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La séduction des mythes en politique

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Objectif
  • Comprendre le rôle des récits mythiques en politique.
  • Connaitre la technique du storytelling.
Points clés
  • Tout ordre politique repose sur des mythes, des récits nécessaires pour obtenir le consentement et l’adhésion de la population.
  • Les mythes sont souvent plus puissants pour émouvoir et contrôler un peuple que des arguments froids et rationnels.
  • Malgré l’avancée de l’histoire et des sciences, les mythes n’ont pas disparu, ils ont évolué.
  • Le storytelling, technique utilisée en communication politique et commerciale, permet de construire des récits en vue d’influencer ou modifier des représentations du monde.

La légitimité de l’ordre politique, économique et hiérarchique de toute société repose en partie sur des mythes. Ces mythes sont des récits, religieux ou profanes, fictifs ou librement inspirés de faits historiques, qui retracent l'origine de l'ordre social afin de montrer que cet ordre est juste et que l'on doit s'y soumettre. La nuit du 4 août 1789 (date à laquelle la noblesse française renonce à ses privilèges) constitue l’un de ces événements historiques bien réels élevés au rang de mythes fondateurs sur lesquels s’appuie la République Française.

1. Mythe et ordre politique

Le rôle essentiel du mythe en politique est reconnu depuis l'Antiquité. La cité idéale conçue par Platon doit ainsi se fonder sur un mythe : ses dirigeants descendraient d'une race supérieure (d'or), ses gardiens (police et armée) de la race intermédiaire (d'argent), et c'est une race inférieure (de bronze) qui aurait engendré les producteurs (ouvriers, agriculteurs, marchands). Ce mythe est présenté explicitement comme un mensonge nécessaire pour obtenir le consentement de la population à l’ordre politique. Une hiérarchie ne dure en effet qu'à la condition que les gens la croient légitime. Or les hiérarchies supposées naturelles paraissent les plus légitimes. Si un groupe de personne est cru naturellement supérieur à un autre, sa domination peut sembler nécessaire et juste autant aux dominants qu’aux dominés. La domination masculine repose ainsi sur le mythe d'une supériorité naturelle, physique, intellectuelle et morale, des hommes sur les femmes. Ce mythe est tout aussi faux que celui de Platon. Mais nous l'avons entretenu depuis si longtemps qu'il est difficile de combattre son influence sur nos croyances et sur nos comportements.

Le pouvoir politique rêve de contrôler autant que possible la création et la circulation des mythes. Les poètes qui osent représenter les dieux en train de succomber à des passions humaines doivent ainsi être chassés de la cité idéale de Platon. Et leurs poésies doivent être censurées, car elles dégradent l'image sacrée de la religion. Profaner les institutions fondamentales de la cité est intolérable. Mais cela n’empêche pas les groupes dominés d’entretenir des contre-mythologies, allant à l'encontre des mythes officiels. La révolte des esclaves conduite par Spartacus dans la Rome antique a inspiré par la suite de nombreuses autres révoltes. Les Amazones, cavalières et guerrières mythiques qui vivent sans hommes, inspirent des symboliques féministes.

2. Mythe et histoire, passion et raison

Les mythes sont souvent plus puissants pour émouvoir et contrôler un peuple que des arguments froids et rationnels. C’est ainsi que l’enseignement de l’histoire en France a d’abord pour but, à la fin du XIXe siècle, la formation d’un patriotisme fort entretenu par des images glorieuses et exaltantes d’un passé mythifié. Les jeunes français sont ainsi préparés à se sacrifier pour la patrie en étudiant des figures héroïques telles que Roland, Jeanne d’Arc ou Napoléon. L’histoire de France devient alors ce que des historiens appellent un « roman national ».

Or, au contraire du récit romanesque, l’histoire n’est pas censée prendre de liberté avec les faits : l’historien rigoureux doit soumettre son imagination aux documents historiques auxquels il a accès. L’histoire s’oppose alors aux pouvoirs politiques qui voudraient l’instrumentaliser au mépris de la vérité pour promouvoir leurs propres visions du monde. Depuis le XVIe siècle, la bataille de Poitiers (732) a été ainsi régulièrement présentée comme une étape décisive dans la sauvegarde de l’Occident chrétien contre l’invasion musulmane. Les historiens actuels objectent que cette bataille n’a sans doute qu’une importance très anecdotique. Il est même possible que l’armée menée par Charles Martel ait moins arrêté une invasion que mis fin aux activités d’une bande de pillards venus de l’Espagne alors musulmane.

3. En avons-nous fini avec les mythes ?

Les progrès de la connaissance en histoire et en sciences pourraient laisser croire que les mythes appartiennent à une époque ancienne et révolue. Nous serions devenus trop rationnels et trop méfiants pour croire encore à des contes réservés à une humanité passée, jeune et naïve. En réalité, les mythes n’ont pas disparu, mais simplement changé.

Cela se vérifie lorsqu’on se penche sur des polémiques liées aux épisodes de l’histoire française qui, du fait de leur dimension « sacrée », ont longtemps été intouchables. Par exemple, le film documentaire de Marcel Ophuls, Le chagrin et la pitié (1971), s’attaque au mythe d'une France toute entière opposée à l'occupant nazi en montrant la réalité de la collaboration des élites et des gens ordinaires. Ce film ne sera pas diffusé à la télévision avant 1981. En 1973, le directeur de l’ORTF (qui contrôlait alors la diffusion des programmes sur les chaines publiques), Arthur Conte, justifie cette censure en disant que « le film détruit les mythes dont les Français ont encore besoin ». Où sont donc les mythes actuels ? Outre les événements et les personnages consacrés par l’histoire officielle, on peut regarder du côté du storytelling. Cette technique de communication politique ou commerciale consiste à présenter des théories sous la forme de petits récits touchants et simplistes. Durant sa campagne présidentielle victorieuse aux États-Unis, Ronald Reagan présentait régulièrement le cas d’une « reine des allocations », censée vivre très confortablement sans travailler grâce à des escroqueries aux aides sociales. Cette fiction a eu un impact durable sur les mentalités et la perception du monde. Nous sommes donc loin d’être sortis de la pensée mythique.

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