Refonder l'État républicain (1946-1958) - Maxicours

Refonder l'État républicain (1946-1958)

Objectif :
Comprendre l'évolution de l'État et de l'État-Nation en France.

L’État-Nation est le produit d’une longue construction historique qui commence dès le 13e siècle avec l’apparition de l’État moderne en France et en Angleterre.
En France, l’idée de « nation » prend tout son sens au moment de la Révolution. Cette idée s'est incarnée en France par le biais du régime républicain et s'est ensuite répandue au cours du 19e siècle dans toute l’Europe au point de devenir un modèle à l’échelle mondiale.

Confirmé par la IIIe République, renforcé par la victoire de 1918, l’État républicain est pourtant remis en cause par le régime de Vichy. L’État-Nation est donc à reconstruire au sortir de la Seconde Guerre mondiale.

Refondées sur des principes de solidarité et de régulation de la vie économique, les IVe et Ve Républiques vont créer un consensus durable autour de la République et imposer une vision claire et durable de l’administration de la France. Toutefois, ce modèle se grippe à partir de la crise de 1973 et devient l’objet de débats remettant en cause certains de ses principes.
La France est, en 1946, un pays ruiné par deux guerres mondiales : la population est affaiblie, l’économie a été saignée à blanc par l’effort de guerre et par les réquisitions de l’occupant qui a pillé le pays, le territoire a subi de nombreux bombardements. L’épuration n’a pas apaisé toutes les tensions au sein d’une société française où flotte un parfum de guerre civile.

Pire, alors que les États-Unis et l’URSS inventent chacun à leur façon des modèles de sociétés industrielles modernes, la France apparaît comme un Empire vieillissant, encore très rural et peu enclin à se moderniser.

Pourtant, en quelques années, un régime républicain est restauré, la société française renoue avec la croissance démographique, un effort de modernisation sans précédent relance l’économie et ouvre la France sur l’Europe. Le processus de décolonisation s'engage alors.

Comment une telle transformation a-t-elle été possible en l’espace de 12 ans ?
1. Le rétablissement d’un État républicain
a. Le retour d’un régime parlementaire
Dès 1942, les différents mouvements de la Résistance s’étaient accordés sur l’idée de laisser les Français choisir un nouveau régime en toute liberté, en élisant une assemblée constituante.
Ils prennent à cette fin, le nom de GPRF (Gouvernement Provisoire de la République Française), ce qui leur permet d’affirmer leur volonté de restaurer le régime républicain.

À la Libération, le GPRF gouverne la France de 1944 à 1946. Une assemblée constituante élabore une nouvelle constitution et crée les institutions de la IVe République. Cette constitution est approuvée par référendum en octobre 1946 en dépit de l’opposition du Général de Gaulle qui considère, dans son Discours de Bayeux, que trop de pouvoirs sont accordés aux partis politique et au Parlement.

Doc. 1. Portrait du Général de Gaulle
b. Un fonctionnement démocratique
Ce régime adopte un fonctionnement démocratique fondé sur la souveraineté nationale. Ce fonctionnement démocratique fait d’autant plus consensus que le Général de Gaulle a accordé le droit de vote aux femmes en 1944.

Doc. 2. Une femme votant dans un bureau de vote à Paris, en 1958

Ce régime est une démocratie représentative : le peuple se choisit des représentants qui siègent à l’Assemblée Nationale. En revanche, le Président de la République n’est pas élu au suffrage universel.
Le scrutin proportionnel conduit à un émiettement partisan de l’Assemblée nationale. La répartition des sièges est telle qu’il est impossible de former un gouvernement sans effectuer d'alliances entre partis, ce qui conduit à une très grande instabilité ministérielle : en 12 ans d’existence, la IVe République voit ainsi se succéder 25 gouvernements.
2. La permanence de l’État
Derrière l’instabilité des gouvernements et des institutions encore mal affermies, le consensus autour de l’État est caractéristique de la IVe République.
a. Des principes issus de la Résistance
En dépit de leurs oppositions, les principaux partis s’accordent sur certains principes issus de la Résistance, comme la solidarité nationale, la modernisation de la France par l’administration, la démocratisation de la société et une économie de marché encadrée par un État régulateur.
b. Une administration efficace
Par réalisme, l’épuration des collaborateurs s’est rapidement arrêtée. Beaucoup d’anciens fonctionnaires du Régime de Vichy ont ainsi continué à travailler au profit de l’État.
La « valse des ministères » au cours de la IVe République n’a pas empêché une certaine continuité dans l’exercice du pouvoir : sur les 227 ministres de la IVe République, 66 ont appartenu à plus de trois gouvernements.

L’État se dote finalement, à partir de 1945, d’un outil visant à créer une administration puissante, l’ENA (École Nationale d’Administration). Cette école forme les hauts-fonctionnaires dont la République a besoin pour réformer et administrer le pays.
3. Un État qui étend son champ d’action
Sous la IIIe République, l’État était déjà très présent, notamment à travers l’école et l’armée. Sous la IVe République, il étend son champ d’action à de nouveaux domaines.
a. Un État social
Conformément au programme du CNR Conseil National de la Résistance), l’État étend son champ d’action au domaine social :

• La Sécurité Sociale est créée en 1945 : elle est cofinancée par les salariés et les employeurs et gérée par les représentants patronaux et syndicaux. Elle a pour rôle de couvrir les principaux risques (maladie) et d’assurer la retraite des salariés et des travailleurs grâce au système par répartition.

• On parle d’État-providence pour désigner un système qui accorde un rôle social important à l’État. Un État-providence fonctionne en général selon les principes de la redistribution consistant à faire financer la protection sociale par les cotisations sociales.
b. Un État planificateur
Le CNR avait analysé dès 1942 la crise économique de 1929 comme un des facteurs majeurs à l’origine de l’arrivée au pouvoir de dictateurs en Europe, et donc de la Seconde Guerre mondiale. Pour éviter qu’une nouvelle crise mette en péril la paix et la démocratie, l’idée d’une planification ou d’un contrôle de l’économie a guidé l’action des dirigeants de la IVe République.

Dès la fin de la guerre, le rôle économique de l’État est ainsi renforcé par la nationalisation de pans entiers de l’économie, notamment dans les secteurs bancaires (Crédit agricole, Crédit Lyonnais, Société Générale), de l’énergie (Houillères du Nord-Pas-de-Calais, EDF, GDF) mais aussi des transports (Air France, Renault).
L’État emploie alors 10 % des actifs et peut promouvoir des produits populaires pour le grand public comme la 4CV Renault. Ce contrôle permet d’orienter la production et d’accélérer la reconstruction du pays.

Dès 1946, De Gaulle crée le Commissariat Général au Plan dont la vocation est d’orienter le développement de l’économie française en indiquant quels secteurs réformer ou encourager.
L'essentiel
L’œuvre de la IVe République est souvent méconnue et a été parfois minimisée dans une lecture gaullienne de l’Histoire. Cependant, cette œuvre est considérable.

La France, ruinée en 1945, est rapidement reconstruite et modernisée :

- Elle se reconstruit sur un système économique dirigiste mais laissant se développer librement les entreprises privées ;
- elle prévient les risques et les aléas de la vie en créant un État-providence fonctionnant sur la redistribution ;
- elle prépare le futur en se dotant par l’école, l’université et les grandes écoles, d’une nouvelle génération de cadres et de hauts fonctionnaires ;
- la construction européenne est engagée avec les Traités de Rome de 1957 ;
- la décolonisation est aussi en marche, tandis que certains territoires sont intégrés à la République et deviennent des départements ou territoires d’outre-mer.
Références
- Rosanvallon P., L'État en France de 1789 à nos jours, éd. du Seuil, 1990.
- Schnapper D., La Communauté des citoyens, éd. Gallimard, 2003.
- Burdeau F., Histoire de l'administration française du 18e au 20e siècle, éd. Monchrestien, 1994.

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