Tristan et Iseut : ruse et mensonge - Cours de Français avec Maxicours - Lycée

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Tristan et Iseut : ruse et mensonge

La relation qui unit les deux amants est une relation de mutuelle confiance : fondée sur la sincérité, elle contraste violemment avec l’ensemble des relations personnelles qui structurent le roman. Celui-ci semble en effet placé sous le signe de la ruse et du mensonge généralisé.

1. (Se) cacher et (se) dévoiler

L’amour adultère qui unit Tristan et Iseut ne peut se dévoiler au grand jour. Les amants ne peuvent vivre leur amour qu’en secret, dans la chambre du roi lorsque celui-ci est absent (v. 700), ou lors de rendez-vous cachés (v. 1).

De la même manière, lorsque leur crime est révélé à tous, ils sont contraints de cacher leur amour au cœur de la forêt du Morrois (v. 827-1270). Il n’est donc pas anodin que Tristan soit un maître du déguisement ; et il a recours à ses talents en de nombreuses occasions, par exemple au Mal Pas où il se cache sous les traits d’un lépreux (v. 3609).

Mais cette attitude, compréhensible de la part des deux amants, est partagée par tous les personnages du roman. Le roi lui-même se cache dans un arbre pour épier leur rencontre. Les barons se cachent derrière une tenture pour observer les deux amants dans la chambre du roi (v. 4450), Frocin se cache pour dévoiler le secret du roi (v. 1315).

Les combats, enfin, consistent le plus souvent en embuscades, laissant peu de chance à l’adversaire, signe d’une perversion généralisée du code de la chevalerie.

2. Le mensonge généralisé

Cette perversion atteint le statut même du langage, puisque les personnages du roman passent leur temps à se mentir mutuellement : les amants mentent au roi en jurant de leur innocence (v. 550), le roi ment à son entourage en cachant son expédition dans la forêt du Morrois (v. 1930), Brangien ment au roi en feignant d’avoir suscité le courroux de Tristan (v. 520), Tristan ment à ses gardiens lorsqu’il s’échappe par la chapelle (v. 930) ; il ment encore, lorsque, déguisé en lépreux, il guide les barons dans le bourbier du Mal Pas (v. 3670).

Plus profondément, le mensonge devient double langage lors d’épisodes clés du roman. La rencontre des amants près de la fontaine, sous la surveillance du roi, en est un premier exemple : Iseut qui s’est rendu compte de sa présence feint l’innocence, bientôt suivie par Tristan. Les deux amants font semblant de s’adresser l’un à l’autre, alors que leurs paroles sont destinées au roi. On rencontre d’ailleurs un épisode similaire à la fin du roman, lorsqu’Iseut s’aperçoit de la présence du baron félon derrière la tenture de sa chambre. Elle guide alors Tristan par des paroles ambiguës que ne peut comprendre l’espion.

3. Mensonge et vérité à l’épreuve de la loi divine

La question de la vérité de la parole revêt une importance considérable dans toutes les civilisations orales, et singulièrement au Moyen Âge. Cette vérité est normalement garantie par le roi (mais on a vu que Marc est défaillant de ce point de vue), et en dernière instance par Dieu, sous la forme du serment.

L’épisode du serment d’Iseut remet partiellement en cause cette garantie. Il est annoncé par le jugement de l’ermite Ogrin qui pense que l’on peut « mentir un peu à bon escient » (v. 2354), phrase remarquable dans la bouche d’un moine qui semble pratiquer la casuistique avant l’heure.

De ce point de vue, le serment d’Iseut (v. 4115) constitue à la fois le point culminant de cette parole ambiguë, mais aussi sa limite ultime : à proprement parler, Iseut ne se parjure pas en faisant son serment, et elle ne le peut sans commettre de sacrilège (elle jure sur des reliques). Mais en même temps, ses paroles, préparées par toute une mise en scène, sont trompeuses et mettent pleinement en lumière l’ambiguïté des signes qui traverse tout le roman.

L’essentiel

Une part importante de notre tradition littéraire renvoie l’amour à une profonde ambiguïté des signes. Tristan et Iseut en est un parfait exemple. Tout le roman joue sur cette alternance de la dissimulation et du dévoilement, mais aussi du mensonge et de la vérité. L’amour absolu qui unit les deux protagonistes brouille radicalement les codes de la communication et en fin de compte un ordre social que le roi lui-même peine à garantir.

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