Le centre historique de Paris, un patrimoine source de pouvoir et élément de puissance - Cours d'Histoire Terminale L avec Maxicours - Lycée

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Le centre historique de Paris, un patrimoine source de pouvoir et élément de puissance

Les différentes strates de l'Histoire ont donné un contenu polysémique au centre historique de Paris : ville gauloise, ville romaine, symbole du pouvoir royal et de la Révolution, mélange d'architecture médiévale et de classicisme. Il semble difficile de donner un contenu unique à la notion de centre « historique » de Paris.

De même qu'il apparaît difficile de donner un contour unique à cette notion : certains quartiers ont fait l'Histoire ancienne et l'Histoire récente de Paris. Ainsi le quartier de la Sorbonne était déjà occupé par les Romains au 1er siècle et il a été le théâtre d'une partie des événements de mai 1968 auxquels on l'associe.

Pourtant, une partie du mouvement de 68 se joue dans des lieux périphériques, à commencer par Nanterre. Cela signifie aussi que le centre historique de Paris assemble ses mémoires et que son patrimoine donne un cadre plus visible aux événements. D'une certaine façon, l'« historicité » du centre historique de Paris serait créatrice d'Histoire.

On peut se demander si cette historicité n'est pas créatrice de pouvoir et de richesse : concentrant les pouvoirs et les marqueurs de puissance de la République, le centre historique de Paris concentre un patrimoine qui attire les touristes, les marques, les tournages et les célébrités internationales. D'où un double enjeu dans la stratégie de développement de la ville de Paris : axer son « marketing territorial » sur le centre historique ou agrandir ce centre vers des périphéries porteuses de futurs centres historiques du Grand Paris. Vivre de l'Histoire ou vivre dans l'Histoire, c'est pour la ville tout l'enjeu du futur.

Doc.1. Carte montrant l'évolution de l'extension de Paris à travers les siècles

1. Le pouvoir politique et symbolique du centre historique de Paris
a. Le pouvoir politique se concentre dans le centre historique
Le centre historique de Paris concentre :

- les lieux de pouvoirs actuels
: l'Élysée, Matignon, tous les ministères (à l’exception de Bercy), l’Assemblée nationale et le Sénat.

Doc.2. Localisation des lieux de pouvoir à Paris

 - Des lieux de pouvoir passé qui ont conservé cette forte valeur symbolique tels que l’Arc de Triomphe de l’Étoile, l’Arc de Triomphe du Carrousel, l’Obélisque, la Concorde, le Champ-de-Mars ou le Panthéon.

Doc.3. Arc de Triomphe


- Des lieux de pouvoir intellectuels comme l’Académie Française, l’Académie des Sciences ou le Collège de France voire des quartiers entiers comme le Quartier Latin.

- Des lieux de contestation du pouvoir : le triangle Nation-République-Bastille, haut lieu des manifestations de syndicats ; la Bastille rappelle la Révolution. On pourrait aussi citer le Mur des Fédérés ou le Métro Charonne, en marge du centre historique.

Doc.4. Lieux parisiens associés à un événement historique
b. Le centre historique, haut lieu du tourisme et élément de marketing territorial
Marketing territorial : discipline visant à « commercialiser » une ville ou un territoire en valorisant ses atouts (réels ou perçus) afin d'attirer des entreprises, des investisseurs et des personnes.

Une capitale mondiale du tourisme
Paris accueille plusieurs millions de touristes chaque année, notamment dans le centre historique : environ un million d’Américains, 850 000 d' Anglais, 575 000 d'Italiens, 500 000 d'Espagnols, 500 000 Allemands et 438 000 de Japonais, et de plus en plus de touristes chinois, russes ou du moyen-orient.

Paris est une des capitales mondiales du tourisme culturel. Le patrimoine historique exceptionnel du centre historique comprend des musées (Le Louvre, Beaubourg), des monuments (la Tour Eiffel, l’Arc de triomphe) et des édifices religieux (Notre-Dame, le Sacré-Cœur) mondialement connus.

L’exceptionnelle densité historique du patrimoine parisien permet aux touristes de visiter en quelques heures ce qu’il faudrait plusieurs jours pour visiter dans d’autres pays ou sur d’autres continents.

• Une image facteur de puissance
Le centre historique de Paris est l’image de Paris (quand bien même cette image est en partie tronquée puisqu’elle ignore les évolutions récentes de la ville et peut même désorienter le touriste, comme le montre le syndrome de Paris au Japon) :

« Elle n'a pas tenu toutes ses promesses, la Ville Lumière les a déçus, surpris, choqués, au point de les rendre malades. Chaque année une centaine de Japonais sont ainsi frappés par le "syndrome de Paris", forme de dépression aigüe pouvant conduire jusqu'à l'hospitalisation (25% des cas), voire le rapatriement. Étudiants, touristes ou hommes d'affaires : personne n'est épargné (...) un mal-être méconnu, qui sévit aussi à Londres et à Bruxelles ». (Source : « Le spleen des Japonais à Paris », Le Figaro, 2006)

Cette image de Paris est facteur de puissance et de croissance : Paris est une des villes du monde qui accueille le plus de tournages de cinéma et a battu des records ces dernières années (+40% en 6 ans) ; Amélie Poulain a connu un succès européen et mondial aussi du fait que le film illustre un Paris historique. Paris est aussi une ville dont l’image est exploitée par la publicité.

Paris est une « marque » : les investisseurs étrangers achètent à Paris (les grands palaces, les hôtels particuliers comme l’hôtel de la Marine) notamment pour son caractère historique ; ils achètent la marque Paris comme le montre le rachat récent du PSG (Paris Saint-Germain) par des investisseurs Qataris.

Doc.5. Hôtel Crillon, Place de la Concorde, Paris 8e

Le centre historique de Paris est même « exportable » : le Centre Beaubourg à Metz, la Sorbonne et le Louvre d’Abu Dhabi.
2. Les conflits d'usage
a. Une concurrence pour l'espace
• Un processus de « gentrification »
La rénovation du centre historique de Paris et l’arrivée d’investisseurs étrangers ont provoqué une hausse des prix qui a éloigné les classes populaires et moyennes du centre historique de Paris. Cette relégation vers les quartiers périphériques, la banlieue ou la province accentue les déséquilibres socio-spatiaux de la ville.

Gentrification (de l'anglais « gentry ») : on parle de gentrification d'un quartier lorsque les classes populaires quittent ce quartier et sont remplacées par des couches moyennes ou aisées. Ce phénomène s'observe notamment quand un quartier est rénové et que les loyers augmentent, ce qui provoque le départ des personnes les moins riches et attire les classes disposant de revenus leur permettant de s'installer dans ce quartier rénové.

La préservation du centre historique a entraîné un éloignement des fonctions industrielles, commerciales ou tertiaires :
- Éloignement des fonctions industrielles : la rénovation du quartier de Bercy est l’exemple frappant de l’éloignement des fonctions industrielles; ferroviaires, fluviales, commerciales, d’entrepôts au profit de fonctions culturelles et de loisirs (POPB, Cour Saint-Emilion, Bibliothèque nationale de France -BNF-, Université Paris VII)).
- Éloignement des fonctions commerciales : fermeture du marché des Halles dans les années 1970 et recul du commerce de détail destiné aux habitants dans les quartiers du centre historique (le marché Mouffetard concerne davantage les touristes que la population parisienne qu’on trouve habituellement sur les marchés).
- Éloignement des emprises tertiaires : Jussieu et discussions autour des hôpitaux parisiens au profit d’opérations immobilières.

• Paris prisonnière de son image ?
Pour cultiver son image mondiale, Paris doit montrer un visage lisse : réduire le temps de parcours jusqu’aux aéroports, relier les grandes gares entre elles, réduire la pollution, ne pas « porter atteinte » au paysage qui font l’image de Paris. À ce titre, plusieurs débats récents montrent que le processus visant à privilégier l’image mondiale de Paris à celle des habitants de la région est engagé, en dépit des résistances.

On peut citer :
- la volonté de mettre en place des couloirs pour les taxis sur les autoroutes desservant les aéroports.
- On voulait empêcher les véhicules de banlieue d’entrer à Paris et on parlait de la mise en place d’un péage comme à Londres.
- La question de la construction des immeubles de grande hauteur ou des logements sociaux dans le centre de Paris.
b. Au risque de la ville-musée ?
Paradoxe de la ségrégation socio-spatiale : ce qui fait l’image de Paris, son esprit canaille et frondeur érigé en art de vivre. Or, la « muséification » de la ville tend à chasser les classes populaires qui ont fait l’Histoire et l’esprit de la ville. De même, la volonté politique de maintenir ou de faire revenir les classes populaires intra-muros se heurte aux couches sociales aisées qui ont pris leur place et causé le problème du logement social à Paris.

Doc.6. Forte diminution de la classe populaire
en faveur des classes aisées à Paris intra-muros

• Est-ce que l’Histoire se fait encore à Paris ? Les émeutes de 2005 dans les banlieues des grandes villes françaises ont commencé à Clichy-sous-Bois. Paris a toujours été le lieu des révoltes et des révolutions jusqu’en mai 68. Désormais, le peuple habite en banlieue.

• Est-ce qu’il ne faut pas redéfinir le centre historique de Paris ?
- Spatialement, dans la perspective du Grand Paris et intégrer toute l’Ile-de-France dont le patrimoine est aussi très riche.
- Philosophiquement, en prenant le risque de la modernité : la Tour Eiffel, Beaubourg ou la Pyramide du Louvre ont provoqué de grandes polémiques chez les tenants du Paris historique et pourtant ces monuments sont aujourd’hui unanimement reconnus comme faisant partie de l’image du Paris historique.
L'essentiel
Le patrimoine du centre historique de Paris et son « historicité » confèrent à la capitale française un pouvoir politique, symbolique et d'attraction qui est exploité par le marketing territorial de la ville. Cette mise en valeur permet au centre historique de Paris d'être le moteur de la croissance parisienne en termes d'images, de tourisme, etc.

Cette réduction de Paris à son centre historique ne présente-t-elle pas toutefois le risque de concentrer les touristes ou les investisseurs dans quelques quartiers au détriment des autres, pourtant plus dynamiques ?

Plus largement, préserver le centre historique, n’est-ce pas risque de laisser l’Histoire se faire sans lui ? N’est-ce pas aussi ignorer que l’Histoire s’écrit peut-être dans d’autres quartiers et dans d’autres villes ? En d'autres termes, comment préserver le centre historique de Paris tout en préservant le côté ancien (tout en étant moderne) et attractif sans se couper de la société ? Comment rester ouvert au monde sans se fermer à ses propres habitants ?

C'est à ces questions que le projet du Grand Paris permettra peut-être de répondre.
Références
Bibliographie :
- Paris, une géohistoire, Youri Carbonnier, La Documentation Française, avril 2009
- Le Grand Paris, Consultation Internationale, AMC, 2010.

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