Les Nuées, Aristophane - Cours de Français Terminale L avec Maxicours - Lycée

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Les Nuées, Aristophane

Les Nuées occupent une place particulière dans l'œuvre d'Aristophane. Le sujet, une virulente satire des sophistes, n'étonnerait pas s'il ne prenait pour cible Socrate, et sa structure ne laisse pas d'être curieuse, car il y a pour ainsi dire deux pièces dans la pièce.

Est-ce pour ces raisons qu'Aristophane n'obtint que le troisième rang (le dernier) aux Grandes Dionysies de 423 avant J.-C.Les Nuées furent représentées ?
1. Les Nuées dans l'oeuvre d'Aristophane
Né des fêtes de Bacchos, du kômos, procession burlesque en l'honneur du dieu du vin d'où la comédie tire son nom, le genre comique nous est mal connu dans son évolution, à la différence de la tragédie. Tout au plus sait-on que la comédie ancienne est une création athénienne, genre né au début du Ve siècle, dont Aristophane fut l'illustre et ultime représentant.

On sait également peu de choses sur la vie d'Aristophane. Il est né semble-t-il vers 445 avant J.-C. ; on ignore la date de sa mort. De parents athéniens, il manifeste un génie précoce. Il aurait écrit ses premières pièces (Les Convives, Les Babyloniens, Les Acharniens) à un âge qui ne lui permettait pas de les présenter sous son nom. Contemporain de la guerre du Péloponnèse, son œuvre est marquée par cette guerre intestine qui opposa Sparte et Athènes de -431 à -421 (guerre d'Archidamos) et de -413 à -404 (guerre de Décélie).

Des 42 pièces qu'il aurait écrites, 11 seulement nous sont parvenues  : Les Acharniens (-425), Les Cavaliers (-424), Les Nuées (-423), Les Guêpes (-422), La Paix (-421), Les Oiseaux (-414), Les Grenouilles (-405), Lysistrata (-412), Les Thesmophories (-411), L'Assemblée des femmes (-393), Le Ploutos (-388).

À l'exception des deux dernières relevant de la comédie moyenne, où le chœur n'a plus qu'une fonction d'intermède, elles font toutes partie de la comédie ancienne. L'actualité politique et sociale tient une place prépondérante dans les pièces d'Aristophane, pour la plupart des œuvres engagées qui attaquent le présent et font appel aux valeurs du passé.

Aristophane lutte contre la guerre, qui s'éternise, avec son cortège de crises, économique, politique et morale. C'est ainsi qu'il met en scène démagogues, sophistes, juges et autres corrompus de tous bords.

Les Nuées sont une virulente satire contre les sophistes, dont Aristophane fait de Socrate l'incarnation :
« Tu veux parler de ces charlatans, de ces individus au teint jaune, de ces va-nu-pieds au nombre desquels est ce mauvais génie de Socrate. », fait-il dire d'eux à Phidippide dans le prologue des Nuées.
Corrupteur de la jeunesse et du peuple, responsable de la décadence morale d'Athènes, c'est ainsi qu'Aristophane peint le portrait de Socrate, intellectuel novateur (donc dangereux !) au même titre qu'Euripide, autre cible de choix pour le conservateur Aristophane.
2. Sujet et structure des Nuées
À la différence de la tragédie, les acteurs ne sont pas limités à trois dans la comédie. Leurs masques sont plus petits que ceux des tragédiens. Le chœur est constitué, outre le coryphée (chef de chœur), de 24 choristes. Du point de vue de la forme, une comédie suit un découpage précis :

- Le prologue, exposition du sujet de la pièce.
- La parodos, entrée du chœur.
- L'agôn, combat verbal entre chœur et acteurs.
- La parabase, dans laquelle le chœur exprime généralement la pensée de l'auteur.
- L'exodos, fin de la pièce et sortie du chœur.

Ainsi, la comédie ancienne fait coexister une grande rigueur du point de vue de la structure et, du point de vue du fond, une fantaisie et une liberté de parole totale, dont le chœur assume la plus grande part : l'acteur principal de la comédie ancienne, c'est lui.
D'ailleurs, la plupart du temps, il donne son titre aux pièces. Ainsi en va-t-il des Nuées, pensées nuageuse des sophistes, qui constituent le cœur de la pièce.

Le prologue met en présence Strepsiade qui parle tout son seul dans son lit tandis que son fils Phidippide dort profondément et rêve pendant son sommeil à sa passion, les chevaux. Le prénom Phidippide signifie « qui économise les chevaux » , résultat d'un compromis entre Strepsiade et sa femme :
« Lorsque nous eûmes ce fils en question, mon honnête femme et moi, c'est au sujet du nom que nous fûmes aux prises. Elle proposait un nom en hippe : Xanthippe, Charippe, Callipide. Et moi à cause de son grand-père, je proposai Phidonide. Longue fut la contestation ; puis, avec le temps, nous tombâmes d'accord pour Phidippide. »

Hippos signifie en grec « cheval » et Phidonide « celui qui épargne ». Strepsiade donc, vieux paysan avare et grincheux, se plaint que son fils est trop dépensier, et le réveille afin de le convaincre d'aller s'instruire au pensoir « où des âmes sages » lui explique-t-il, « vous apprennent, moyennant finances, à faire triompher par le raisonnement le juste et l'injuste. »
Tout un programme, que Phidippide refuse tout net. Le vieillard décide donc de s'acheminer vers le pensoir pour y apprendre lui-même le raisonnement injuste qui lui permettra, pense-t-il, de ne pas payer une obole des dettes que son fils a contractées.

Bien sûr il y apprend un tissu d'inepties, pour exemple « si les cousins chantent par la trompe ou par le derrière » avant de rencontrer Socrate, maître des lieux suspendu dans une corbeille. La parodos voit l'entrée du chœur des Nuées, qui symbolisent, par leur nature humide, l'inconsistance des pensées de Socrate.

Dans la première parabase des Nuées Aristophane explique le caractère nouveau de sa comédie : « je ne cherche pas à vous donner le change en faisant jouer pour deux ou trois fois les mêmes sujets, mais je m'ingénie chaque fois à apporter de nouvelles intrigues, qui ne se ressemblent nullement et qui sont toutes ingénieuses ».
Il justifie également le fait que sa pièce soit plus sérieuse, moins grossièrement comique que les précédentes : « Et voyez comme elle est réservée dans sa mise. Elle n'est point venue portant cousue sur elle un morceau de cuir pendant, rouge au bout, épais, pour faire rire les enfants ».
Cette première parabase (sorte de digression par laquelle l'auteur faisait connaître aux spectateurs ses intentions, ses opinions personnelles) est également l'occasion pour Aristophane de brocarder la folie de ses concitoyens qui ont élu le démagogue Cléon malgré les présages les plus défavorables. Le message d'Aristophane est donc double : esthétique et politique.
Pour Aristophane, la comédie, au même titre que la tragédie, a un devoir d'éducation.

Strepsiade se révèle un piètre élève, qui oublie aussitôt tout ce qu'il vient d'apprendre. Socrate le chasse. Le chœur lui conseille alors d'envoyer à sa place au pensoir son fils, s'il en a un. Phidippide cède à son père, non sans l'avoir averti : « Pour sûr qu'avec le temps il t'en cuira. »
La scène d'agôn, moment crucial, met aux prises le raisonnement juste et le raisonnement injuste, d'où sort vainqueur le raisonnement injuste, après une longue discussion, dont le caractère abstrait a sans nul doute peu plu au public. Phidippide est émerveillé par ce prodige.

C'est ici que prend place la seconde parabase des Nuées, relativement courte, dans laquelle sont exposés aux juges du concours les avantages qu'ils auront à donner la palme aux Nuées.
Dans les scènes qui suivent, Strepsiade a le loisir de mesurer l'effet produit sur son fils par l'enseignement de Socrate : il se fait battre par son fils qui lui prouve qu'il a raison de le battre. Furieux, Strepsiade met le feu au pensoir. 
 
Repères 

Nous ne connaissons Socrate, né en -469 et mort en -399 que par des témoignages indirects, essentiellement par les dialogues de Platon qui en fait le porte-parole de sa philosophie et où Socrate fait la démonstration de son art de la maïeutique, art d'accoucher les esprits par le questionnement. Souvent confondu avec les sophistes, il s'oppose pourtant fondamentalement à eux.
L'investigation socratique est loin du jeu verbal : l'interlocuteur n'est pas l'otage d'un discours mais au contraire celui qui, comprenant ce dont il parle, découvre, par lui-même, ce qu'est le bon, le juste et le beau. Accusé de corrompre la jeunesse et d'introduire de nouvelles divinités dans la cité, Socrate est jugé et condamné à mort : c'est lui-même qui se la donne en buvant la cigüe.

L'essentiel
Il y a en quelque sorte deux pièces dans Les Nuées, la première est comique, elle développe le thème du vieillard à l'école, la seconde expose la thèse d'Aristophane, à savoir la condamnation de l'enseignement dispensé par les sophistes en général et Socrate en particulier.
Cette comédie qu'Aristophane considérait comme la meilleure de ses pièces, la plus subtile, n'a pas eu le succès escompté par son auteur. Reproche lui a surtout été fait d'avoir ridiculisé Socrate, pourtant considéré comme un philosophe respectueux des lois de la cité, de la morale et de la religion traditionnelle.

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