La vieille ville de Jérusalem, enjeux - Cours d'Histoire Terminale L avec Maxicours - Lycée

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La vieille ville de Jérusalem, enjeux

La vieille ville de Jérusalem s’étend sur une superficie de 0,9 km2 et compte 37 000 habitants. Pourtant, ce petit territoire revêt une grande importance à l’échelle locale, régionale et mondiale. Comment peut-on expliquer un tel intérêt ?

- La vieille ville de Jérusalem est une ville sainte pour les juifs, les musulmans et les chrétiens et son Histoire se confond avec l’Histoire de ces trois religions.

- Depuis 1947, la vieille ville de Jérusalem située à l'intérieur de Jérusalem, se trouve au cœur des tensions Israélo-palestiniennes. Encore aujourd’hui, le gouvernement israélien aussi bien que l’autorité palestinienne, revendiquent de faire de Jérusalem leur capitale. De ce fait, la vieille ville est le cœur d’une compétition intense entre les communautés juives et musulmanes, portant notamment sur la question du patrimoine archéologique.

En effet, pour trancher cette lutte entre Israéliens et Palestiniens, l’Histoire est un enjeu essentiel : l’antériorité de l'occupation du site, l’évaluation de son importance spirituelle pour les Juifs, les Musulmans et les Chrétiens, la place de tel ou tel monument dans le patrimoine de chacune des communautés de la ville et les traditions rituelles sont autant de sujets de controverses. Ces controverses recouvrent une lutte politique intense dont l’enjeu est de savoir qui des Israéliens ou des Palestiniens pourra revendiquer d’exercer sa souveraineté sur sa ville et pourra en faire sa capitale à terme.

De fait, les fouilles archéologiques constituent un élément majeur des revendications de chacun des deux camps. Avec la vieille ville de Jérusalem, nous avons donc l’exemple le plus extrême d’un patrimoine pris en otage par les sociétés actuelles au profit de considérations politiques.

Doc. 1. La vieille ville de Jérusalem

1. Une vieille ville cosmopolite au patrimoine religieux unique
a. La vieille ville de Jérusalem au coeur du Moyen Orient
La vieille ville de Jérusalem se situe à l’est de Jérusalem et concentre 37 000 habitants sur 0,9 km2. Jérusalem-est est un territoire occupé depuis 1967. Jérusalem se situe à l’est de l’État d’Israël, à la frontière avec la future Palestine.

Doc. 2. La vieille ville dans Jérusalem-Est


Doc. 3. Jérusalem en Israël

b. Des quartiers qui reflètent l'Histoire de la région
On trouve dans la vieille ville de Jérusalem un quartier chrétien, un quartier arménien, un quartier juif et un quartier arabe.

 
Population en 2005
(nombre d'habitant)
Superficie
(dunums)
Quartier musulman  25 600  461
 Quartier chrétien  5 400  192
 Quartier arménien  2 500  126
 Quartier juif  2500  122
 Total  37 000  901
Doc. 4. Population de la Vieille Ville de Jérusalem
Source : Jerusalem Institute for Israel Studies
• Un quartier arménien
La première implantation d’Arméniens près de Jérusalem date de 95 avant J.-C., sous le règne de Tigrane II, roi d’Arménie, après la conquête de nombreux territoires entre l’Arménie et Jérusalem. En 70, après la destruction de Jérusalem, les Romains font venir commerçants, artisans, militaires et administrateurs arméniens.

Plus tard, au 4e siècle, durant le règne de Tiridate IV, l’Arménie devient le premier état chrétien. C’est au cours de cette période que des pèlerins s’installent à Jérusalem. En 313, l’édit de Constantin tolère le christianisme dans l’Empire romain, facilitant l’établissement des Chrétiens arméniens à Jérusalem. En 326, l’impératrice Hélène se rend à Jérusalem en vue de faire restaurer des lieux saints chrétiens. On y construit au même moment le Saint-Sépulcre sur les lieux où le Christ aurait été crucifié.

Entre le 4e et 8e siècle, la communauté arménienne fait bâtir près de 70 monastères en Terre Sainte. A partir de 405, l’invention de l’alphabet arménien aide l’archivage, dans leur langue d’origine, de plus de 4 000 manuscrits dans l’église de Saint-Toros, près de la cathédrale Saint-Jacques de Jérusalem. Cette communauté perpétue sa présence notamment par le caractère endogamique des mariages et par la préservation de sa culture à travers la pratique de sa langue.

• Un quartier chrétien
Il se situe dans le quart nord-ouest de la vielle et est peuplé d’arabes chrétiens de Palestine. On y trouve le Saint-Sépulcre, la Mosquée d'Omar et le Muristan (Le Muristan est une partie des rues commerçantes du quartier chrétien. Il est situé sur les lieux du premier hôtel de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem). On trouve aussi, pour le culte catholique, la cathédrale latine du patriarcat latin de Jérusalem, près de la porte de Jaffa.

En dépit du manque de preuves, on pense que le lieu supposé de la crucifixion de Jésus, le Golgotha, de son tombeau et de sa Résurrection a été un point d'ancrage pour la communauté chrétienne de Jérusalem. Ceci explique pourquoi Jérusalem est restée un enjeu majeur pour les Chrétiens, aussi bien à l’époque des Croisades qu’aujourd’hui encore, comme en témoignent les visites de Jean-Paul II et Benoît XVI.
   
Doc. 5. Le quartier chrétien    Doc. 6. Golgotha

• Le quartier juif
Le quartier juif couvre le sud-est de la vieille ville. Il s’étend de la Porte de Sion au sud, longeant le quartier arménien à l'ouest jusqu'au Cardo (une des deux voies principales dans une ville romaine) au nord et jusqu'au mur des lamentations et à la place des Mosquées à l’est. On trouve dans ce quartier de nombreux vestiges archéologiques, tels que le Cardo maximus, qui était l’axe nord-sud à l'époque romaine, ou le « mur large », vestige de l'une des murailles de la ville.

On y trouve surtout Le mur des lamentations ou mur occidental. Interdits de résider à Jérusalem depuis la révolte de 135, Constantin les autorisa à gravir le Mont du Temple pour pleurer sur les ruines une fois l’an. Les princes musulmans ont maintenu cette coutume et ont entretenu le site. Il est depuis le 12e siècle, le lieu privilégié de la prière juive.

• Le quartier musulman
Il est situé dans la partie nord-est de la vieille ville. Avec ses 22 000 habitants, c’est la partie la plus peuplée et la plus animée de la ville.On y trouve surtout des mosquées. Quant aux lieux de culte les plus importants pour les Musulmans, il y a le dôme du Rocher et la mosquée Al-Aqsa, se trouvant sur l’esplanade des Mosquées, en dehors des limites traditionnelles du quartier.
c. Les lieux à forte valeur symbolique
Les lieux à une forte valeur symbolique pour les Juifs et les Chrétiens :

• Des lieux importants pour les Juifs
- Le Kotel Hakatan, le petit mur des lamentations, surtout fréquenté par des juifs radicaux et qui est gardé par la police israélienne.
- Le tunnel du Kotel qui se trouve sous le quartier arabe et dont l'ouverture en 1996 a suscité des troubles et causé des dizaines de morts.
• Des lieux importants pour les Chrétiens
- La Via Dolorosa qui traverse le quartier rappelle les stations du chemin de croix de Jésus avant sa crucifixion - l'église de la condamnation, le couvent de la flagellation, l'arche de l'Ecce Homo, etc.
- Près de la porte des lions se trouve l'église Sainte-Anne (à l'emplacement de la maison d'Anne et Joachim, les parents de la Vierge Marie). Le terrain appartient à l'État français.

Doc. 7. Les juifs priant au pied
du « mur des lamentations »

Doc. 8. Mosquée Al-Aqsa Doc. 9. La Via Dolorosa

2. Une ville trois fois sainte
a. Yerushalayim, la juive
En 1004 avant J.-C., le roi David conquiert Jérusalem et renomme la forteresse de Sion dont il s’est emparé, la « cité de David ». Il fait construire un palais royal et y installe l’Arche d’alliance; Jérusalem devient capitale politique et religieuse de son royaume. Le Judaïsme se sédentarise et Jérusalem devient le centre religieux unique du peuple hébreu. Plusieurs épisodes de la Bible se déroulent dans cette ville, notamment le sacrifice d’Abraham, la venue du Messie et l’annonce de l’Apocalypse.

Vers 44 avant J.-C., Hérode fait bâtir un grand palais fortifié. Il fait aussi reconstruire le Temple dont les dimensions lui semblaient trop modestes. En 70, les Hébreux se révoltent contre l’occupation romaine. La ville est rasée par l’occupant. En 135, Hadrien interdit aux Juifs de vivre à Jérusalem. Il délaisse le nom de Judée et baptise cette nouvelle province Palaestina.

Le Judaïsme redevient une religion de l’exil pendant 18 siècles. La prière « L’an prochain à Jérusalem » exprime l’espoir d’un retour dans cette ville sacrée. Le projet sioniste du 19e siècle se construit en partie autour de cet espoir.
b. Jérusalem, la chrétienne
Jérusalem est le lieu témoin des principaux actes fondateurs du christianisme. C'est dans cette ville que Jésus a fait ses premiers pas dans la vie chrétienne en prêchant au Temple, a vécu la Passion, la Résurrection et fait ses premiers miracles, notamment le jour de la Pentecôte en présence des apôtres.

Au début du 4e siècle, l’empereur Constantin entend faire de Jérusalem une ville chrétienne. A l’emplacement du Golgotha, le temple de Vénus est remplacé par une église qui deviendra plus tard le Saint-Sépulcre.

En 1096, le pape Urbain II lance son appel à la Croisade pour conquérir et défendre le Saint-Sépulcre, Jérusalem et la Terre sainte. En 1099, Jérusalem est saccagé. Les croisés fondent les États latins d’Orient. En 1291, les occidentaux sont définitivement chassés de la Terre sainte par Saladin, sultan d’Égypte et de Syrie.

Jérusalem redevient une ville musulmane pendant 9 siècles. Les Chrétiens revendiquent peu Jérusalem car le Christianisme a depuis Paul de Tarse une vocation universelle et s’attache moins à un territoire qu’à l’expression de la foi.
c. Al Qods, la musulmane
Jérusalem est, après La Mecque et Médine, le troisième lieu saint de l’islam. Cependant, elle n’est pas explicitement citée dans le Coran. Les califes omeyyades, abbassides, fatimides gouvernaient la Palestine depuis Damas, Bagdad ou Le Caire. Jérusalem n’a jamais été la capitale d’un Etat musulman ou d’une province d’un royaume musulman.

Ce sont les Croisades qui font véritablement de Jérusalem une ville sainte. Depuis, Al Qods et l’esplanade des Mosquées — d’où le Prophète a fait son ascension vers Dieu sur sa jument Buraq — ont une dimension affective qui font non seulement de Jérusalem un lieu saint, mais aussi un lieu de résistance militaire et religieuse.

 
Doc. 10. Croisades : représentation de la prise de Jérusalem Doc. 11. « David portant l'arche d'Alliance dans Jérusalem ». Peinture de Domenico Gargiulo (1609-1675) 




Dans les premiers temps de l’Islam, les croyants se tournaient vers Jérusalem pour prier, avant de préférer finalement La Mecque.
L'essentiel
La vieille ville de Jérusalem est au cœur d'enjeux patrimoniaux complexes qui rejoignent des enjeux politiques d'une grande intensité. La vieille ville, symbole du retour des juifs sur la Terre Sainte est aussi pour les musulmans un lieu de prière essentiel.

Cette concurrence patrimoniale a été ravivée par la création d'Israël et par la prétention des Israéliens et des Palestiniens à faire de la vieille ville et de Jérusalem leur capitale. Aussi la vieille ville s'est-elle retrouvée depuis 1947 au cœur des conflits entre les communautés qui composent la ville mais aussi au centre des conflits entre les États (Israël/autorité palestinienne) et des préoccupations internationales comme le montre le rôle de l'ONU. En 60 ans, la vieille ville de Jérusalem a cristallisé un conflit local et régional majeur.
Références
Ouvrages et revues :
- K. H. Fieckenstein, Jérusalem, ville sainte des trois monothéismes, Paris, Desclée de Brouwer, 1989.
- J. Potin, Jérusalem, Juifs, Chrétiens et Musulmans au cœur d'une ville unique. Bayard/Centurion, 1995.

Dossiers pédagogiques :
- Jérusalem, ville trois fois sainte, Bibliothèque nationale de France - Dossiers pédagogiques, 2004.

Cartes :
- Jérusalem, La Documentation française, 2001.

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