Médias et opinion publique en guerre - Cours d'Histoire Terminale L avec Maxicours - Lycée

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Médias et opinion publique en guerre

Les plaies de l'Affaire Dreyfus ne sont pas encore refermées dans les années 1930. Si la Première Guerre Mondiale a laissé croire à une unité nationale retrouvée, la grande crise de 1929 recrée un climat de division. Sous l'influence d'un contexte international qui voit les partis ultra-conservateurs ou autocratiques prendre le pouvoir partout en Europe, l'opinion publique française va à nouveau se diviser autour de deux grandes crises politiques, le 6 février 1934 et le 10 mai 1940. L'ampleur de ces deux crises n'est pas comparable mais le conflit qui s'engage au sein de l'opinion publique est le prolongement, dans les deux cas, de l'Affaire Dreyfus et dans les deux cas de nouveaux médias vont servir à influencer l'opinion.

En effet, les journaux continuent à exercer une influence sur l'opinion publique : de nouveaux médias sont apparus ou se sont démocratisés, la radio et le cinéma diffusent les actualités en début de séance ou avant le film. Ces technologies nouvelles changent le rapport des médias à l'opinion publique. On peut considérer que la radio est un média de masse par excellence, qui permet de toucher des millions de personnes simultanément. Là où le journal convainc une personne, la radio permet d'en séduire plusieurs millions. La maîtrise des médias devient alors un enjeu dans le contrôle de l'opinion publique.
1. Le 6 février 1934, une répétition générale
L'étude du 6 février 1934 et l'influence des médias sur l'opinion publique permet de cerner l'état de la société française et de mieux comprendre la défaite de 1940. À ce titre, le 6 février 1934 ressemble à une répétition générale avant 1940.
a. Un contexte délétère
Du fait d'une économie encore rurale et artisanale, la France n'est pas touchée par la crise de 1929 aussi vite et aussi violemment que la plupart des pays occidentaux. Cependant, les extrêmes se renforcent dans cette période, notamment l'extrême-droite. Ce renforcement de l'extrême-droite passe par l'exploitation d'un double contexte, national et international :

• À l'échelle de la France, l'antiparlementarisme reprend de la force. Le régime parlementaire de la 3e République n'a pas été accepté unanimement à la fin du 19e siècle et la crise donne l'occasion d'une critique virulente contre ce fondement de la république : « Il n’y a plus de politique, il n’y a plus que des politiciens, 600 bavards soit inconscients, soit trop malins, toujours impuissants. Élire un député signifie trop souvent aujourd’hui donner l’impunité parlementaire à un escroc, un receleur, un dangereux imbécile », proclame l’Ordre nouveau, un journal d'extrême-droite. On critique les alliances gouvernementales, l'inaction du gouvernement, les privilèges des parlementaires. L'idée d'un recours direct au peuple revient de façon récurrente.

Doc. 1. Dissolution de la chambre des députés - caricature nationaliste par Paul Iribe, in Parlons Français, 1934

• À l'échelle internationale, les exemples de dictateurs cumulant les pouvoirs exécutifs et législatifs ne manquent pas. Dans une certaine presse, Hitler et Mussolini peuvent apparaître comme des modèles. Sous l’influence de l’accession d’Hitler au pouvoir, l’idée se répand de la nécessité de remettre de l’ordre en France. La République radicale, incarnée par Édouard Herriot, est au mieux considérée comme le régime d’une France immobile, qui croit aux braves gens et aux bons élèves, au pire comme un régime corrompu qui protège les escrocs comme Stavisky, ami du député radical Garat. On le retrouve suicidé alors qu'il s'apprêtait à faire des révélations. D’emblée la presse jette le discrédit sur cette version officielle.
b. Une presse virulente qui appelle à l'action
L’Action Française, un journal royaliste qui tire alors à 100 000 exemplaires, en profite pour lancer une nouvelle campagne contre le régime parlementaire et en appelle à une manifestation populaire devant le Palais-Bourbon. Au fur et à mesure du mois de janvier 1934, l’Action Française lance des appels à la subversion, encourageant les rassemblements qui dégénèrent en affrontements avec les forces de l’ordre.
 
Parallèlement, son tirage passe de 40 000 exemplaires à 186 000 au cours du mois de janvier. D'autres journaux comme L’Ami du peuple, l’Écho de Paris ou Gringoire (600 000 exemplaires en 1936) se glissent dans la brèche et relaient un message mêlant volontiers antiparlementarisme et xénophobie.

Doc. 2. « L'École des Fascistes » - article d'Henri Béraud sur le décret de la loi Marchandeau - in Gringoire du 11/05/1939

Les manifestations se multiplient. Le 6 février 1934, la presse de la droite ultra appelle à la mobilisation. Le soir, les affrontements font 1 435 blessés et 15 morts dans le quartier du Palais-Bourbon. En dépit de cette mobilisation par médias interposés, le 6 février 1934 est un échec pour l'extrême-droite qui ne va pas jusqu'au coup d'État et participe au réveil des forces de gauche.
c. Une presse qui influe sur l'opinion publique
Le 6 février 1934 est intéressant sur le plan de la relation entre les médias et l'opinion publique.

Avec le 6 février 1934, on voit se dessiner et s'accentuer le clivage entre la gauche et la droite, entre les médias de gauche et les médias de droite. Ce clivage nouveau a créé dans une opinion publique plutôt modérée le sentiment que la France était en proie à la guerre civile ou à une guerre civile larvée.

Les médias des années 1930 particulièrement virulents, recourent aux attaques ad hominem (un ministre, Roger Salengro, se donne même la mort car il est mis en cause de façon répétée par la presse d'extrême-droite) aux mensonges, aux rumeurs et à la caricature.

Doc. 3. Portrait de Roger Henri Charles Salengro (1890-1936), homme politique socialiste français

Des journaux comme Gringoire ou Je suis partout sont, à la fin des années 1930, des relais d’opinion importants avec des tirages dépassant souvent le demi-million d’exemplaires. Ces médias contribuent à former une opinion publique influencée par des thèmes qui seront bientôt exploités par le régime de Vichy : antiparlementarisme, sentiment anti-anglais, antisémitisme, admiration d’Hitler, pacifisme sélectif, défaitisme. Tous les ingrédients de mai 1940 et de Vichy sont rassemblés par les médias d'extrême-droite.
2. 1940 et le régime de Vichy : l'opinion publique entre propagande et médias interdits
a. Les médias déjà en guerre dès 1938
• Le désastre de juin 1940 arrive après une période d’avant-guerre où la censure et la propagande s’exerçaient déjà. Dès 1938, le gouvernement est entré en guerre : la chasse aux médias « défaitistes » prépare l’opinion publique à la guerre. L’Humanité, journal lié au PCF, est interdite le 26 août 1939, juste après la signature du pacte Germano-soviétique.

• Durant la « drôle de guerre » (d’août 1939 à mai 1940), l’obsession du pouvoir est de maintenir le moral de la population par des programmes divertissants et des actualités mettant en scène des vedettes comme Fernandel ou Maurice Chevalier aux côtés des soldats. Mais l’opinion publique semble difficile : le tirage des grands journaux comme Le Populaire ou Le Figaro baisse de près de 50 %.

b. Une propagande sans relâche
La rapidité de la défaite de juin 1940 prend l’opinion publique de court : traumatisée par le désastre, la population française subit l’exode, la signature de l’Armistice, l’arrivée au pouvoir de Pétain et la fin de la 3e République en quelques jours.
Doc. 4. Deuxième guerre mondiale (1939-1945). Paris sous l'occupation Juin 1940 : exode de la population porte d'Orléans (les réfugiés quittent paris)

• De fait, l’opinion publique apparaît « anesthésiée » pendant plusieurs mois : d’une part, les médias de la résistance à Londres ou à Paris mettent du temps à s’organiser et à se rendre audible.

• D’autre part, le nouveau régime confisque les moyens de diffusion. Certains journaux se sabordent littéralement : l’Intransigeant, le Canard Enchaîné, l’Aube, l’Époque, le Populaire ; d’autres continuent sous l’autorité allemande ou sous le contrôle du régime de Vichy. Les radios passent sous contrôle du nouveau régime ou de l'occupant comme Radio-Paris.
c. Une défaite dans la bataille de l'opinion
De manière générale, la propagande ne fait pas l’opinion dans la France de Vichy. Le traumatisme de la défaite pousse certes les Français à faire confiance à Pétain entre 1940 et 1941, d'autant qu'une partie de l'opinion adhère à ce rapprochement avec l'Allemagne nazie et se méfie de De Gaulle. Mais dès que la nature du régime se révèle, on peut dire que la propagande vichyste est inopérante, d’autant que la population y voit la main de l’occupant :
 
• Le tirage des journaux politiques s’effondre dès 1941 : les invendus du Cri du peuple représentent 65 % de son tirage dès juillet 1941;

• À la même période, des rapports de police font état d’incidents dans les cinémas : on siffle les Allemands quand ils apparaissent à l’écran dans les actualités diffusées avant le film. On finit par décider de faire des projections dans des salles semi-éclairées pour éviter ce genre de débordement.

Radio-Paris devient l'objet de moqueries (on chante en secret « Radio-Paris ment, radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand » sur l'air de la Cucarracha)

• Progressivement, les journaux clandestins de la Résistance, mais surtout la BBC, permettent à la Résistance de prendre pied dans l’opinion publique et de remporter la bataille de l’opinion. La France compte alors 5,5 millions de TSF. Malgré la brouille des ondes en 1941 et la réquisition de 90 000 postes par l’occupant en 1944 dans les régions côtières.
 
• Les émissions diffusées par la BBC comme « Les Français parlent aux Français » ou les émissions plus légères animées par Pierre Dac montrent les limites de la propagande et de l'encadrement du régime de Vichy et le ridiculisent. L'opinion publique est aussi informée des défaites allemandes, ce qui incite une partie de la population à soutenir la Résistance et à garder le moral.

Doc. 5. Caricatures de personnalités juives au micro : « Ici Londres, les Français parlent aux Français » par Carb, in Gringoire du 26/09/1941.

L'essentiel
Les années 1930 et 1940 marquent une période où se cristallisent l'affrontement idéologique qui était né à l'époque de l'Affaire Dreyfus. La presse d'extrême-droite, particulièrement virulente, insère dans l'opinion publique l'idée que le régime parlementaire est corrompu, que le repli xénophobe et antisémite sont nécessaires au redressement de la France, qu'Hitler et Mussolini peuvent constituer des modèles.
En un sens, cette presse prépare les esprits à accepter la guerre, la défaite, le régime de Vichy, les délations et les déportations des Juifs de France et la Collaboration active avec Hitler. Cependant, la propagande du régime de Vichy et de l'occupant allemand ne suffisent pas à modeler l'opinion publique. Elle se montre de plus en plus rebelle à l'emprise des médias, décrypte les mensonges, apprend à lire entre les lignes au fur et à mesure que la guerre avance.

Elle a aussi recours aux médias de la Résistance et des alliés qui lui permettent de se prémunir de la propagande qu'elle subit.  Si l'opinion publique française a encore quelque sympathie avec le Maréchal Pétain, les reportages montrant la libération des camps d'extermination en 1945 révèlent la nature de la Collaboration et permettent de refermer, par une prise de conscience, la plaie ouverte par l'Affaire Dreyfus.
Références
- Fabrice d'Almeida, Christian Delporte, Histoire des médias en France, de la grande guerre à nos jours, Champs Histoire, 2003.

- Pierre Laborie, L'opinion française sous Vichy, Points Histoire, 2001.

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