Le temps de l'Europe économique (1957-1986) - Maxicours

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Le temps de l'Europe économique (1957-1986)

La période qui s’étend de 1957 à 1986 est une période paradoxale pour le développement de l’idée d’Europe politique.

Les traités de Rome de 1957 ne comportent pas de volonté d’organiser un pouvoir politique supranational et l’Acte Unique Européen de 1986 est surtout économique. De fait, on pourrait penser que l’Europe politique ne prend pas corps et que son idée est oubliée au profit de préoccupations plus terre-à-terre. En pratique, cette période est en effet surtout une période de libéralisation des échanges à l’échelle mondiale, et une période où la CEE (Communauté Économique Européenne) passe de 6 à 12 membres.

Pour autant, c’est par l’économie que les pays européens se rapprochent et que l’idée d’Europe politique va reprendre de la vigueur en fin de période.
1. Une union surtout économique (1957-1969)
La création de la CEE en 1957 est avant tout une avancée au plan économique. Elle ne dessine pas réellement les contours d’une Europe politique.
a. Les traités de Rome
Pour relancer la construction européenne, les 6 pays de la CECA (Communauté Économique du Charbon et de l'Acier) décident d’approfondir leur coopération dans le domaine de l’énergie (avec la création d’Euratom) et dans le domaine économique.

Les traités de Rome signés le 25 mars 1957 prévoient la mise en place d’un marché commun en 12 ans et la mise en œuvre de législations communes.

 
 Doc. 1. Signature du traité constitutif de la CEE, le traité de Rome, le 25 mars 1957

• La CEE est créée sur le modèle de la CECA mais dispose de moins de pouvoirs supranationaux car la Commission qui dirige la CEE avec le Conseil des Ministres dispose de moins de pouvoirs que la Haute Autorité de la CECA. C’est sans doute toutefois parce que ce projet apparaît comme un projet de coopération économique sans contenu supranational qu’il fait consensus en Europe.
b. Le blocage gaullien
La CEE reste avant tout une union économique. L’arrivée du Général De Gaulle au pouvoir en France en 1958 va accentuer la construction économique aux dépens de l’idée d’une Europe politique.

• De Gaulle présente sa vision de l’Europe à travers le « plan Fouchet » : ce projet prévoit un conseil des chefs d’État européens et de gouvernements prenant des décisions à l’unanimité. Il prévoit en outre une assemblée consultative. Ce projet de coopération intergouvernementale est considéré par la plupart des autres pays européens comme trop peu fédéral et trop hostile aux États-Unis. Ils décident donc de le rejeter. C’est un nouvel échec pour la construction européenne.

• De Gaulle s’oppose à tout abandon de souveraineté nationale. Il s’oppose ainsi au projet de création d’un État fédéral prôné par Walter Hallstein, président de la commission de la CEE. Il s’oppose aussi fermement à l’extension du vote à la majorité qualifiée au Conseil des ministres que prévoyaient les traités. Pendant six mois, De Gaulle pratique la politique de la chaise vide : la France ne participe plus aux réunions européennes. En 1966, elle obtient le maintien du vote à l’unanimité sur les sujets les plus importants. L’idée de faire évoluer la CEE vers une structure supranationale est évacuée durablement.

• De Gaulle s’oppose enfin à l’entrée de la Grande-Bretagne dans la CEE en 1963 et 1967 : il la juge trop proche des États-Unis et refuse la conception britannique du libre-échange.
2. Une nouvelle dynamique (1969-1986)
Le retrait du Général De Gaulle rouvre les débats sur l’Europe et relance la dynamique européenne.
a. L’Europe des 9
Une double dynamique se met en œuvre au cours des années 1970 : la dynamique de l’élargissement et la dynamique de l’approfondissement.

D’une part, l’élargissement de la CEE avec l’entrée de la Grande-Bretagne, de l’Irlande et du Danemark le 1er janvier 1973.
 
Doc. 2. Margaret Thatcher devant un bureau de vote lors du referendum sur le maintien du Royaume-Uni dans la C.E.E. le 5 juin 1975

D’autre part, l’approfondissement avec la création en 1974 du Conseil européen. Cette instance créée à l’initiative du couple franco-allemand se réunit au moins deux fois par an. Elle a pour vocation de fixer les orientations économiques et de régler des questions importantes au sein de la CEE.

La CEE se renforce en se dotant d’un budget en propre. Comme il doit être contrôlé par le Parlement européen, on décide à partir de 1979 que ce Parlement sera élu au suffrage universel dans les différents pays membres. Toutefois, ce Parlement européen n’a pas de compétence législative. En 1979 aussi, la CEE crée le SME (Système Monétaire Européen) pour essayer de maintenir la stabilité des changes entre monnaies.
b. …à l’Europe des 12
Dans les années 1980, des pays du Sud de l’Europe adhèrent à la CEE : la Grèce en 1981, le Portugal et l’Espagne en 1986. Ces trois pays ont rejeté dans les années 1970 les régimes dictatoriaux auxquels ils étaient soumis et voient dans la CEE une occasion d’affirmer leur ancrage démocratique.
 
Doc. 3. Europe (CEE ou Communauté Européenne) en 1986 : drapeau des États membres et symbole de l'Europe unie.
 
• En février 1986, la CEE franchit une nouvelle étape au plan économique : l’Acte unique européen prévoit la création d’un Marché unique pour 1993.
Cet acte unique est aussi un pas vers l’Europe politique : les pouvoirs du Parlement sont renforcés, une plus grande coopération dans le domaine de la politique étrangère est prévue et on décide d’instaurer la majorité qualifiée au Conseil pour les votes concernant le marché intérieur.

Margaret Thatcher, Premier Ministre de Grande-Bretagne, marque son opposition à ces avancées fédérales. Elle refuse notamment l’idée d’une solidarité européenne par laquelle les pays les plus riches paieraient pour les pays les plus pauvres. Elle obtient que la Grande-Bretagne ne verse pas plus qu’elle ne reçoit, ce que résumait sa formule restée célèbre « I want my money back » (« Je veux qu’on me rende mon argent. »).
L'essentiel
Entre 1957 et 1986, l’idée d’une Europe politique recule au plan idéologique avec les différentes crises de la période gaulliste mais elle avance au plan pratique.

L’union de plus en plus grande au plan économique et l’élargissement de la CEE à de nouveaux pays modifient les rapports de force au sein de l’Europe et contribuent à rapprocher les pays. C’est ce qu’on a appelé la politique des « petits pas » dont l’objet était d’aboutir à une union politique en empruntant une voie économique.

Cette politique va ainsi aboutir à de nouvelles avancées dans les années 1990 et 2000 avec la ratification du traité de Maastricht et la création de l’Euro, notamment. Mais l’accélération de l’élargissement et de l’approfondissement de l’Union européenne créée en 1992 provoque parallèlement une montée de l’euroscepticisme vis-à-vis de la construction européenne, accusée de faire perdre leur indépendance aux États et ne pas résoudre les problèmes économiques que connaît l’Union européenne.

Références
- Bitsch M.-T., Histoire de la construction européenne de 1945 à nos jours,
Bruxelles, éd. Complexe, 2008.
- Giacone A., Olivi B., L'Europe difficile : la construction européenne, éd. Gallimard,
coll. Folio Histoire, 2007.
- Judt T., Après-guerre, une histoire de l'Europe depuis 1945, éd. Hachette, coll. Pluriel,
2007.

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