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Pythies, oracles et prophètes

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Souvent, lorsque les dieux parlent, les hommes ne les entendent pas ou ne les comprennent pas. Leurs paroles sont confuses, mystérieuses, inaudibles, et ne sont parfois délivrées qu’en des lieux isolés, où seuls peuvent se rendre des personnes initiées : landes désertes, montagnes hautes, forêts profondes, grottes obscures… Bref, la parole des dieux ne se rend pas accessible facilement.

De tous temps, des hommes et des femmes ont été perçus comme à part, car capables d’établir contact avec ces divinités : les pythies dans la culture antique, les vestales à Rome, les sorcières au Moyen Âge, les prophètes ou les poètes… Nous allons passer en revue quelques-unes de ces figures.

1. L'oracle grec et la fatalité

Étymologiquement, le terme d’oracle provient du latin orare « parler » (qui a donné « oral »), qui vient lui-même de os, oris, « la bouche ». La parole d’un oracle est à la fois divine et humaine car l’homme ou la femme qui occupe la fonction d’oracle constitue un intermédiaire entre les dieux et les autres humains.

Pour les Grecs et les Romains, l’expression des messages divins passaient par la Pythie ou la Sybille. Traditionnellement, la pythie est une femme inspirée par le dieu Apollon, qui siégeait sur un trépied, au-dessus de vapeurs émanant du sous-sol. Lorsqu’un homme ou une femme lui posait une question, elle mâchait des feuilles de laurier et entrait en transe. Sa réponse, souvent incompréhensible, ambiguë ou obscure, devait ensuite être interprétée.

Un mythe grec célèbre souligne l’ambiguïté de la parole oraculaire, celui de Deucalion, fils de Prométhée. Suite au déluge provoqué par Zeus, mécontent de l’humanité, Deucalion et sa femme se réfugient sur le mont Parnasse. Là, ils reçoivent de Thémis l'ordre de jeter derrière eux les os de leur grand-mère. Ces os sont en réalité des pierres, car la grand-mère de Deucalion est Gaia, la Terre. En jetant de pierres derrière lui, Deucalion donne vie à des hommes et sa femme Pyrrha, à des femmes. C’est ainsi que la Terre fut repeuplée.

Une autre histoire célèbre concerne le roi de Lydie, Crésus. Ce dernier demande conseil à la Pythie pour savoir s’il doit partir en guerre contre la Perse, empire voisin de la Grèce. L’oracle lui répond que s’il s’engage dans le conflit, il détruira un grand empire. Crésus part donc, mais il est vaincu. Conformément aux paroles de l’oracle, Crésus a bel et bien détruit un grand empire : le sien !

La parole de la Pythie possède également une dimension prophétique terrible : par elle s’exprime le destin, parfois tragique, des héros. Ainsi, à Laïos et Jocaste, roi et reine de Thèbes, elle prédit que leur fils tuerait son père et épouserait sa mère. Pour éviter ce cruel destin, ils décident d’abandonner le bébé dans la nature sauvage. L’enfant est sauvé de la mort par de braves gens. Devenu adulte, effrayé par l’oracle qui le concerne, Œdipe fuit ceux qu’il croit être ses parents. Sur le chemin de Thèbes, sans le savoir, il tue un homme, son père, dont il épouse la femme devenue veuve, sa mère.

Dans le cas d’Œdipe, la mécanique du destin s’enclenche parce qu’il prend très au sérieux les paroles de la pythie et tente d’échapper à son sort. À l’inverse, lorsque Cassandre, la fille de Priam, prophétise la destruction de Troie, nul ne la croit. La parole prophétique se trouve impuissante face à l’implacable destin de la ville.

On retrouve cet aspect fatal de la parole prophétique, qui crée elle-même les conditions de sa réalisation, dans de nombreux autres récits. Par exemple, dans Macbeth, trois sorcières (« weird sisters ») prédisent à Macbeth un avenir de roi, ce qui le pousse à assassiner le souverain actuel. Ce meurtre, dont il n’aurait peut-être jamais eu l’idée sans l’intermédiaire démoniaque des sorcières, entraine sa perte morale et sa mort. Le piège de la parole prophétique s’est une fois de plus refermé sur les mortels.

2. Prophètes et parole divine dans les religions monothéistes

En grec ancien, le mot prophète signifie « interprète de la parole divine ». Il a ensuite été repris par la tradition biblique pour désigner une personne qui parle au nom de Dieu, délivrant un message de sagesse, et qui préfigure, pour les chrétiens, la venue du Christ. Dans l’Ancien Testament, lorsque Dieu s’exprime directement, il effraie le peuple juif, ce qui rend indispensable l’intermédiaire des prophètes. Ainsi, par exemple, durant l’exode du peuple juif hors d’Israël, Moïse se retire sur le Mont Sinaï et rapporte à son peuple les dix commandements (le décalogue) que Dieu a gravé de son doigt sur des tablettes de pierre. La religion musulmane reconnait les mêmes prophètes que les chrétiens et les juifs, y compris Jésus, mais y ajoute Mahomet, qui met fin pour les musulmans au cycle des prophéties.

Jésus lui-même recourt à une parole ambiguë et biaisée, non pas pour piéger les fidèles, mais pour susciter la réflexion. Il utilise des récits allégoriques que, dans le cadre de la Bible, on nomme « parabole », c’est-à-dire des récits qui contiennent un enseignement moral. Le Nouveau Testament regorge de paraboles célèbres comme celles du fin prodigue, du bon Samaritain, du mauvais riche, de la brebis perdue, du bon grain et de l’ivraie…

On peut par exemple citer en entier celle du bon grain et de l’ivraie car ces récits sont en général très courts :

Il leur proposa une autre parabole, et il dit : Le royaume des cieux est semblable à un homme qui a semé une bonne semence dans son champ. Mais, pendant que les gens dormaient, son ennemi vint, sema de l'ivraie parmi le blé, et s'en alla. Lorsque l'herbe eut poussé et donné du fruit, l'ivraie parut aussi. Les serviteurs du maître de la maison vinrent lui dire : Seigneur, n'as-tu pas semé une bonne semence dans ton champ ? D'où vient donc qu'il y a de l'ivraie ? Il leur répondit : C'est un ennemi qui a fait cela. Et les serviteurs lui dirent : Veux-tu que nous allions l'arracher ? Non, dit-il, de peur qu'en arrachant l'ivraie, vous ne déraciniez en même temps le blé. Laissez croître ensemble l'un et l'autre jusqu'à la moisson, et, à l'époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs : Arrachez d'abord l'ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier.
Bible, Nouveau Testament, traduction de Louis Segond

De même qu’avec les oracles grecs, la parole divine n’est pas limpide. La question de l’interprétation est donc cruciale. Elle entraine parfois entre les croyants d’une même religion des tensions qui peuvent aller jusqu’au schisme, comme celui qui sépare chez les musulmans les chiites des sunnites.

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