Antigone : lecture méthodique III - Cours de Français avec Maxicours - Lycée

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Antigone : lecture méthodique III

Toutes les références renvoient à l'édition suivante : ANOUILH, Jean, Antigone, La table ronde, 1946, Paris. ISBN 2-7103-0025-7

Le passage : les dernières paroles d'Antigone (p.110 à 117)

Présentation du passage

Dans les passages précédents, on a pu remarquer que le garde est obnubilé par son avenir, son avancement ; il ne pense qu'à lui. Il est un personnage à la frontière du comique mais il a quelque chose de pathétique. Son discours est caricatural et Antigone ne s'y intéresse pas ; ce qui contribue d’autant plus à le dévaloriser. Aux antipodes des pensées d'Antigone, il est profondément indifférent à l'égard du tragique. Dans cette scène, cette dimension est mise en scène : le dernier visage d'homme à qui Antigone se confie et confie une lettre testimoniale reste englué dans la médiocrité.
Nous allons donc nous focaliser sur les écarts de tonalité entre les deux personnages et sur la valeur que revêt la lettre.

1. Ecart des tonalités entre les deux personnages
a. Attitude du garde
Antigone a interrompu le discours du garde : « Ecoute ». Le garde essaie de se mettre à l'abri de ce qu'elle dit ensuite en se focalisant sur des questions de hiérarchie, d'avancement alors que ce qu'elle dit sur la mort devrait le renvoyer à sa propre mort. Il est complètement perméable aux propos d'Antigone : par exemple, lorsqu'elle fait référence à la solitude dans la mort, il lui demande si elle a besoin de quelque chose.

Tout ce qu'il dit constitue les éléments de son propre bonheur : la considération, la différence entre « le garde et le sergent d'active » qui renvoie à un quotidien auquel Antigone est étrangère. Lui aussi, est étranger aux préoccupations d'Antigone et lui répond crûment lorsqu'elle veut savoir comment elle va mourir par le biais d'une remarque inutile et blessante « pour ne pas souiller la ville » et il lui donne d'autres détails morbides « vous murer dans un trou » avant de lui laisser supposer le pire, comme si elle n'était pas concernée par ses propos.
Lorsqu'elle l'interroge sur la douleur éprouvée avant de mourir, il répond par son ignorance avant de parler des blessures qu'il n'a pas eu et qui lui ont nuit pour l'avancement. Le garde est dépourvu d'épaisseur psychologique et n'a de rapport réflexif qu'à sa fonction, son avancement, et à l'argent.
Il met l'accent sur le sort des gardes qui auront à garder le « lit nuptial » d'Antigone et ses paroles semblent alors teintée de revendications sociales. Il continue néanmoins à essayer d'intégrer Antigone à ses problèmes : « étonnez-vous » et essaye d'obtenir, semble-t-il, l'approbation explicite d'Antigone par les exclamatives « elle a bon dos la garde ! ». Antigone est « lasse ».
Le discours du garde n'a aucune action sur Antigone.
b. Antigone
Ses angoisses concernant sa mort et la façon dont elle va mourir sont au cœur de ses paroles. Elle conserve l'attitude d'une héroïne tragique indépendamment des circonstances de sa mort et de sa peur, qu'elle avoue néanmoins. Ses paroles brèves expriment tout autant sa détermination que la conscience de sa mort imminente et du manque de temps probable : « je vais mourir tout à l'heure... J'ai peur que nous n'ayons plus le temps ».
Le désarroi de l'héroïne est également sensible comme le prouve le triple emploi du vocatif « O » ainsi que les images employées. En effet, l'expression « lit nuptial » effectue un parallélisme tragique entre la nuit de noce et la mort.
Sa solitude est mise en évidence tant par l'aspect formel de ces deux monologues qui s'entremêlent que par les images employées qui font références aux animaux et au froid : « deux bêtes se serreraient l'une contre l'autre pour se faire chaud. Je suis toute seule. » Son attitude physique « elle s'entoure de ses bras » poursuit celle inaugurée dès la scène d'exposition (« Antigone qui rêvait dans un coin, comme en ce moment, ses bras entourant ses genoux » p. 10).
Cependant, en héroïne tragique qui assume sa soif d'absolu elle s'approprie sa mort et se refuse à avouer au monde sa peur « Raye tout cela. Il vaut mieux que jamais personne ne sache. »

2. Etude de la lettre
a. Le garde
Focalisé sur son sort, il pense aux risques qu'il courre mais s'enquiert ensuite de la matière de la bague, ce qui connote la corruption. Il transige et minaude « Vous savez, si vous ne voulez pas, moi ».
Le garde répète les phrases que lui dicte Antigone et se permet de les commenter « c'est pour votre bon ami ? » « c'est une drôle de lettre ». Le procédé de répétition et les didascalies « suce sa mine, répète lentement, peine sur sa dictée » accentue l'aspect comique de la scène, ainsi que « sa grosse voix » qui dévalorise et désacralise la lettre pour les spectateurs comme son écriture pour Antigone : « tout cela est trop laid ».
L'impact de la lettre n'en est pas pour autant amoindrie car, au contraire, elle accentue la dimension tragique des dernières paroles d'Antigone et lui confère une valeur testimoniale que le garde ne lui accorde pas.
b. Antigone
Elle semble réhabiliter Créon : « Créon avait raison » et se rend compte « combien c'était simple de vivre » en repensant au petit garçon qu'elle a eu en rêve. Elle apparaît donc comme moins intransigeante face à la mort qui l'effraie et demande même « pardon » pour ce qu'elle a fait, qu'elle considère comme une erreur car elle a blessé - mortellement - Hémon.
Elle est consciente d'avoir pris une décision égoïste : « sans la petite Antigone, vous auriez tous été bien tranquilles » et se considère comme un poids les ayant empêchés de vivre leur bonheur. Mais elle rappelle également que le bonheur se doit d'être absolu. Et, si elle « raye » sa peur ce n'est que par souci de pudeur vis à vis des vivants : « c'est comme s'il devait me voir nue et me toucher quand je serai morte » mais elle reste emplie de cette peur comme de son absolu.
Conclusion

Ce passage, qui souligne avec acuité la distance entre Antigone, héroïne tragique et le garde, qui n'est qu'un instrument du pouvoir royal et de la tragédie, renforce l'intensité tragique de la pièce tout en conférant à l'héroïne une dimension humaine dont elle était dépourvue.
En outre, le véritable destinataire de cette lettre est le spectateur ou le lecteur, qui connaît ainsi, par ce subterfuge habile, les états d'âme d'une héroïne tragique sur le point de mourir.

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