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La séduction, une idée sexiste ?

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Objectif
  • Comprendre les logiques de pouvoir et de domination en jeu dans la séduction.
  • Saisir l’inégalité des hommes et des femmes en matière de séduction, dans la société comme dans la littérature
  • Dissocier ce qui relève de la séduction et du crime punissable par la loi (harcèlement, viol).
  • Se demander si l’on peut vraiment « séparer l’homme de l’artiste ».
Points clés
  • La séduction représente pour les hommes un moyen de démontrer leurs talents et leur virilité aux yeux des autres hommes d'une part, et d’asseoir leur domination sur les femmes d'autre part.
  • Les contes, les légendes et les arts regorgent de scènes de violences sexuelles que l’on a longtemps présentées comme d’innocents exemples de la fougue masculine.
  • La frontière entre séduction et agression est moins floue que certains aiment à le croire : le consentement éclairé et enthousiaste des personnes impliquées est indispensable.
  • Les débats sur la séduction continuent d’agiter la société française, qui peine encore à condamner fermement les artistes coupables de crimes sexuels.
1. Séduction et enjeux de pouvoir

Dans la littérature, lorsque la séduction est revendiquée comme un art, il est surtout maitrisé par des personnages masculins, comme Dom Juan ou encore le Vicomte de Valmont dans Les Liaisons dangereuses.

La séduction est présentée comme une guerre ou une chasse que mènent les hommes. On en trouve la trace dans de nombreuses expressions : les séducteurs se présentent comme des conquérants et les femmes sont autant de « proies ». L’homme fait d’autant plus la démonstration de ses talents et de sa valeur que sa cible se révèle difficile à soumettre.

Dépositaire de tous les secrets de mon cœur, je vais vous confier le plus grand projet qu’un conquérant ait jamais pu former. Que me proposez-vous ? de séduire une jeune fille qui n’a rien vu, ne connait rien ; qui, pour ainsi dire, me serait livrée sans défense ; qu’un premier hommage ne manquera pas d’enivrer, et que la curiosité mènera peut-être plus vite que l’amour. Vingt autres peuvent y réussir comme moi. Il n’en est pas ainsi de l’entreprise qui m’occupe ; son succès m’assure autant de gloire que de plaisir. L’amour qui prépare ma couronne, hésite lui-même entre le myrte et le laurier, ou plutôt il les réunira pour honorer mon triomphe. Vous-même, ma belle amie, vous serez saisie d’un saint respect, et vous direz avec enthousiasme : “ Voilà l’homme selon mon cœur. “

Vous connaissez la présidente Tourvel, sa dévotion, son amour conjugal, ses principes austères.

Voilà ce que j’attaque ; voilà l’ennemi digne de moi ; voilà le but où je prétends atteindre :

Et si de l’obtenir je n’emporte le prix, J’aurai du moins l’honneur de l’avoir entrepris.

Lettre IV, Les Liaisons dangereuses, Pierre Choderlos de Laclos, Flammarion, 1869

Dans cet extrait des Liaisons dangereuses, le Vicomte de Valmont expose à Mme de Merteuil son projet de séduire Mme de Tourvel : un véritable tour de force, car cette dernière est réputée dévote et fidèle à son mari. Ce qui intéresse Valmont, ce n’est pas gagner l’amour d’une femme, mais le défi, l’excitation de la difficulté et l’opportunité de démontrer ses talents.

Dans son livre Alpha mâle, Séduire les femmes pour s'apprécier entre hommes, l’anthropologue Mélanie Gourarier étudie la « communauté de la séduction » française, composée d’hommes hétérosexuels qui s’échangent des conseils et des techniques pour multiplier les conquêtes. Certains membres n’hésitent d’ailleurs pas à s’autoproclamer « coachs en séduction » ou « Pick Up Artists »(« artistes de la drague »). Mélanie Gourarier montre que ces pratiques correspondent à des sortes de concours de virilité : chaque nouvelle conquête venant rassurer le séducteur sur sa masculinité et prouver aux autres membres qu’il est un « vrai homme ».

2. Séduction, manipulation, harcèlement ou viol ?

La séduction amoureuse peut être perçue comme un rapport de force où la femme a tout à perdre. Dans la poésie classique, si une femme se refuse à un homme, elle sera perçue comme « insensible » et « cruelle ». Si elle se rend, à l’inverse, sa réputation sera entachée et parfois, son honneur perdu pour toujours.

Cette ambivalence est exposée dans les propos de Valérie Rey-Robert dans son livre Une culture du viol à la française :

Par exemple, la femme ne doit pas dire « oui » trop rapidement, au risque de passer pour une « fille facile ». Elle doit se faire désirer, c’est son rôle. Quant à l’homme, il devrait persévérer et se faire pressant. D’où la légitimité d’être lourd. Ainsi, quand la femme dit « non », elle penserait en fait « oui ». Il suffirait de la pousser un peu pour qu’elle finisse par céder et y prendre du plaisir.

Cette rhétorique de la séduction comme guerre des sexes pose le problème du consentement, de l’agression sexuelle et du viol. En France, on a encore a du mal à reconnaitre les agressions sexuelles. On pourrait remonter à Zeus et à toutes les ruses qu’il déploie pour faire céder les jeunes filles qu’il convoite : en se métamorphosant, en les poursuivant ou en les arrachant à leurs proches. Ces scènes, longtemps perçues comme comiques ou passionnées, sont autant de viols.

De la même manière, sous prétexte d’aider des hommes timides ou malhabiles, les « experts » de la « communauté de la séduction » proposent des recettes qui intègrent des procédés de manipulation voire de contrainte. Par exemple, toucher une femme à divers endroits de son corps, d’abord des endroits neutres, puis de plus en plus « intimes », rappelle la technique du pied dans la porte utilisée dans le marketing à domicile. Il s’agit, par une première demande sans conséquence, de repousser les limites de sa proie jusqu’à obtenir ce que l’on veut vraiment d’elle. En effet, les sciences sociales démontre qu’à partir du moment où une première interaction a été consentie des deux côtés, il devient plus dur de refuser l’interaction suivante. Employer ce genre de technique revient à soutirer un simili consentement et ouvre la voie à un abus.

3. Un débat impossible... ou simplement mal posé

Il est très compliqué de faire évoluer les mentalités concernant le statut trouble de la séduction. Dénoncer une agression sexuelle ou un viol peut ainsi mettre le feu au poudre et déclencher de grands débats au sein de la société, comme c’est le cas avec le réalisateur Roman Polanski, accusé d’actes pédocriminels et néanmoins sacré « meilleur réalisateur » lors de la cérémonie des Césars en 2020.

Au sein de la communauté littéraire, les universitaires se demandent également si, lorsqu’on commente L’Oaristys d’André Chénier, poète du XVIIIe siècle, il faut parler de viol ou non. De manière générale, beaucoup craignent qu’au nom d’une morale bien-pensante et puritaine (Friedrich Nietzsche parle avec ironie de « moraline »), une sorte de censure s’abatte sur les œuvres d’auteurs problématiques, comme le peintre Paul Gauguin, qui couchait avec de très jeunes filles. Ces personnes appellent à séparer l’homme (condamnable par les lois humaines) de l’artiste (qui devrait rester intouchable, du fait de son statut quasi divin).

Pour l’historienne Laure Murat, il ne s’agit pas d’interdire les œuvres concernées et d’effacer certains noms des manuels scolaires ou des catalogues d’exposition. Une démarche plus constructive consisterait au contraire à accompagner ces œuvres d’explications et d’analyses pour en donner une lecture critique. Laure Murat rappelle que le revisionnage (revoir une œuvre avec un regard critique) n’est pas du révisionnisme (déformer l’histoire pour la faire entrer en cohérence avec une idéologie).

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