordre dans tel autre conflit actuel sera tout aussi bénéfique car le conflit en question, ses causes, son déroulement, ne sont pas absolument identiques à ceux du conflit passé.

b. Les dangers de l'histoire édifiante ou « monumentale »
Pendant longtemps, on a considéré l'histoire comme ayant une valeur morale ou édifiante : les leçons d'histoire étaient autant de leçons de morale, et l'on présentait par exemple Brutus comme un homme exemplaire qui avait su libérer Rome du joug de Jules César.

C'est ce à quoi fait allusion Descartes dans le Discours de la Méthode, pour remarquer aussitôt qu'un tel usage de l'histoire pose deux problèmes :

1) il tend à déformer les faits et les êtres en les présentant de façon manichéenne, en les embellissant afin de les rendre admirables - de sorte que l'histoire devient plutôt alors fiction poétique ou mythe. On reprochera donc à cette conception de l'histoire de sacrifier l'exigence de véracité au souci d'édification ;

2) les modèles moraux ou politiques qu'elle nous propose sont eux-mêmes sujets à caution : en quoi l'éloge de Brutus est-il justifié ? Ne s'agit-il pas en fait ici de faire un dogmatique et douteux éloge du « parricide » ? De tels exemples pourraient fort bien conduire, par leur caractère fictif et exagéré, soit à poursuivre des buts impossibles, soit à « inciter le courageux à la témérité... et le croyant au fanatisme», ainsi que le dit Nietzsche.

c. L'excès d'historicité nuit à notre action présente
En posant comme vénérable ou sacré tel personnage ou événement passé, un tel usage de l'histoire empêche tout progrès humain : car nos actions ne tendront alors qu'à répéter ce qui a déjà été, au lieu d'essayer d'instaurer du nouveau. Le présent est alors « momifié », « étouffé », suivant le mot de Nietzsche, par le passé.

Si l'histoire peut nous être utile, ou nous enseigner quelque chose, c'est donc en un autre sens sans doute, qu'il nous faut déterminer à partir des critiques précédentes.

3. La véritable utilité de l'histoire
a. L'histoire n'est utile que si elle est critique
Il ne doit pas s'agir seulement de glorifier le passé et d'y trouver des modèles à imiter, mais de le considérer de façon critique, de l'évaluer.
Autrement dit, il ne faut pas toujours prétendre imiter le passé, mais parfois lutter contre lui, contre telle idée ou valeur traditionnelle, afin de s'en libérer si on le juge nécessaire.
Mais il faudra aussi éviter l'excès inverse, qui consisterait à vouloir nier le passé et à le méconnaître : car nous ne pouvons prétendre non plus nous arracher entièrement à ce passé qui est le nôtre.
b. Connaître l'histoire, c'est nous connaître nous-mêmes
En effet si l'histoire est « utile », c'est au sens très général où elle nous donne une meilleure connaissance de nous-mêmes ou de l'homme (l'histoire relève en effet des « sciences humaines »), en tant qu'elle est connaissance de ce passé qui nous constitue.

Elle ne nous donne, ainsi que nous l'avons dit, aucune règle ni aucun modèle que nous pourrions suivre aveuglément, mais cette connaissance réflexive doit nous donner, en nous révélant nos imperfections tout autant que nos capacités, un fil conducteur pour nos actions et progrès à venir.

C'est ce que montre Kant dans son Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique : l'examen du passé nous révèle un lent progrès de la raison humaine, et, par là, la direction que nous devons suivre aussi à l'avenir.

c. L'histoire n'est utile que si elle n'abolit pas toute attention au présent
Il faut dire, enfin, que l'histoire ne peut être utile que si elle ne nous détourne pas du présent ; la réflexion historique, par conséquent, doit être limitée afin de ne pas prendre le pas sur le souci du présent et de l'avenir : « l'homme qui pense, écrit Nietzsche, qui réfléchit, compare [...], acquiert la force d'user du passé pour la vie présente et de faire de l'événement à partir du révolu : mais qu'il y ait excès d'histoire, et il cesse d'être... ».

Il nous faut donc apprendre à nous montrer, selon les circonstances et les exigences présentes, tantôt « historiques », tantôt « anhistoriques », sans jamais tomber dans aucun excès - excès d'historicité ou de remémoration qui nous fait nous perdre dans le passé, excès d'oubli ou d'anhistoricité qui nous empêche de considérer notre présent avec quelque recul et à la lumière des connaissances du passé.

L'histoire est cette connaissance du passé qui doit nous rendre d'autant plus vigilants envers le présent que nous sommes conscients de nos erreurs passées, mais qui laisse cependant ouverte devant nous cette tâche de prendre des décisions, de créer des valeurs nouvelles, qu'aucune connaissance du passé ne peut nous donner : ce n'est pas l'histoire en effet qui doit nous gouverner, mais c'est nous au contraire qui, jour après jour, constituons notre histoire en nous projetant, prenant appui sur ce « sol » qu'est notre passé vers l'avenir.

Pour aller plus loin

Machiavel, Le Prince : pour apercevoir quel usage peut être fait de connaissances historiques en vue d'élaborer une manière de « science politique ».

Nietzsche, Seconde considération inactuelle : « utilité et inconvénient de la connaissance historique pour la vie », chapitres 1, 2 et 3 : sur l'histoire « monumentale », « antiquaire » ou « critique ».

Kant, Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique, proposition 9.

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