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Peut-on enseigner la rhétorique ?

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Objectif
  • Comprendre quel était l’intérêt d’étudier la rhétorique hier en Grèce antique et quel est l'intérêt aujourd'hui.
  • S'interroger sur cet enseignement : est-il élitiste ou destiné à tous ?
Points clés
  • La rhétorique peut être perçue comme un enseignement en soi, réservé à une élite qui fera de la parole leur métier.
  • L'enseignement de la rhétorique comporte des limites, notamment morales et politiques.
  • La rhétorique peut soit asservir, soit libérer.

L’histoire a retenu un dilemme célèbre, celui d’un certain Corax (5e siècle avant notre ère), fondateur supposé de la rhétorique et premier rhéteur connu. Corax avait un élève à qui il avait si bien enseigné la rhétorique, c’est-à-dire l’art de persuader qui il voudrait, que cet élève refusa de le payer pour son enseignement.

« En effet, dit-il, si tu m’as appris l’art de persuader qui je voudrais, je dois pouvoir te persuader de ne pas recevoir de salaire de ma part. Et si je n’arrive pas à te persuader de ne pas recevoir de salaire, c’est que ton enseignement était inefficace et permets-moi de ne pas te payer non plus dans ce cas. »

Le maitre se voit ainsi dépassé par son élève et son enseignement se retourne contre lui. L’enseignement de la rhétorique est présenté ici de façon problématique : en de mauvaises mains, la rhétorique ne peut-elle pas devenir nuisible ? On peut certes apprendre à bien parler, mais cet enseignement est-il sans limites ?

1. La rhétorique est un enseignement

Parmi les différents sens du mot « rhétorique », on trouve celui d’enseignement, car dès son apparition, la rhétorique a été transmise par des rhéteurs, comme le fameux Corax, qui enseignaient leur art. La rhétorique s’est rapidement institutionnalisée comme cycle d’enseignement fondamental dans les écoles avec la grammaire, la philosophie ou la dialectique dès l’époque de la Grèce antique. Au Moyen-Âge, son enseignement se répandit en Europe. En France, jusqu’au XIXe siècle, la classe de Première s’appelait par exemple la classe de Rhétorique. Les plus grands rhéteurs ont écrit des manuels de rhétorique, comme Tisias, Isocrate, Cicéron et Quintilien, entre autres.

La rhétorique apprend à trouver, dans chaque cas donné, ce qui est propre à persuader un auditoire à l’aide de preuves éthiques, logiques et pathétiques. Elle ordonne l’organisation des discours selon quatre ou cinq étapes qui sont l’exorde (introduction où l’on capte la bienveillance de l’auditoire), la narration (ou exposition des faits), la confirmation (qui donne les preuves de l’orateur) et la réfutation (où l’orateur cherche à détruire celles de l’adversaire) et la péroraison (conclusion qui amplifie et résume le sujet). Elle divise l’art de composer un discours en cinq parties qui sont classiquement l’elocutio (le choix des mots et des figures appropriées), l’inventio (la conception des arguments), la dispositio (la mise en ordre du discours), la memoria (la mémorisation du discours, avant de le réaliser en public) et l’actio (la réalisation physique du discours, à travers le regard, le visage, les gestes, la voix...). Enfin, elle apprend à argumenter le pour et le contre sur tout sujet, au nom de l’idée qu’il y a nécessairement deux discours possibles. Il est en effet nécessaire, pour un bon orateur, de maitriser aussi bien son discours que le contre-discours de la partie adverse, pour pouvoir anticiper ses réfutations et ses objections et attaquer ses arguments.

Aujourd’hui en France, bien que la rhétorique ne soit plus l’objet d’un enseignement dans le secondaire, elle a fait un retour en force dans le supérieur. Des écoles comme Sciences Po ont créé des cursus de rhétorique en s’appuyant notamment sur l’enseignement de Quintilien. Des concours d’éloquence sont organisés par des universités et des institutions comme le concours de la Conférence pour les avocats, et Eloquentia pour les étudiants de Paris VIII pour répandre l’apprentissage de la rhétorique. Des écoles privées comme l’École de l’Art oratoire font leur apparition, et dispensent un enseignement orienté vers l’art de la prise de parole en public dans diverses situations (oral du bac, négociations commerciales, réunions, présentations de projets...).

2. Les limites de cet enseignement

Tout d’abord, il faut garder à l’esprit que la rhétorique, qui est une technique, ne produit pas nécessairement l’éloquence. En effet, l’éloquence (c’est à dire la capacité de bien parler et de persuader son auditoire) précède la rhétorique au sens où il existe des discours éloquents sans enseignement rhétorique préalable. Et à l’inverse, on peut étudier les grands traités des rhéteurs sans réussir à être éloquent. La rhétorique est un catalogue de procédés et d’outils qu’il ne faut pas appliquer mécaniquement, mais adapter à chaque situation. Cicéron distingue les « harangueurs de métier » et les « déclamateurs braillards » qui ont fait de la parole leur métier, de l’orateur vraiment éloquent qui s’adapte aux circonstances et à son auditoire. Pour Isocrate, un bon orateur peut avoir étudié l’art des discours dans les manuels, mais sans l’assurance devant la foule, il lui serait impossible de parler.

Un autre écueil se manifeste dans la question des qualités éthiques de l’orateur. La rhétorique est à la fois amorale, puisqu’en tant que technique, elle enseigne aussi bien à défendre le pour du contre (et le vrai du faux). Enseignée ainsi, elle peut devenir mensongère et manipulatrice, si l’orateur lui-même n’est pas un homme de bien qui parle à bon escient, après avoir réfléchi aux causes qu’il souhaite défendre et après avoir développé son savoir. Sans cette précaution, l’éloquence d’un orateur peut aussi sembler creuse, vide de sens et d’enseignement, alors qu’on considère que l’argumentation éloquente doit aussi bien plaire et émouvoir qu’instruire.

Cette rhétorique creuse et brillante à la fois, c’est celle des sophistes, qui se mettaient au service d’une élite destinée à gouverner, diriger et juger. On pourrait alors la soupçonner de devenir un outil de domination sociale et politique, car l’éloquence confère un certain pouvoir : le pouvoir de persuader, mais aussi celui de réduire au silence et à la sidération les personnes qui ne maitrisent pas ses codes.

3. La rhétorique ne doit pas être une fin en soi

La rhétorique a toujours eu un rôle pédagogique, en dehors de finalités judiciaires ou politiques. Elle avait pour objectif principal de faire produire des textes aux élèves, à l’écrit et à l’oral. L’enseignement de la rhétorique comportait à l’époque antique tout un répertoire d’exercices types (des chries), qui incitaient l’élève à développer une pensée selon différents genres : la thèse, l’éloge, le parallèle, le plaidoyer, le discours politique, l’apologue… Au Moyen-Âge, la rhétorique est considérée comme un « art libéral » c’est-à-dire sans autre finalité que la formation de l’esprit et de la personne de l’élève. Cet enseignement reste réservé à l’époque à une future élite, non pas à cause de la rhétorique elle-même, mais de l’enseignement en général.

En revanche, actuellement, de plus en plus d’universitaires et d’intellectuels suggèrent de réviser le statut de la rhétorique dans l’enseignement, et de considérer l’éloquence comme une compétence citoyenne à travailler de façon la plus large et démocratique possible. L’initiative d’Eloquentia à destination des étudiants de Paris VIII participe de ce mouvement d’élargissement de l’étude de la rhétorique, qui commence à toucher aussi des lycées qui organisent entre eux des concours de rhétorique. Cela reste cependant à l’initiative des professeurs, tandis que certains vont plus loin encore et recommandent de revenir à l’enseignement par les progymnasmata dans le secondaire, c’est-à-dire à la pratique systématique des exercices préparatoires de rhétorique, dans le cadre de la formation des futurs citoyens et citoyennes, qui maitriseraient ainsi l’art de comprendre, de se faire comprendre et d’argumenter.

Enfin, l’enseignement de la rhétorique pourrait aussi aider les élèves à mieux comprendre les techniques de manipulation rhétorique et à se méfier des discours séducteurs ou qui jouent sur l’émotion de l’auditoire. Les émotions peuvent en effet être travaillées et utilisées de façon contestable notamment par des responsables politiques. La meilleure façon de se protéger de ces manipulations consisterait à généraliser l’enseignement de la rhétorique à tous, car tous les citoyens peuvent avoir besoin de persuader et de se protéger contre les tentatives de manipulation. En attendant cette généralisation, on voit se multiplier, à destination des élèves et des professeurs, des manuels d’autodéfense intellectuelle qui permettent d’identifier les argumentations fallacieuses et les manipulations.

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