Les crises politiques à l'ère des médias de masse - Cours d'Histoire Terminale L avec Maxicours - Lycée

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Les crises politiques à l'ère des médias de masse

Dans les années 1950, la France sort des années difficiles de l'après-guerre et renoue avec une forte croissance dont le cycle s'achève dans les années 1970. Progressivement, une civilisation des loisirs s'épanouit en France dans laquelle de nouveaux médias, de nouveaux formats et un nouveau ton journalistique s'imposent : la télévision entre dans les foyers au cours des années 1960 tandis que les magazines hebdomadaires sont l'expression du modernisme et de la prospérité.

Cette période n'est pas exempte de crises politiques graves, l'une qui met fin à la 4e République et la Guerre d'Algérie, l'autre qui plonge la France dans la grève générale, Mai 68. La situation politique est toutefois apaisée et témoigne d'une évolution sociale majeure :
- Une écrasante majorité de la population française est désormais acquise à la République et à la démocratie.
- Les dirigeants sont plus soucieux de l'opinion publique.

De fait, l'opinion publique joue un rôle très important dans ces crises et le poids des médias s'en sort renforcé.
1. Le 13 mai 1958 et la Guerre d'Algérie
En 1954, l’opinion publique dans son ensemble, considère que l’Algérie c’est la France. Peuplée de près d’un million d’Européens dont la plupart sont nés en Algérie, cette colonie est française depuis 1830 et est même divisée en trois départements. Quand éclatent les premiers troubles, la 4e République apparaît en mesure d’affronter la révolte.
a. Une préoccupation croissante pour l'opinion
Jusqu’au printemps 1956, les Français ne considèrent pas le problème algérien comme un problème majeur. En août 1955, ils n’étaient que 5 % à se déclarer intéressés par la lecture des nouvelles concernant l’Algérie. Le 11 avril 1956, on rappelle la catégorie des disponibles du contingent. L’opinion change. Un sondage demande : « Si la situation devait beaucoup s’aggraver et que la France n’aurait plus le choix qu’entre deux solutions : négocier avec les rebelles pour accorder l’indépendance à l’Algérie ou réprimer l’insurrection en employant tous les moyens militaires, que choisiriez-vous ? ». L’opinion se partage à égalité : 39 % et 39 % avec 22 % d’avis non exprimés.

Quelques semaines plus tard, l’idée de négociations pour accorder l’indépendance recueille une majorité de 45 % contre 23 %. Ce revirement est à relier à l’accès à l’indépendance du Maroc le 2 mars et de la Tunisie le 20 mars.
b. Une opinion influencée par les médias
L’opinion publique n’est toutefois pas tranchée : on ne peut pas affirmer avec Robert Lacoste que « l’opinion française toute entière est hostile à l’indépendance ». C’est dans cette période que la presse française commence à s’investir dans la défense des idées anticolonialistes : Le Nouvel Observateur, la Libération, Le Canard Echaîné, L’Express, L’Humanité et Le Monde prennent des positions claires. Les dessins politiques de Siné dans L’Express à partir de 1958 et de Bosc dans Le Nouvel Observateur jouent un rôle important dans l’anticolonialisme qui se dessine. À telle enseigne que Jacques Soustelle qualifie France Observateur, L’Express, Témoignage Chrétien et Le Monde de « quatre grands de la contre-propagande française ».

En revanche, l’opinion publique manque visiblement de confiance dans les derniers gouvernements de la 4e République. En septembre 1957, 43 % des Français pensent que le gouvernement ne peut conduire des négociations avec l’Algérie mais ne font pas plus confiance aux avis de l’ONU à 50 % contre 18 %. Un sondage IFOP montre que les gouvernements Mollet, Bourgès-Maunoury et Gaillard deviennent rapidement impopulaires. L’opinion publique fustige dans une autre enquête « les changements trop fréquents de gouvernement » et la présence de « trop de partis politiques au Parlement ». Cet antiparlementarisme latent nourrit la crise politique du 13 mai 1958.

L’idée d’une opinion publique majoritairement acquise à l’Algérie française est donc fausse. En revanche la population n’a pas confiance en la 4e République et ne réussit pas à gagner la bataille de l’opinion.
c. De Gaulle, reflet de l'opinion
L’arrivée du Général de Gaulle change tout. L’opinion publique lui accorde sa confiance. Trois facteurs jouent en sa faveur :

• Le Général incarne une troisième voie entre la négociation et l’amplification de la guerre ;
• De Gaulle gouverne avec l’opinion publique, pour faire face à la guerre civile qui rôde en mai 1958 ;
• Il parvient à faire passer le désengagement en Algérie pour une forme de succès. Il sort du conflit par le haut et offre une porte de sortie honorable à l’opinion publique.

Doc. 1. Une de Paris Journal du 05/06/1958 : « De Gaulle offre la paix » : le général De Gaulle est acclamé par les européens et musulmans au forum d'Alger.

En juillet 1958, 41 % des Français sont persuadés qu’il faudra accorder l’indépendance à l’Algérie. Même si la solution d’intégration proposée par l’armée séduit une partie des Français, les élites s’opposent rapidement au rôle politique de l’armée. Dans le même temps, la question algérienne passe au second rang des préoccupations des Français et la solidarité envers les Français d’Algérie n’est plus partagée que par 38 % de la population. Certaines campagnes médiatiques produisent un grand effet sur l’opinion. C’est le cas de la publication en février 1958 de La Question d’Henri Alleg, qui évoque la torture en Algérie. 65 000 exemplaires du livre sont vendus. Il continue à circuler quasi ouvertement en dépit de sa saisie.
d. Le poids des médias dans la fin du conflit
À partir de septembre 1959, De Gaulle entreprend des actions de pédagogie de la décolonisation et élabore une véritable stratégie de communication basée sur des voyages en province et des discours télévisés. Elle est couronnée de succès car elle va au devant d'une demande de paix de la part de la population.
En janvier 1961, le « oui » à l'autodétermination du peuple algérien l'emporte facilement avec près de 75 %.

Doc. 3. Une femme accompagnée de sa petite fille, vote à Montreuil en 1961 pour l'indépendance de l'Algérie. Doc. 4. Une de la revue Le courrier de la nouvelle république du 8/01/61 : un bonnet phrygien aux couleurs de la France et une inscription incitant à voter pour Charles de Gaulle et pour l'UNR (Union pour la Nouvelle République) au moment du conflit en Algérie

En août 1961, 58 % des Français admettent que l’Algérie sera un état indépendant et seulement 4 % s’affirment encore pour l’Algérie française. La presse a sans doute joué un rôle important, notamment auprès des cadres plus anticolonialistes : Le Monde publie 62 pétitions entre mai 1958 et 1962 dont 18 en 1960. Les campagnes de dénonciation des violences, de la torture et des lettres ouvertes sont le cœur de cet activisme médiatique.

Le putsch d'Alger (21-26 avril 1961) échoue, faute de rallier le contingent et l'opinion française. Le discours impérieux du Général de Gaulle à la télévision fustigeant « un quarteron de généraux en retraite » et la solidarité du contingent écoutant depuis l’Algérie le Général sur leur transistor ont raison du putsch. Les officiers factieux rejoignent alors l'OAS.

Doc. 5. Guerre d'Algérie (1954-1962). Affiche de propagande de Organisation armée secrète (O.A.S.), créé en 1961 contre l'indépendance de l'Algérie : « Aux armes citoyens »
2. Mai 68, une révolution médiatique
L'originalité de Mai 68 tient au fait qu'il s'agit d'une crise politique et culturelle qui intervient dans un contexte de forte croissance. Pierre Vianson-Ponté écrit même dans Le Monde au début de l'année 1968 : « La France s'ennuie ».
a. Les médias font l'opinion
La crise étudiante et politique de Mai 68 ne répond pas au schéma des crises politiques habituelles. L'action est située surtout à Paris, dans le Quartier Latin, notamment le soir. De fait, l'action est loin de l'opinion publique et le rôle des médias en est accentué. Les radios privées décrivent le mieux la réalité en donnant à écouter la révolte en direct à l’opinion publique. RTL et Europe 1 dépêchent des grands reporters sur des motos. Ils sont souvent la cible des lacrymogènes et ont tendance à orienter leurs commentaires en faveur des étudiants. Après le 10 mai et la nuit des barricades, ils font basculer l'opinion publique en faveur des étudiants. Pour des motifs de brouillage des ondes radio, des ambulances et de la police, le pouvoir les fait interdire.

Fait original, les médias participent à la crise en tant que tels : l’ORTF (Office de Radiodiffusion Télévision française) se met en grève, les producteurs de Zoom et Cinq colonnes à la une menacent de suspendre leur émission s’ils ne peuvent parler des événements.

Doc. 4. Mouvements sociaux de Mai 68 : manifestation de l'ORTF (Office de radiodiffusion télévision française) lors des grèves générales à Paris, 1968

Ils ont même un rôle d'acteur dans les événements et pèsent ainsi sur l'opinion publique. Le 10 mai, RTL organise en direct une négociation entre Alain Geismar et le vice-recteur Chalin. Les médias sont un outil. De Gaulle le comprend en choisissant au moment décisif le média pertinent pour reprendre la main et mettre fin à la contestation. Il choisit de faire son discours du 30 mai à la radio et s'adresse à la « majorité silencieuse ». Plusieurs raisons à cela :

• Ne pas apparaître vieilli ou vieillissant face à la jeunesse ;
• Jouer sur la concentration de l’auditeur ;
• Dramatiser en ne donnant pas d’indication de l'endroit où il se trouve ;
• Rappeler l’homme du 18 juin.

Le lendemain, près d'un demi-million de supporters de De Gaulle défilent sur les Champs Élysées. C'est le tournant de mai 68.
b. De la contestation des médias aux médias de la contestation
Mai 68 est une crise politique mais aussi une crise culturelle qui remet en cause la société de consommation et le pouvoir des médias. Les slogans de Mai 68 se montrent très critiques envers l'ORTF, l'organisme public qui dirige la télévision : « La police vous parle tous les soirs à 20h », proclame l'un d'entre eux. Au printemps 1968, un sondage révèle que 35 % des Français ne croient pas à la télévision objective. Les situationnistes critiquent, sous la plume de Guy Debord, La Société du spectacle. La contestation des médias donne naissance à de nouveaux médias et à un nouveau rapport à leur pouvoir :

• L’opinion se gagne par le dessin et par l’image : Siné, Cabu portent les idées de Mai 68 dans Hara-Kiri. Les enseignants des beaux-arts participent à la fabrication des affiches placardées ;
• L'opinion se gagne par la création de nouveaux médias : Les Cahiers de mai, Le Pavé, Action ;
• La liberté d’information est au cœur du débat médiatique ; la revendication de liberté de parole et de la possibilité pour tous d’accéder aux médias est centrale dans Mai 68.
L'essentiel
Les médias de masse ne sont plus seulement les témoins ou l'écho des crises politiques. Avec la Guerre d'Algérie et Mai 68 surtout, les médias participent à l'action et s'engagent dans l'action. Utilisés avec habileté par les principaux acteurs, ils deviennent une arme quand ils ne constituent pas le dernier recours comme pour De Gaulle en Mai 68. Cette influence des médias donne naissance à toute une réflexion sur le poids des médias et à une critique de leur rôle dans la formation de l'opinion publique, notamment dans les années 1970.

Cela n'empêche pas la concentration industrielle de s'accentuer dans les médias dans les années 1980-1990 et de renforcer leur pouvoir dans les années 2000 avec la création des chaînes d'information continue, par exemple. Leur poids est tel qu'ils semblent capables de scénariser les événements en fonction de leur intérêt, tendance qu'on appelle le storytelling et qui tend à faire du récit de l'événement un objet plus important que l'événement lui-même.
Références
- AGERON Charles-Robert, « L’opinion française à travers les sondages », dans La Guerre d’Algérie et les Français, dir. RIOUX Jean-Pierre, colloque de l’Institut d’Histoire du Temps présent, Paris, 1990, pp. 25-44.
- AGERON Charles-Robert, « Les Français devant la guerre civile algérienne», dans La Guerre d’Algérie et les Français, dir. RIOUX Jean-Pierre, colloque de l’Institut d’Histoire du Temps présent, Paris, 1990, pp. 53-62.
- DEBRAY Régis, Le Pouvoir intellectuel en France, Paris, Ramsay, 1986.

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