Les Souffrances du jeune Werther, Goethe - Cours de Français Terminale L avec Maxicours - Lycée

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Les Souffrances du jeune Werther, Goethe

Objectif : Connaître un auteur et une oeuvre majeurs de la littérature germanophone du début du XIXe siècle , ainsi qu'un personnage littéraire emblématique d'un courant, le Romantisme.
1. Goethe : l'art dans tous ses états
Goethe (1749–1832) n'a rien de la figure du poète maudit et infortuné.
a. Deux grands mentors pour une magnifique carrière littéraire
Né dans une famille influente, puisque son père est Conseiller Impérial, le jeune Johan Wolfgang Goethe reçoit une éducation poussée très complète : il sait lire à 3 ans, apprend le dessin, le grec et le latin quelques années plus tard, et encore plus tard, l'hébreu, le français, l'italien et l'anglais. On lui enseigne également la musique et il pratique l'équitation et l'escrime. Voilà une éducation à ravir les Humanistes de la Renaissance !

Il étudie le droit à Leipzig puis Strasbourg, ce qui le mènera à exercer le métier d'avocat au tribunal d'Empire de Wetzlar. Mais à Strasbourg, l'événement décisif pour sa future vie d'écrivain est sa rencontre en 1770 avec Herder, grand penseur de la littérature allemande et surtout de la poésie. C'est à lui que Goethe soumettra ses premiers vers. Et ils publieront même ensemble quelques ouvrages, jusqu'à ce qu'ils se brouillent définitivement, une dizaine d'années plus tard.

Un autre mentor va croiser le chemin de Goethe en 1787 et marquer un autre tournant dans sa vie : Schiller. Tous deux deviennent très amis et ne seront séparés que par la mort de Schiller en 1805. Ils s'influencent mutuellement dans leur écriture. Leur correspondance est très abondante et reste aujourd'hui un témoignage précieux d'une époque en pleine révolution littéraire, celle du Sturm und Drang, à l'aube du Romantisme. Ils publieront ensemble des ballades et Schiller poussera Goethe à achever son chef d'œuvre : Faust.

b. Un écrivain ancré dans son époque
Goethe a beaucoup voyagé et s'est d'ailleurs souvent donné le surnom de « Der Wanderer » (« le voyageur »). Il parcourt la Hesse et l'Alsace, voyage en Suisse, participe de loin à la Révolution française, assiste à la bataille de Valmy. Il passera beaucoup de temps en Italie, pays qui exerce sur lui une véritable fascination. Goethe est dans les bonnes grâces de Karl August qui lui confiera plusieurs postes prestigieux, jusqu'à celui de Ministre d'Etat.

Karl August profite aussi pleinement de la notoriété de Goethe : philosophes et écrivains viennent lui rendre visite à Weimar. C'est là qu'il rencontrera notamment Klinger, auteur de Strum und Drang, drame au titre intraduisible (« Tempête et élan ») qui donnera son nom aux balbutiements du Romantisme en Allemagne ; Novalis, Hegel, Schopenhauer viendront rencontrer le sage écrivain. Mais les hommes politiques comme Napoléon, le tsar Alexandre, le Roi de Bavière, se déplaceront aussi pour faire la connaissance du créateur de Werther, probablement le premier best-seller de la littérature romantique !

Goethe a eu la chance de vivre longtemps (et de tomber amoureux jusqu'à 70 ans passés, ce qui lui inspirera l'Elégie à Marienbad !) et de croiser quelques grands génies comme Mozart, il a connu l'esprit éclairé du siècle des Lumières (il s'intéresse de très près aux travaux de Newton) et les débuts du génie romantique. Une vie riche, en somme, dont témoigne une œuvre impressionnante : des vers de jeunesse à la poésie romantique, il est un auteur fructueux et sans cesse à la recherche de nouveauté dans la forme ; et il excelle aussi dans le roman (Les Souffrances du jeune Werther, Les Affinités électives, Les années d'apprentissage de Wilhelm Meister, premier grand roman d'apprentissage de l'histoire de la littérature...) et le théâtre (Faust, qui sera mis en musique par Berlioz puis Gounod, Egmont mis en musique par Beethoven...).

2. Genèse des Souffrances du jeune Werther
Né en 1749, Goethe n'attendra pas longtemps avant d'écrire son roman le plus connu à ce jour encore, puisque Les Souffrances du jeune Werther paraîtront en 1774, alors qu'il n'a que 25 ans !

Exerçant en tant qu'avocat au tribunal d'Empire en 1772, Goethe se lie d'amitié avec Jean-Chrétien Kestner. Lorsque celui-ci lui présente, lors d'un bal, sa fiancée, Charlotte Buff, Goethe s'éprend instantanément de la jeune femme. Celle-ci est l'aînée de 12 frères et sœurs qu'elle élève comme une mère et vit avec son père, veuf.

Goethe va oser déclarer son amour à Charlotte, malgré son amitié pour Kestner. Celle-ci le sermonne, le boude. Quelques semaines plus tard, il s'entretient avec le jeune couple et les avertit de sa décision de les quitter : « Dieu vous bénisse mon cher Kestner, et dites à Charlotte qu'encore je m'imagine parfois de pouvoir l'oublier, mais qu'alors une récidive vient m'assaillir et que mon état devient pire que jamais. »

Goethe puisera dans cette idylle malheureuse la trame de Werther, mais il s'inspirera aussi du suicide par amour d'un de ses amis communs avec Kestner. Ce dernier lui avait d'ailleurs prêté le pistolet qui lui servit à se donner la mort !

La parution de ce roman posa malgré tout quelques problèmes au couple Kestner car il était très facile de les identifier. Cela sema la confusion dans certains esprits, à tel point que leur 4ème enfant, le jeune August Kestner, fut accueilli à la cour d'Angleterre comme le fils de Goethe !

L'œuvre de Goethe fut très souvent inspirée par des rencontres féminines : par exemple, Frédérique Brion, fille d'un pasteur des alentours de Strasbourg, sera à l'origine des Chants de Sesenheim. Il est à noter cependant que pour celle-là même qu'il épousera et qui lui donnera 5 enfants, Christiane Vulpius, il n'écrira rien.

3. Aimer et mourir « à la Werther »
Le livre se présente sous une forme mixte, et trouve déjà en cela une originalité formelle indéniable :
les deux premières parties sont en fait un regroupement fictif de lettres de Werther, adressées surtout à son ami Wilhelm, entrecoupées parfois de bribes de journal intime.
Après ces deux parties épistolaires en arrive une intitulée « L'éditeur au lecteur ».

On retrouve ici une des grandes caractéristiques du roman épistolaire (on peut repenser à Crébillon ou Laclos) qui vise à assurer le lecteur de la crédibilité des sources (des lettres retrouvées) et donc de feindre l'objectivité quant au récit et aux personnages mis en scène (ce qui n'était pourtant pas le cas, comme l'a montrée la genèse de Werther !).
Plus cela semble réelle, plus l'identification doit être possible, comme semble le souligner l'avant–propos :
« J'ai rassemblé avec soin tout ce que j'ai pu recueillir de l'histoire du malheureux Werther, et je vous l'offre ici. (...) Et toi, bonne âme qui souffres du même mal que lui, puise de la consolation dans ses douleurs, et permets que ce petit livre devienne pour toi un ami, si le destin ou ta propre faute ne t'en ont pas laissé un qui soit plus près de ton cœur ! »

a. Livre premier
Les lettres pourtant commencent sans annoncer un récit bouleversant : Werther part en voyage pour échapper à une vie faite d'ennui et de liaisons sans saveur. Et il tombe sous le charme de la beauté de la nature, de la plénitude, du calme :
« Il règne dans mon âme une étonnante sérénité, semblable à la douce matinée de printemps dont je jouis avec délices... ».
Il accompagne ses méditations de la lecture d'Homère.

Werther rencontre quelques jeunes gens qui le convient à un bal à la campagne. C'est à cette occasion qu'il va rencontrer Charlotte :
« J'eus le plus ravissant spectacle que j'aie vu de ma vie. Six enfants, de deux ans jusqu'à onze, se pressaient autour d'une jeune fille d'une taille moyenne mais bien prise. Elle avait une simple robe blanche, avec des nœuds couleur de rose pâle aux bras et au sein. Elle tenait un pain bis dont elle distribuait des morceaux à chacun de ses petits, en proportion de son âge et de son appétit. »
Le charme opère très vite :
« Comme je dévorais ses yeux noirs pendant cet entretien ! Comme mon âme était attirée par ses lèvres si vivantes, sur ses joues si fraîches et animées ! Comme, perdu dans le sens exquis de ses discours, souvent je n'entendais pas les mots qu'elle disait ! »

Le problème est que Charlotte est fiancée à un certain Albert, et que le dit Albert est un homme admirable, bon, juste, et même Werther ne peut le détester. Ils deviennent d'ailleurs vite amis, ce qui rend la situation d'autant plus tragique si l'on sait que l'amitié était une valeur reine chez les jeunes romantiques.
Cependant, la passion de Werther pour Charlotte finit par le ronger et déjà, avant la fin du Livre Premier surgit l'annonce d'un destin tragique :
« Je ne vois à tant de souffrances d'autre terme que le tombeau ».

b. Livre deuxième
Le début de ce livre marque une pause dans les amours malheureuses du jeune Werther. Une courte réflexion sur la société de ce temps fait son apparition : Werther est arrivé au service de l'ambassadeur. Il n'y rencontre que haines et rivalités de castes. Seul le Comte C le protège. Il fait aussi la connaissance de Mlle de B. en qui il croit trouver une nouvelle idylle, mais le souvenir de Charlotte est plus fort.
Durant son absence, Albert et Charlotte se marient ; et Werther le supporte très mal. Le point d'orgue à son mal-être sera une soirée chez le Comte C. durant laquelle il est humilié, puisqu'on le prie de partir, lui qui n'appartient pas à la noblesse. Son idylle avec Mlle de B. prend fin à la suite de cette soirée. Werther n'a plus de raisons de rester et il revient auprès de Charlotte.

A présent, c'est la lecture d'Ossian , et non plus celle d'Homère, qui accompagne les états d'âme de Werther. Ossian est un poète qui a fasciné et inspiré les romantiques allemands. Là, Goethe s'inscrit doucement mais sûrement dans l'esprit du Sturm und Drang.

La situation devient vite insupportable pour Werther qui cherche à éviter Albert pour ne plus voir que Charlotte. Elle sent quel sentiment obsède le jeune homme mais ne peut pour autant se résoudre à ne plus le voir. Albert aussi le sent, et demande à Charlotte d'espacer leurs rencontres.

c. L'éditeur au lecteur
La fin de l'histoire de Werther abandonne le genre épistolaire et l'éditeur feint d'avoir recueilli des « détails les plus exacts de la bouche de ceux qui pouvaient être les plus informés de son histoire », à défaut de lettres.

On apprend ainsi que Charlotte essaie d'éloigner Werther d'elle et que celui-ci se résout de plus en plus fermement à quitter le monde. Charlotte est de plus en plus près de défaillir et de céder à l'amour de Werther quand ce dernier décide de sa fin. Il se suicidera d'un coup de pistolet au-dessus de l'œil. Et c'est avec un pistolet emprunté à Albert lui-même que sera porté ce coup fatal !

Werther déclencha en Allemagne et en Europe une vague de « suicides à la Werther » à laquelle Goethe essaya de mettre fin. Revers de médaille d'un succès incroyable !
Le personnage de Werther a déclenché aussi une véritable mode ; il y a eu un « costume à la Werther » (souliers et pantalon jaunes, habit bleu , porté plutôt par des jeunes gens).

Mais surtout, l'ultra sensibilité est entrée dans les mœurs et ce héros a fait bien des émules dans le monde littéraire : le René de Chateaubriand, l'Adolphe de Benjamin Constant, le Dominique de Fromentin. Et nombreux furent les auteurs du XIXème siècle chez qui Werther laissa des empreintes, de Musset à Victor Hugo. Stendhal a même consacré un chapitre à Werther dans De l'amour.

L'essentiel

Oeuvre de jeunesse, l'histoire des Souffrances du jeune Werther a rendu célèbre Goethe dans le monde entier. On trouve dans ce roman à moitié épistolaire les prémisses du Sturm und Drang et du héros romantique à la sensibilité exacerbée, héros célébré par la suite par Chateaubriand ou Musset.

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