Variations autour de la fable - Maxicours

Variations autour de la fable

Objectif : comprendre l'évolution du genre de la fable.
1. Naissance et évolution de la fable

La fable est une « prise de parole ». Le terme de « fable » vient du mot grec apologos, et du mot latin fabula, ils se rattachent tous deux à des verbes qui signifient « parler, dire ».

a- Origines de la fable

Le genre de la fable est oral. Sa fonction est de divertir, mais aussi d'enseigner. Ce genre a une double origine.
Une origine gréco-latine avec l’œuvre en prose d’Esope au VIe siècle av. J.-C. et celle de Phèdre, esclave affranchi de l’empereur Auguste. Celui-ci imite son prédécesseur, mais compose des vers.
Une origine orientale : les fables de Pilpay. Il s'agit de cinq livres, composé en Inde et diffusé plus tard en arabe sous le titre de Fables de Pilpay. Ces fables sont traduites en français au XVIIe siècle.

b- Le prolongement de la fable au Moyen Age

La tradition ésopique de l’apologue (autre nom pour la fable) se poursuivra au Moyen Age avec les isopets et les avionets, écrits le plus souvent par des auteurs anonymes. Ce sont des fables inspirées d’Ésope et de Phèdre et écrites en langue vulgaire (on oppose la langue vulgaire, celle du commun, de tous les jours, à la langue latine réservée à l'écrit). Elles sont composées en octosyllabes à rimes plates ainsi qu'en prose.

Les plus célèbres sont celles de Julien Macho (XVe siècle) et les fables de Marie de France (XIIe siècle).

2. La fable en France

Le genre remporta un énorme succès en France au XVIIe siècle avec La Fontaine qui s’est inspiré des auteurs antiques et orientaux. Pour La Fontaine, leur rôle est de plaire. Voici ce qu'il dit :

Je pense avoir justifié suffisamment mon dessein : quant à l'exécution, le public en sera juge. On ne trouvera pas ici l'élégance ni l'extrême brèveté qui rendent Phèdre recommandable : ce sont qualités au-dessus de ma portée. Comme il m'était impossible de l'imiter en cela, j'ai cru qu'il fallait en récompense égayer l'ouvrage plus qu'il n'a fait. Non que je le blâme d'en être demeuré dans ces termes : la langue latine n'en demandait pas davantage ; et, si l'on y veut prendre garde, on reconnaîtra dans cet auteur le vrai caractère et le vrai génie de Térence. La simplicité est magnifique chez ces grands hommes : moi, qui n'ai pas les perfections du langage comme ils les ont eues, je ne la puis élever à un si haut point. Il a donc fallu se récompenser d'ailleurs : c'est ce que j'ai fait avec d'autant plus de hardiesse, que Quintilien dit qu'on ne saurait trop égayer les narrations. Il ne s'agit pas ici d'en apporter une raison : c'est assez que Quintilien l'ait dit. J'ai pourtant considéré que, ces fables étant sues de tout le monde, je ne ferais rien si je ne les rendais nouvelles par quelques traits qui en relevassent le goût. C'est ce qu'on demande aujourd'hui : on veut de la nouveauté et de la gaieté. Je n'appelle pas gaieté ce qui excite le rire ; mais un certain charme, un air agréable qu'on peut donner à toutes sortes de sujets, même les plus sérieux. Mais ce n'est pas tant par la forme que j'ai donnée à cet ouvrage qu'on en doit mesurer le prix, que par son utilité et par sa matière : car qu'y a-t-il de recommandable dans les productions de l'esprit qui ne se rencontre dans l'apologue ? C'est quelque chose de si divin, que plusieurs personnages de l'antiquité ont attribué la plus grande partie de ces fables à Socrate, choisissant, pour leur servir de père, celui des mortels qui avait le plus de communication avec les dieux. Je ne sais comme ils n'ont point fait descendre du ciel ces mêmes fables, et comme ils ne leur ont point assigné un dieu qui en eût la direction, ainsi qu'à la poésie et à l'éloquence.

La fable de La Fontaine s'inscrit dans le classicisme : réécriture des modèles antiques, écriture d'une morale faisant appel au bon sens et à la raison,  esthétique qui, se pliant aux goûts du public, s’efforce par tous les moyens, de plaire.

3. La fable : un exercice de style
a- Une arme de persuation

La Fontaine lui ayant donné en quelque sorte ses lettres de noblesse, la fable rentre dans le genre de l’apologue où elle prend désormais une place de choix dans l’argumentation implicite et la dénonciation.

Ainsi au XIXe siècle, Victor Hugo utilise la fable comme une arme de contestation contre le régime politique de  Napoléon III (Châtiments, 1853).

« Un jour, maigre et sentant un royal appétit,
Un singe d’une peau de tigre se vêtit ;
Le tigre avait été méchant ; lui, fut atroce ;
Il avait endossé le droit d’être féroce. »

b- Un genre ludique

On assite au XXe siècle à de nouvelles réécritures de la fable.
C'est le cas avec Jean Anouilh qui donne une dimension plaisante à ses fables en jouant sur la forme versifiée et des thèmes plus légers. La portée argumentative n’est plus de mise, mais la visée morale persiste. Anouilh réécrira également certaines fables de La Fontaine, en adoptant un registre où se mêlent ironie et cynisme.

Avec Henri Michaux (Fables des origines, 1923) ou encore Raymond Queneau (Battre la campagne, 1968), l'écriture joue avec la versification, la syntaxe et les mots. La fable devient un véritable exercice de style.

L'essentiel

Née pendant l'Antiquité, la fable est un genre sans cesse revisisté. De sa fonction éducative et plaisante (placere et docere = plaire et instruire), elle devient au XXe siècle un objet réflexion poétique.

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