Lieux de mémoire du génocide des Juifs et des Tsiganes - Maxicours

Lieux de mémoire du génocide des Juifs et des Tsiganes

Objectifs
  • Savoir ce qu’est un lieu de mémoire.
  • Savoir identifier les principaux lieux de mémoire du génocide juif.
  • Comprendre pourquoi les lieux de mémoire du génocide tsigane sont peu nombreux.
Points clés
  • Les génocides se mettent en place avec le totalitarisme raciste nazi qui instaure la ségrégation puis la persécution.
  • Les persécutions massives commencent avec le pogrom de la « Nuit de Cristal ».
  • À partir du 20 janvier 1942, les responsables nazis décident d'organiser « la solution finale de la question juive ». Il se crée des camps de travail et des centres de mise à mort.
  • La mise en place de la mémoire de l'extermination des Juifs et des Tsiganes se produit progressivement. D'abord abordée de manière timide, elle est affirmée entre les années 1960 et 1990 par les survivants, mais aussi les lieux de mémoire.
  • De 1945 à 1960, la mémoire juive et tsigane est à peine célébrée, Alain Wieviorka nomme cela « le grand silence ». La doctrine officielle du bloc de l'Est consiste à ne pas distinguer les victimes. En Europe de l'Ouest, la situation évolue plus rapidement. En 1956, il est créé le mémorial du martyr juif inconnu à Paris.
  • La mémoire juive sort de son silence à partir des années 1970 avec des travaux des historiens et des œuvres littéraires et cinématographiques.
  • La mémoire tsigane a été longtemps oubliée, la mémorialisation tardive des lieux de mémoire a amené à la disparition complète de certains.
1. Le génocide juif et tsigane
a. Le totalitarisme raciste nazi

Le régime totalitaire nazi est fondé sur l’inégalité entre les races humaines. L’idéologie raciste diffusée auprès de toutes les couches de la société, notamment les plus jeunes, a façonné les esprits en instillant l’idée que les Allemands, appelés les Aryens seraient menacés de l’intérieur par des groupes d’individus hostiles et parasites.

b. De la ségrégation à la persécution

Parmi les différentes cibles et boucs-émissaires, les populations juives et tsiganes, qui vivent en Europe, sont la cause de tous les malheurs du peuple selon la propagande. À partir de 1933, la nomination d’Hitler chancelier du Reich marque le début de l’antisémitisme d’État. Les Allemands de religion juive qui représentent moins de 1 % de la population du Reich perdent leur statut de citoyens et se voient dans un premier temps écartés de la plupart des emplois. À partir de 1938, les persécutions massives commencent avec le pogrom de la « Nuit de Cristal ».

Avec le déclenchement de la guerre, les Juifs sont partout en danger, les nazis en prenant le contrôle de nouveaux territoires s’attaquent inexorablement à ces populations. Quant aux Tsiganes, peu présents en Allemagne, ils sont également au centre des persécutions lorsque l’Allemagne prend le contrôle à partir de 1941 de l’Europe centrale et balkanique où vivent de larges communautés.

La destruction des Juifs d’Europe et des communautés tsiganes démarre avec l’invasion de l’URSS. En juin 1941 la conquête de vastes territoires russes, où vivent de larges communautés, est marquée par les débuts des activités génocidaires. À l’arrière du front les unités mobiles de tueries, les Einsatzgruppen, assassinent plus d’un million de personnes par balles. Au ravin de Babi Yar en Ukraine, près de Kiev, plus de 33 000 juifs sont fusillés en seulement deux jours par des commandos, un massacre inédit à l’échelle historique. Les mois suivants au même endroit ce sont des populations tsiganes qui sont massacrées en masse par l’occupant nazi aidé par les gardes ukrainiens.

À partir du 20 janvier 1942, les responsables nazis réunis à Wannsee près de Berlin décident d’organiser « la solution finale de la question juive », en langage codé nazi cela signifie la destruction des Juifs d’Europe. Des lieux d’extermination fixes sont construits, ce sont de véritables usines de mort créées pour assassiner de manière industrielle des humains par millions. Ces usines de mort sont situées en Pologne comme à Auschwitz-Birkenau, on tue plus d’un million de personnes, des Juifs en grande majorité mais également de nombreux Tsiganes. Les victimes sont gazées puis leur corps est incinéré. À l’exception d’Auschwitz qui a une double fonction, à la fois camp de travail et centre de mise à mort, les autres lieux de la Shoah et du génocide tsigane ne sont pas des camps. Le terme camp d’extermination n’est pas approprié puisqu’à Belzec, Sobibor, Chelmno, Treblinka et Majdanek les déportés y sont immédiatement assassinés.

c. Qu’est-ce qu’un lieu de mémoire ?

À la fin de la guerre, la mémoire de l’extermination des Juifs et des Tsiganes se met en place d’abord timidement avant de s’affirmer entre les années 1960 et 1990. La mémoire du génocide est portée par les survivants, mais aussi par les lieux des massacres qui deviennent des lieux de mémoire. Ces lieux sont de gigantesques cimetières dans lesquels il n’y pas de pierres tombales ni de corps identifiables puisque la plupart ont été réduits en cendre par différents processus de crémation. Ces lieux s’étendent des confins de l’Europe de l’Est aux rivages de l’océan Atlantique. Ce sont près de 6 millions de Juifs et Tsiganes qui ont été assassinés en l’espace de quelques années, le plus grand massacre de l’histoire de l’humanité. La célébration de la mémoire à travers l’hommage rendu aux victimes sur les lieux de leur mise à mort s’est construite dans la durée. Ce terme lieux de mémoire a été popularisé par l’historien Pierre Nora dans un ouvrage en plusieurs volumes sous sa direction intitulé Les lieux de mémoires à la fin des années 1980.


Un lieu de mémoire aujourd'hui mondialement connu, le site de l'ancien camp d'Auschwitz-Birkenau, transformé en musée | © Giulio Azzarello / Bridgeman Images
2. La lente affirmation des lieux de mémoires
a.  Jusqu’aux années 1990

De 1945 à 1960, la mémoire juive et tsigane est à peine célébrée, c’est la phase d’amnésie, c’est ce que l’historien Alain Wieviorka a appelé « le grand silence ». Les victimes ne témoignent pas et les opinions publiques ne sont pas prêtes à les écouter. Cet oubli collectif nie la spécificité des victimes qu’elles soient tsiganes ou juives particulièrement dans les pays communistes, là où, les grands lieux des massacres de masse se sont déroulés. En effet, la doctrine officielle du bloc de l’Est est de ne pas distinguer les victimes. En URSS, les Juifs sont des citoyens soviétiques comme les autres, il n’y a pas de cérémonies et de lieux qui commémorent l’identité religieuse et ethnique des victimes. Dans le camp d’Auschwitz, bien que 90 % des victimes soient juives et que ce lieu est le plus grand cimetière juif d’Europe, le musée d’Auschwitz créé en 1947 est celui de la « Nation polonaise et des autres nations ».

En Europe de l’Ouest, la situation évolue plus rapidement avec la création dès 1956 à Paris du mémorial au martyr juif inconnu, mais la dimension ethnique et singulière du génocide est peu mise en avant par les autorités. L’heure est à la célébration de la Résistance, à l’unité héroïque de la nation française qui s’est soulevée en masse contre l’occupant, c’est ce que l’historien Henry Rousso a appelé le « mythe résistancialiste ». La célébration de la mémoire des victimes juives, et bien plus tardivement tsiganes, n’est pas encore venue.

b. Depuis les années 1990

La mémoire juive sort de son silence à partir des années 1970 avec la multiplication des travaux des historiens et des œuvres littéraires et cinématographiques. Au début des années 1980, le témoignage poignant de Primo Levi, survivant du camp d’Auschwitz dans son livre Si c’est un homme connait un réel succès. En 1985, le film documentaire Shoah de Claude Lanzman est une vaste enquête et un témoignage auprès des témoins et des survivants de grands massacres commis par les nazis avec l’aide des populations locales (Polonais, Ukrainiens, Lituaniens) dans l’Est de l’Europe.

Dans ce contexte, les lieux de mémoire connaissent un regain d’affluence et la muséographie des anciens camps témoigne des avancées historiques et de l’intérêt du public. Dans le même temps les lieux de mémoire se multiplient un peu partout dans le monde :

  • en 1993 à Washington est inauguré le musée du mémorial de l’Holocauste,
  • à Berlin en 2005, le mémorial aux Juifs assassinés d’Europe, la même année le mémorial de la Shoah à Paris.

Mémorial aux Juifs assassinés d'Europe, à Berlin | © Peter Langer/Design Pics/UIG/Bridgeman Images
c. Les lieux de mémoires tsiganes longtemps occultés

Les Tsiganes et leur mémoire ont longtemps été oubliés. Les camps d’internement des Tsiganes en France ont pratiquement disparu et la mémorialisation de ces lieux a été trop tardive, certains ont complètement disparu.

Une partie de la société a volontairement passé sous silence le martyr de ces populations auxquelles personne ne s’identifiait ou pire car les populations tsiganes sont toujours stigmatisées. D’ailleurs les commémorations officielles célébrant la déportation des Tsiganes assassinés en France sont rares. La commémoration du Porajmos (génocide tsigane) est restée longtemps marginale.

Depuis le début des années 2000, la mémorialisation des lieux d’internement s’est mise en place. L’Allemagne est un précurseur, car dès 1982 elle reconnait le caractère génocidaire et en 2012 un mémorial aux Sintis et Roms est inauguré à Berlin. Quelques historiens s’intéressent à la question, mais ils sont bien trop rares pour écrire l’histoire de la destruction des Tsiganes d’Europe. Quelques plaques ont été apposées par des associations regroupant les descendants de ces victimes dans les anciens camps français d’internement comme à Montreuil-Bellay à côté de Cholet dont il ne reste qu’un escalier…

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