Antigone : lecture méthodique II - Cours de Français avec Maxicours - Lycée

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Antigone : lecture méthodique II

Toutes les références renvoient à l'édition suivante : ANOUILH, Jean, Antigone, La table ronde, 1946, Paris. ISBN 2-7103-0025-7

Texte p. 53-54 : Le monologue du Chœur

Présentation du passage

Texte : le monologue du Chœur (p. 53-54)

Antigone
vient juste d'aller, durant la nuit, enterrer le cadavre de Polynice. Un garde, affolé, confirme la nouvelle à Créon qui lui ordonne de se taire et de retourner garder le cadavre. A ce moment de la pièce, l'arrestation d'Antigone semble inéluctable mais, le dramaturge ménage ses effets puisqu'elle n'aura lieu qu'à la page 60 : l'intervention du Chœur constitue donc une pause dramatique dans le sens où elle retarde ce que l'on sait pourtant inévitable et aussi car elle offre une définition et une réflexion sur ce que doit être toute tragédie à l'intérieur même de la tragédie.
Nous allons étudier les composantes de la tragédie ainsi que ses différences avec le drame et voir en quoi la tragédie qui nous est proposée se situe entre la modernité et un modèle antique.

1. Une définition de la tragédie
a. Entre fatalité et mécanique
« Et voilà » rappelle la fatalité mais Anouilh a l'intention de choquer le spectateur ou le lecteur car il va utiliser un langage familier voire grossier pour définir la tragédie ainsi que son mode de fonctionnement. En effet, il utilise la métaphore filée de la mécanique « le ressort est bandé », « ça roule », « huilé », « coup de pouce » pour exprimer une notion d'esthétique littéraire.
Dans la tragédie, on donne un petit coup de pouce et ensuite tout se déroule comme prévue : il n'y a pas de surprise.
b. Le déclic
Le déclic qui enclenche la mécanique de la tragédie est présenté comme quelque chose de banal, fugace, insignifiant : « une fille qui passe », « une question de trop qu'on se pose un soir ». L'homme ne peut rien y changer, le déroulement se passe comme prévu et rien ne peut arrêter le mécanisme une fois qu'il est enclenché : c'est l'image d'un homme impuissant entraîné dans un engrenage infernal.


c. Eléments tragiques
« La mort, la trahison, le désespoir » sont les éléments constitutifs de la tragédie et les réactions humaines sont réduites aux « éclats » et « orages » ou silence, soit l'absence de réaction.
Il  y a une catégorisation des silences :
• au moment de mourir, avec le bourreau : c'est le silence de la solitude
• au moment de commencer à vivre et à aimer (« les deux amants sont nus l'un en face de l'autre pour la première fois »)
• au moment de vaincre : c'est le silence du vainqueur pour qui la foule est comparée à une entité ; c’est le moment où il se sépare des humains.
Cette importance du silence rend bien compte de l'impuissance de l'homme dans la tragédie qui se contente de subir un sort qu'il connaît et sait inéluctable.
2. Différence entre la tragédie et le drame
a. La tragédie
La tragédie ne peut être jouée que par des personnages exceptionnels dans le sens nobles ou légendaires : « c'est pour les rois » et « on est entre soi ».
La fatalité joue un rôle important : « il n'y a plus d'espoir, le sale espoir » ; la mort est prévue, anticipée et par conséquent acceptée et c'est en cela que « c'est propre la tragédie. C'est reposant, c'est sûr ». Il n'y a pas de surprise, il faut accepter l'issue que la fatalité nous réserve sans avoir l'espoir de s'en sortir.
La gratuité est un élément constitutif de la tragédie tout comme la distribution aléatoire des rôles qui fait dire « on est tous innocents en somme ! »
Les réactions sont présentées comme fortes et intuitives : il faut « crier » ou encore « gueuler à pleine voix ce qu'on avait à dire ».
b. Le drame
Le drame concerne tout le monde : bons et mauvais puisqu'il y a des « traîtres, ces méchants acharnés, cette innocence persécutée, ces vengeurs, ces terre-neuve ».
Le drame n'est pas soumis à la fatalité et apparaît donc comme un « accident épouvantable » où l'espoir est permis et où « on se débat parce qu'on espère en sortir ». Le drame est donc régit  par « le sale espoir » qui pousse à « gémir, à se plaindre », réactions présentées comme faibles.

3. Antigone une pièce moderne et antique
a. Des éléments modernes et antiques
La tragédie à laquelle est généralement associé le terme antique est ici associée à une machine avec des « ressorts et de l'huile ». En outre, l'élément déclencheur peut être « une fille qui passe et lève le bras dans la rue » : le registre est donc celui du quotidien, voire du trivial alors qu’il est placé sur le même ordre que « l'honneur ». Les silences sont, eux aussi,  évoqués sur deux registres bien différents : celui de la mort donnée par le bourreau et celui du désir lorsque « les deux amants sont nus l'un en face de l'autre pour la première fois ». La mort du drame est également modernisée avec l'emploi des termes « accident » et « gendarmes ».
Le mélange des éléments modernes et antiques est donc intrinsèque à la conception de la tragédie chez Anouilh : en effet, on semble assister ici à une tragédie des temps modernes qui peut faire écho au contexte d'écriture et on peut parler d'actualisation du mythe antique.
b. Rôle du chœur et interprétation moderne des tragédies
Le Chœur est la pensée collective de la cité qui intervient dans cette pièce de deux façons : 
• pour commenter l'action et en marquer la progression (ici)
• pour résonner un personnage et le faire revenir sur sa décision.

Son rôle apparaît donc, dans un premier temps, traditionnel mais le Chœur apparaît également comme un intermédiaire d'Anouilh pour exposer sa propre conception de la tragédie moderne qui s'oppose à celle du drame. Ce passage, qui constitue une pause dramatique à un moment clef de la pièce, soit l'arrestation d'Antigone, permet à l'auteur de tenir un discours théorique sur le théâtre et en ce sens subvertit totalement le rôle traditionnel du chœur qui apparaît comme un double de l'auteur.
Conclusion

Ainsi, l'étude de ce passage révèle non seulement les enjeux théoriques de l'écriture d'une pièce de théâtre en général et d'une tragédie en particulier mais aussi les conceptions philosophiques qui en découlent avec une notion comme la fatalité qui confère au héros tragique une force et une noblesse unique.
La tragédie fait donc prendre conscience de soi et impose une philosophie de l'acceptation de son sort. On suppose le retentissement d'une telle conception dans le contexte d'écriture de l'Occupation : il faut accepter d'être un héros et de défendre ses idéaux.

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