Roméo et Juliette : une tragédie unique en son genre (héritage, particularités, intrigue) - Cours de Français avec Maxicours - Lycée

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Roméo et Juliette : une tragédie unique en son genre (héritage, particularités, intrigue)

Objectif : situer Roméo et Juliette par rapport au modèle de la tragédie antique et dans l’œuvre de Shakespeare.

1. Héritage
a. Origines de la fable
Shakespeare s’est inspiré du poème de l’Anglais Arthur Brooke (?-1563), La Tragique histoire de Roméo et Juliette, version versifiée de l’histoire de l’italien Bandello (1554).

Mais le mythe des amants à l’amour contrarié vient de plus loin. Il a été transmis par tout une chaîne de conteurs, et fait écho à l’histoire de Pyrame et Thisbé, relatée dans les Métamorphoses d’Ovide.

b. Le modèle de la tragédie antique
Aristote, dans sa Poétique, a fixé les principes de la tragédie antique qui ont fortement influencé la Renaissance et l’Âge classique.

L’action
À l’origine, la tragédie met en scène un conflit qui oppose deux forces antagonistes et inégales : d’une part, une instance transcendante et invisible (la Fatalité, le Destin, les Dieux), d’autre part, un individu de condition élevée (dimension sociale), ni bon, ni  mauvais (dimension morale). Ce dernier, en s’insurgeant contre les arrêts de cette instance supérieure, sort de sa condition d’homme et fait figure de héros. Il est à la fois grandi par la volonté de puissance qui l’anime, et aveuglé par elle. Son aveuglement le conduit à la souffrance ou à la mort. Mais ce sacrifice permet le rachat de ceux que le héros représente.

La représentation de l’action
À l’image du Destin, la machine dramatique progresse de façon inéluctable selon un enchaînement de cause à effet. L’action doit être représentée dans le respect de la mimesis (imitation) : elle est imitation de la réalité sur scène, au nom de la vraisemblance, afin que le spectateur soit convaincu par ce qu’il voit.

Le but de la représentation
Elle a une visée didactique : les passions représentées sur scène doivent inspirer terreur et pitié au spectateur, afin de provoquer la purgation de ses propres passions (catharsis).

2. Une tragédie à part
a. Contexte d’écriture
Roméo et Juliette est la deuxième tragédie de Shakespeare ; celui-ci est alors âgé de 31 ans. On peut donc légitimement parler de tragédie de jeunesse.
Contrairement à Titus Andronicus qui la précède, et aux autres tragédies du dramaturge, elle ne fait pas du pouvoir royal une question centrale.

Composée en 1595, au moment de l’épidémie de peste qui sévit à Londres et entraîne la fermeture des théâtres, la pièce est contemporaine des deux poèmes narratifs Vénus et Adonis et Le Viol de Lucrèce, ainsi que de certains des Sonnets. Or, on trouve, entre ces œuvres, une parenté thématique et formelle.

b. L’amour, une passion coupable ?
La tragédie a pour habitude de révéler le danger des passions qui rendent celui ou celle qui en est la proie, à la fois passif et souffrant (latin impérial passio, « souffrance »). Par ailleurs, conformément à cette conception, les poèmes narratifs et les Sonnets illustrent les tourments nés de la passion amoureuse en tant qu’elle est passion charnelle. Pourtant, Roméo et Juliette proposent une nouvelle version de l’amour, pur et absolu, cautionné par la religion, qu’incarne frère Laurent dans la pièce.

Certes, la tragédie de Roméo et Juliette répond du point de vue formel aux exigences de la Poétique d’Aristote : les protagonistes sont de condition élevée ; ils ne sont ni bons ni mauvais ; les événements s’enchaînent de façon irrémédiable, dans le respect de la mimesis ; et la mort des amants apparaît comme un sacrifice bénéfique, puisqu’elle provoque la réconciliation des clans dont ils étaient les représentants.

En revanche, elle s’en affranchit à propos de la motivation des personnages : elle réunit deux héros éponymes, symétriquement représentés sous la forme du duo et animés, non pas par une passion individuelle, mais par l’amour de l’autre. Ici, un renversement se produit : l’amour est célébré en tant qu’instrument de pacification, et opposé aux autres passions, violentes et meurtrières, des hommes. L’amour favorise également l’éveil des consciences : celles de Roméo et Juliette, rendus lucides l’un par l’autre, et celles des familles rivales, amenés à faire amende honorable en mémoire de l’amour exemplaire qui unissait leurs enfants.

Si la visée didactique demeure, la catharsis joue ici un rôle inhabituel : victimes de la malchance, les amants ne sont coupables d’aucune faute ; il ne s’agit donc plus d’inspirer terreur et pitié au nom de la purgation des passions mais au contraire d’inciter à pratiquer la compassion. La réconciliation est préférable à la guerre civile. L’ascension de Roméo grimpant au balcon de Juliette le prouve : l’amour est source d’élévation.

c. Tragédie et poésie
Peut-être influencé par l’écriture de ses poèmes narratifs et de ses Sonnets, Shakespeare a fait de Roméo et Juliette une œuvre empreinte de poésie.

Conformément aux autres pièces, Shakespeare y fait alterner vers et prose qui correspond à une oscillation entre tragique et comique.

En revanche, l’omniprésence des sonnets est une spécificité de l’œuvre : le sonnet est une forme poétique qui, par tradition, se prête particulièrement au thème amoureux.

3. L’intrigue
a. Acte I : La naissance d’un amour (exposition)
- Prologue : le chœur résume l’action de toute la pièce et en dévoile la fin tragique.
- Deux familles rivales : la pièce débute comme une comédie, sur une bagarre entre les partisans de deux maisons ennemies, celle de Capulet et celle des Montaigu. Roméo, héritier des Montaigu, rivé au souvenir des rigueurs de Rosaline, ne participe pas au combat.
- Une promesse de mariage : dans l’espoir de voir sa belle, Roméo décide, avec ses amis Mercutio et Benvolio, de se rendre incognito à la fête qu’organise Capulet pour présenter sa fille, Juliette, au comte Paris, son futur époux.
- Roméo, un héros mélancolique : Roméo, en amant malheureux, apparaît sombre au milieu de la fête.
- Le coup de foudre : à leur rencontre, l’amour de Roméo et Juliette est immédiat et réciproque. La découverte de leurs identités respectives les accable.

b. Acte II : L’amour célébré (nœud)
- Prologue : le chœur met l’accent sur l’impossibilité de l’amour des deux jeunes gens.
- La disparition de Roméo : Benvolio et Mercutio, en sortant de la fête, ont perdu la trace de Roméo.
- Le balcon, lieu de l’échange amoureux : Roméo, désireux de revoir Juliette, s’introduit dans le jardin des Capulet. Il y voit la jeune fille à son balcon et grimpe jusqu’à elle. Tous deux se déclarent leur amour et Juliette exige de se marier.
- Un amour admis par l’Église : Roméo se rend auprès de son confesseur, frère Laurent qui blâme son inconstance avant de lui accorder son aide, dans l’espoir que son mariage réconcilie les familles ennemies.
- L’amour sur mode burlesque : après une joute verbale avec Mercutio, Roméo énonce son plan à la nourrice de Juliette : sous prétexte de se confesser, la jeune fille se rendra dans l’après-midi chez frère Laurent qui célèbrera leur mariage.
- Suite de la détente comique : la nourrice livre dans un jeu burlesque le message de Roméo à Juliette.
- Le mariage secret : frère Laurent célèbre le mariage des deux amants.

c. Acte III : Coup de théâtre et péripétie, l’amour menacé (nœud)
- Absence de prologue.
- L’exil de Roméo : l’époux de Juliette refuse de combattre le cousin de celle-ci,Tybalt, rencontré par hasard. Mercutio le remplace et meurt. En représailles, Roméo tue finalement Tybalt et s’enfuit. Le prince Escalus prononce son bannissement.
- Quiproquo morbide : Juliette croit aux dires de sa nourrice que Roméo est mort, avant de déplorer son exil.
- La tentation du suicide : Roméo réfugié chez frère Laurent, en apprenant la sentence du prince et la détresse de Juliette, prétend se donner la mort, avant d’essuyer le blâme de l’ecclésiastique.
- La menace du mariage forcé : Capulet, le père de Juliette, souhaite hâter le mariage de sa fille et de Paris.
- La séparation des amants : après la nuit de noces, Roméo se sauve pour Mantoue, tandis que Juliette se heurte à une dure réalité. Capulet est furieux Juliette refuse d’épouser Paris et menace de la renier.

d. Acte IV : Un jeu dangereux avec la mort (nœud)
- Absence de prologue.
- Le plan de frère Laurent : Juliette requiert l’aide du religieux qui élabore un plan. Juliette absorbera le contenu d’une fiole qui la fera passer pour morte durant quarante-deux heures. Lorsqu’elle reposera dans le caveau des Capulet, Roméo, averti par courrier, viendra l’enlever.
- Fausse résignation : Juliette déclare accepter le mariage voulu par son père.
- Passage à l’acte : Juliette, pleine de ressentiment et d’effroi, boit la potion.
- Les préparatifs du mariage : Capulet envoie la nourrice chercher Juliette.
- La comédie de la mort : la nourrice découvre Juliette morte ; lamentations générales, tandis que, dans une sorte d’intermède bouffon, les musiciens destinés à la noce sont invités à rester.

e. Acte V : La mort des amants (dénouement)
- Absence de prologue.
- L’irruption du tragique : Balthazar annonce à Roméo la mort de Juliette. Le jeune homme se procure du poison chez un apothicaire.
- L’échec du subterfuge : l’émissaire de frère Laurent, frère Jean, arrêté à cause de la peste, n’a pu avertir Roméo du subterfuge. Frère Laurent part pour le cimetière.
- L’emballement du tragique : au caveau des Capulet, Roméo rencontre Paris venu pleurer Juliette et le tue. Seul auprès du corps de son épouse qu’il croit morte, le jeune homme s’empoisonne. Frère Laurent le découvre de même que Juliette, à son réveil. Celle-ci, laissée seule par frère Laurent qui s’est esquivé à l’approche de la garde, embrasse Roméo et se jette sur son poignard. La garde, amenée par le page de Paris, découvre frère Laurent et Balthazar. Après l’arrivée du prince, du couple Capulet et de Montaigu seul, sa femme étant morte de douleur en raison de l’exil de son fils, frère Laurent révèle l’histoire des amants. Ce récit scelle la réconciliation des pères qui projettent d’élever des statues à la mémoire de leurs enfants.

L’essentiel

Roméo et Juliette est, avec Hamlet, la plus célèbre pièce de Shakespeare.
Tragédie de jeunesse, elle n’hésite pas à s’affranchir du modèle classique antique, pour célébrer l’amour, non comme une passion, mais comme une source de paix et de réconciliation. En vantant les mérites de l’amour, la pièce se livre à la critique, en creux, de la guerre civile.
La présence d’événements comiques, occasion de moments de détente, ne freine en rien la machine tragique, qui précipite vers la mort, inéluctablement, les amants. Parce qu’il a été injustement contrarié, leur amour en sort magnifié.

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