Les nouvelles localisations industrielles- Première- Géographie - Maxicours

Les nouvelles localisations industrielles

Objectif
  • Comprendre et savoir expliquer les nouvelles localisations et dynamiques du secteur industriel français.
Points clés
  • La désindustrialisation, la concurrence accrue, favorisée par la mondialisation et la délocalisation ont fragilisé le secteur industriel français.
  • Celui-ci doit se renouveler et s’inscrire à différentes échelles afin de conserver son intégration nationale, européenne et mondiale.
1. Les transformations de l'appareil productif
a. Les héritages

Dans les années 1960, une ligne imaginaire allant du Havre à Marseille séparait la France industrialisée, à l’Est, de la France à dominante rurale, à l’Ouest. Cette logique s’appuyait sur les gisements de matières premières et d’énergie qui accueillaient les bassins industriels (charbon dans le Nord, minerai de fer en Lorraine...). La grande industrie s’y développait au XIXe siècle : sidérurgie, carbochimie, textile.

Ces bassins, encore très dynamiques au milieu des années 1960, ont subi de plein fouet la crise des années 1970-1980. À partir de 1985, ils ont également subi les premiers effets de la désindustrialisation. Ils ont connu le démantèlement de leurs industries traditionnelles et l’apparition des friches industrielles. L’emploi dans le secteur industriel y est passé de 40 % en 1968 à 18 % en 2019.

Friches industrielles : ancien lieu de production industrielle laissé à l’abandon.
Désindustrialisation : disparition progressive de l’activité industrielle.

Dans la seconde phase d’industrialisation, le pétrole et l’électricité ont permis aux industries mécaniques, à l’automobile, aux industries électrométallurgiques de s’installer à proximité des gisements de main-d’œuvre et près des grandes villes.

b. De nouvelles logiques industrielles

À l’échelle européenne, la France est affaiblie sur le plan industriel. La concurrence des pays émergents, le manque de compétitivité locale (la fiscalité et les salaires sont plus élevés que la moyenne européenne) et la crise financière de 2008 ont renforcé la fragilité du secteur.

Exemple
En Irlande, la fiscalité appliquée aux entreprises s’élève à 12,5 % contre 33,33 % en France. La France est le deuxième État européen, après la Belgique, a taxé le plus les entreprises.
La France se classe également en 4e position des taux horaires les plus élevés en Europe. Elle est précédée par la Belgique, la Suède et le Danemark. Cela favorise la délocalisation des entreprises françaises.

Entre 1970 et 2014, la part de population active travaillant dans le secteur industriel est en effet passée de 23,7 % à 12 %. De fait, la part de l’industrie dans l’économie n’a cessé de diminuer en France : l’industrie manufacturière représente désormais moins de 10 % du PIB du pays contre 14,1 % en 2000.

Face à ces difficultés, l’État intervient massivement dans le redéploiement, selon 3 axes : 

  • la reconversion des vieilles régions industrielles en y injectant des industries de transformation à forte intensité de main-d’œuvre – automobile par exemple – pour créer de l’emploi, avec l’aide massive de l’État. Malgré ces efforts, le Nord et le Nord-Est de la France restent sous-industrialisés ;
  • le glissement vers les littoraux des industries lourdes aux points d’arrivée des matières premières et la mise en place de « la sidérurgie sur l’eau » et de la pétrochimie dans des Zones Industrialo-Portuaires (ZIP) à Dunkerque et Fos en particulier.
Exemple
Le port maritime de Nantes-Saint-Nazaire est une ZIP qui regroupe plusieurs établissements classés Seveso – installations industrielles classées comme étant dangereuses – dont une raffinerie Total Fina Elf. Le port dispose également d’un terminal pétrolier.
  • la décentralisation vers l’Ouest du territoire d’un certain nombre d’industries de main-d’œuvre, à la recherche d’espace à bas prix et d’une main-d’œuvre qualifiée, disponible, d’origine rurale, moins exigeante au point de vue salarial.
Exemple
En 1961, Citroën s’installe en Bretagne, à Rennes-la-Janais et Moulinex a implanté de nombreux sites de production autour de Caen, en Normandie, avec une main-d’œuvre exclusivement féminine. Le premier site est à ce jour en difficulté et le second est fermé.

 

c. Un tissu industriel encore très diversifié

Malgré les difficultés et le retard enregistré par le secteur industriel français, celui-ci reste intégré à la mondialisation.

Cette intégration est possible grâce au large éventail des industries disponibles sur le territoire français. D’une part, on trouve quelques très grands groupes industriels dont les effectifs dépassent pour certains les 100 000 employés.

Exemple
Renaud ou PSA (automobile) comptent respectivement 180 000 et 211 000 salariés.
Vivendi (eau, bâtiment et travaux publics) compte 235 000 salariés.

Ces très grandes firmes couvrent la plupart des secteurs industriels, exceptés l’informatique et l’électronique grand public, pour lesquels la France accuse un très important retard. Certains de ces grands groupes ont su parfaitement s’intégrer à la mondialisation.

Exemple
En 2019, quatre grands groupes industriels français figurent dans le classement des 50 plus grandes entreprises internationales de la grande consommation.
L’Oréal (produits cosmétiques) se classe à la 10e position, Danone (alimentaire) est en 12e position, LVMH (produits de luxe) occupe la 31e position et Pernod Ricard (alcools) est à la 41e position du classement.

À côté de ces groupes existe une multitude de PME

De nombreuses PME sont le moteur d’un nouvel âge industriel à travers le développement des hautes technologies, mais elles sont également actives en électrochimie, électrométallurgie, appareillage médical. Nombre de ces petites et moyennes entreprises travaillent en sous-traitance pour les grands groupes.

Exemple
À Toulouse, de nombreuses PME travaillent pour EADS (European Aeronautic Defence and Space company) et fabriquent des pièces qui interviennent dans la fabrication des Airbus.

Enfin, il subsiste une micro-industrie, héritière du passé, dans de toutes petites structures, et dans des niches de production très spécialisées.

Exemple
La coutellerie à Thiers, la dentelle au Puy ou la ganterie à Grenoble.
2. Les différents types d'espaces industriels
a. Des espaces nationaux

On distingue plusieurs espaces nationaux :

Le cœur industriel historique

Il se situe à la fois en Ile-de-France (qui malgré une économie tournée vers les services conserve encore 14 % de l’emploi industriel) et la région lyonnaise, avec ses nombreuses industries de pointe et la métallurgie fine. Il faut lui associer le couloir rhodanien.

À l’Est, l’ancienne région Alsace accueille des investissements étrangers grâce à sa position centrale dans l’Union européenne.

Les vieilles régions

Il s'agit des anciennes régions Nord-Pas-de-Calais et Lorraine.

Même si quelques réussites sont à mettre à leur actif (comme la technopole lilloise ou l’installation de Toyota (Yaris) à Valenciennes), ces régions sont toujours en difficulté. La reconversion industrielle n’a que très partiellement réussi et les friches y sont encore nombreuses. Elles se tournent maintenant vers des activités tertiaires : vente par correspondance (VPC) avec la Redoute à Roubaix, parcs d’attraction (le parc Walibi-Schtroumpf à Hagondange qui a bénéficié de financements de la Région, de l’État et de l’Europe), écomusées ou activités liées aux flux de circulation avec le tunnel sous la manche pour Calais.

De nombreuses entreprises de transport se sont installées dans la région.

L'arc des technopoles

C’est la France industrielle du XXIe siècle, de Rennes à Grenoble, en passant par Nantes, Bordeaux, Toulouse, Montpellier, Marseille et Nice.

Toutes ces villes accueillent des parcs technologiques avec des activités de pointe (informatique, systèmes électroniques, communication, agrochimie, recherche et développement, matériel neurochirurgical, recherche pharmaceutique), avec des implantations sans pollution, sans dégradation des paysages, favorisées par la proximité de nœuds autoroutiers, la présence d’aéroports mais aussi d’universités ou de grandes écoles.

De nombreux auteurs parlent à propos de cet arc d’une « Sun Belt à la française ».

Ainsi, l’industrie se tourne de plus en plus vers les services et les limites entre recherche, conception, gestion et production deviennent de plus en plus difficiles à repérer.

b. Des espaces transnationaux européens et internationaux

L’industrie française s’intègre de plus en plus à l’espace industriel européen.

À l’échelle de l’Union européenne, les fusions et les délocalisations s’accélèrent.

Exemple
Renault fait construire son nouveau modèle en Slovénie et s’est associé à la marque roumaine Dacia pour produire la Logan.
Le groupe Aventis (chimie) regroupe Rhône-Poulenc et l’allemand Hoechst.

La France est également partie prenante du mouvement de mondialisation. Les grandes entreprises françaises exportent plus de 50 % de leur production et plus de 50 % de leur chiffre d’affaires est réalisé par des établissements implantés à l’étranger. Les fusions internationales sont de plus en plus nombreuses.

Exemple
Renault s’est déjà associé à Nissan et bientôt peut-être à General Motors.
Peugeot construit des voitures en Chine.
Dans l’aluminium, Pechiney a fusionné avec le canadien Alcan et le suisse Algroup.

À l'inverse, la France attire des capitaux étrangers (IDE) : les États-Unis – premier investisseur en France – et le Japon investissent sur le territoire, attirés soit par une main-d’œuvre qualifiée et disponible telle qu’on la trouve dans le nord de la France.

Remarque
La France enregistrait un certain retard dans la recherche et le développement (R&D) par rapport à l’Allemagne. Grâce aux IDE, les activités de R&D ont progressé depuis une demi décennie. Ces activités représentent désormais 10 % des investissements sur le territoire.

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