Les Caractères : lecture méthodique 4 - Cours de Français avec Maxicours - Lycée

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Les Caractères : lecture méthodique 4

1. Le passage étudié
« Des grands », § 50
2. Situation du passage
Pamphile fait partie des caractères en forme de portraits, comme une cinquantaine d'autres (Ménalque, Diphile, Arrias, Pamphile, Onuphre...).

Le portrait repose sur une scénographie appuyée, destinée à présenter le personnage sous l'angle de la physionomie, des moeurs, du discours, de la relation au monde.
Pamphile perd vite de sa singularité pour accéder au rang de type ; la vocation moraliste du portrait se dévoile à travers les procédés de dématérialisation du sujet et de généralisation du procès, dont l'aboutissement est la chute du texte.

On ne peut s'empêcher de reconnaître dans le type ici représenté un personnage digne d'une comédie, de Térence ou de Molière, d'autant que l'on n'est pas sans ignorer les liens de La Bruyère avec le théâtre.

3. Les axes de lecture
a. Mise en scène du portrait
Organisation du portrait

Le portrait part de l'exemple de Pamphile pour élaborer une règle générale, passant par la détermination de plus en plus vaste du nom propre (un Pamphile, les Pamphiles). On retrouve ici la logique d'une démonstration scientifique. La Bruyère se sert donc de son observation pour élaborer son caractère, et l'on pense à cette réflexion de Jean Mouton :
Nous pressentons la façon dont La Bruyère regarde ; en fait, il ne perçoit pas le vivant, l'être en état de mobilité. Il ne soupçonne pas sur un visage la possibilité d'un changement. Il ne perçoit que le masque, conçu comme un paravent conventionnel. (« La Bruyère : Le recours à l'objet », Les Intermittences du regard chez l'écrivain, Desclée de Brower, 1973)

Par ailleurs, le portrait fonctionne sur un va et vient entre l'extérieur, les apparences (« ne s'entretient pas avec les gens qu'il rencontre », « il sourit à un homme du dernier ordre », « il vous fuit »...) et l'intérieur, l'âme et ses vices (« est plein de lui-même, ne se perd pas de vue, ne sort point de l'idée de sa grandeur », « poussés et entraînés par le vent de la faveur et par l'attrait des richesses »).

Une stylistique au service de la construction du personnage

Le début in médias res du texte projette le personnage hors de la parole du moraliste, sans précaution ni remarque préliminaire destinée au lecteur. Le personnage nous saute littéralement aux yeux.

Dès lors, sans attendre, la stylistique se met au service de la construction du personnage :

  • les énumérations juxtaposent les éléments nécessaires pour cerner le personnage et proposent un concentré rapide de la sa vie sociale : « aussi la rougeur lui monterait-elle au visage s'il était malheureusement surpris dans la moindre familiarité avec quelqu'un qui n'est ni opulent, ni puissant, ni ami d'un ministre, ni son allié, ni son domestique », «ils sont bas et timides devant les princes et les ministres ; pleins de hauteur et de confiance avec ceux qui n'ont que de la vertu ; muets et embarrassés avec les savants ; vifs, hardis et décisifs avec ceux qui ne savent rien »;
  • l'absence de mots de liaison (ou asyndète) offre un véritable dépouillement syntaxique qui accompagne le dépouillement du personnages ; les apparences tombent les unes après les autres pour révéler au lecteur la vérité profonde de Pamphile et ses semblables ;
  • l'omniprésence du pronom représentant « il » / « ils » rend la syntaxe d'une grande simplicité et d'une netteté impeccable , ce qui permet d'aboutir à un portrait rapide et superficiel : « il les reçoit, leur donne audience, les congédie ; il a des termes tout à la fois civils et hautains, une honnêteté impérieuse et qu'il emploie sans discernement ; il a une fausse grandeur qui l'abaisse » , « Ils parlent de guerre à un homme de robe, et de politique à un financier ; ils savent l'histoire avec les femmes ; ils sont poètes avec un docteur, et géomètres avec un poète ».

Le personnage, ainsi, est aussi mis en lumière : enfermé dans un schéma figé, régi par des règles simples et répétitives, comme celle de la vie en société.

Pamphile et sa relation à autrui

La vie en société, justement, repose sur la confrontation, l'opposition, la comparaison, autant de relations qui cernent et limitent le caractère :

  • relations avec la pluralité : «avec les gens » , « ceux qui sont ses amis, et qui ne veulent pas le mépriser », « c'est une scène pour ceux qui passent », « devant les princes et les ministres », « ceux qui n'ont que de la vertu », « ceux qui ne savent rien » ;
  • relations avec le particulier : « un homme du dernier ordre », « un homme d'esprit », « quelqu'un qui n'est ni opulent, ni puissant, ni ami d'un ministre, ni son allié, ni son domestique », « qui n'a point encore fait sa fortune », « Il vous aperçoit un jour dans une galerie, et il vous fuit « en la compagnie d'un grand », « joindre un seigneur ou un premier commis », «un homme de robe », « un financier », « avec les femmes », « avec un docteur », « avec un poète », « celui à qui ils ont recours n'est guère un homme sage, ou habile, ou vertueux : c'est un homme à la mode ».

Dans ces relations, Pamphile adopte toujours la même règle : être au-dessus, que ce soit en richesse, en savoir, en prise de parole. C'est à ce titre seulement qu'il se conforte dans sa grandeur ou plutôt son apparence de grandeur dans la mesure où celle-ci est essentiellement usurpée (« les Pamphiles [...] gens nourris dans le faux, et qui ne haïssent rien tant que d'être naturels »).

b. Dématérialisation du personnage
Une vaine agitation

Les verbes utilisés sont peu variés et relèvent du domaine des habitudes : les actions (« il sourit », « Il vous aperçoit », « il vous fuit », « il vous quitte brusquement », « il ne s'arrête pas ; il se fait suivre »...  ) et les attitudes (« il a une fausse grandeur », « plein de lui-même, ne se perd pas de vue », « veut être grand, il croit l'être »...), le relationnel (« rencontre », « reçoit », « donne audience », « congédie »...) et la conversation (« ne s'entretient pas » , « il dit »,  «  il vous dit », «  il vous coupe... »).
Les verbes les plus banals dominent (être, avoir, savoir, croire...). Le personnage s'agite dans une apparente sociabilité mais il ne fait rien qu'un autre ne saurait faire. Le style n'est pas ici dans la recherche de verbes rares, ni dans l'évocation d'actions remarquables.

Le temps et le mode omniprésents dans ce texte sont le présent et l'indicatif. Le présent de l'indicatif permet de juxtaposer sans effet de lourdeur des actions et paroles sans préciser leur lieu et moment, mais surtout, il a ici une valeur itérative, « forme parfaite de mise en lumière des lois de la nature humaine, laissant de côté le particulier pour révéler le général » (Danièle Chatelain, « Itération interne et scène classique », Poétique, 51, 1982) qui inscrit le portrait dans l'éternelle répétition de la condition humaine.

Procédés de généralisation

Le pronom de la 3e personne (il / ils) met une distance certaine entre le personnage brocardé, montré du doigt par le fin observateur, et l'énonciateur. Mais il révèle aussi la présence du moraliste et fait oublier la singularité de Pamphile :

  • l'indéfini « on » (« On ne tarit point sur les Pamphiles ») est un indice patent de généralisation ; il est relayé par le pronom « vous » qui implique le lecteur en le victimisant, pour mieux le rallier à la cause du moraliste : « Il vous aperçoit un jour dans une galerie, et il vous fuit ; et le lendemain, s'il vous trouve en un endroit moins public, ou s'il est public, en la compagnie d'un grand, il prend courage, il vient à vous, et il vous dit : Vous ne faisiez pas hier semblant de nous voir. Tantôt il vous quitte brusquement pour joindre un seigneur ou un premier commis ; et tantôt, s'il les trouve avec vous en conversation, il vous coupe et vous les enlève. Vous l'abordez une autre fois, et il ne s'arrête pas ; il se fait suivre, vous parle si haut, que c'est une scène pour ceux qui passent » ;
  • le système spatio-temporel est quasiment réduit à la seule utilisation d'un présent lui-même atemporel (puisque généralisant).

Dématérialisation ultime : la chute

« L'homme à la mode » (qui devient le contraire d'« un homme sage, ou habile, ou vertueux ») cristallise tout ce qu'il y a d'abject dans la société courtisane et perd dans les propos de La Bruyère toute matérialité propre : il symbolise à la fois les conflits d'intérêt qui règnent parmi les grands (s'acoquiner avec l'homme du moment et faire en sorte d'être vu avec lui), mais aussi la relativité du succès, car le propre de la mode est de varier et passer.

Cette idée montre à quel point l'hypocrisie de Pamphile domine ses rapports avec les autres et à quel point chaque relation est calculée. Elle n'est pas propre à La Bruyère ni même à son siècle. On peut notamment lire la lettre 53 des Lettres persanes de Montesquieu, sur la critique de la mode :
Il en est des manières et de la façon de vivre comme des modes : les Français changent de moeurs selon l'âge de leur roi. Le monarque pourrait même parvenir à rendre la nation grave, s'il l'avait entrepris. Le prince imprime le caractère de son esprit à la cour, la cour à la ville, la ville aux provinces. L'âme du souverain est un moule qui donne la forme à toutes les autres.

c. Pamphile, un vrai personnage de comédie
Pamphile, potentiel valet de comédie

Pamphile est en quelque sorte un acteur de la comédie... sociale. Il s'agite en tous sens, intrigue pour obtenir quelque attention ou faveur, peut se glisser dans divers métiers, comme un valet de comédie (on pense à Figaro, tantôt barbier, pharmacien puis homme de lettres, faisant passer Almaviva pour un officier puis un maître de chant, dans Le Barbier de Séville) : « Ils (les Pamphiles) parlent de guerre à un homme de robe, et de politique à un financier ; ils savent l'histoire avec les femmes ; ils sont poètes avec un docteur, et géomètres avec un poète ».

Pamphile sait prendre les manières, les airs et même la parlure (pour reprendre la terminologie de P. Larthomas) qui conviennent aux différents rôles qu'il interprète : « ils sont bas et timides devant les princes et les ministres ; pleins de hauteur et de confiance avec ceux qui n'ont que de la vertu ; muets et embarrassés avec les savants ; vifs, hardis et décisifs avec ceux qui ne savent rien ».

Rôle de la parole : ressemblance avec le théâtre ?

Les verbes de parole font intervenir directement le personnage. « Mon ordre, mon cordon bleu », « Vous ne faisiez pas hier semblant de nous voir » sont autant de citations qui expriment respectivement la vanité du courtisan parvenu à quelque prestige par le jeu des intrigues, et la manipulation par la parole (on honore de sa parole celui que l'on ignorait hier, pour peu qu'il soit maintenant en bonne compagnie).

Dans le portrait, la parole est aussi présente à plusieurs reprises de manière courte et toujours caricaturale : le personnage cherche à se faire remarquer et à prendre le pouvoir (« vous parle si haut, que c'est une scène pour ceux qui passent ») ou fait de la parole l'arme suprême de l'hypocrisie et de la manipulation (« muets et embarrassés avec les savants ; vifs, hardis et décisifs avec ceux qui ne savent rien », « Ils n'ont point d'opinion qui soit à eux, qui leur soit propre ; ils en empruntent à mesure qu'ils en ont besoin ; et celui à qui ils ont recours n'est guère un homme sage, ou habile, ou vertueux : c'est un homme à la mode ») comme le ferait un Tartuffe pour garder quelque emprise sur le chef de famille.

Au théâtre, la prise de parole révèle souvent la prise de pouvoir dans l'intrigue et dans l'espace scénique. Il en est de même ici.

La Bruyère, admirateur de Molière ?

Dans son Discours sur Théophraste, La Bruyère insiste sur la filiation qui le conduit de Théophraste à Térence (à qui il a emprunté l'onomastique : notamment Gnathon, Dave, Pamphile, Criton...) et dans la continuité, il rend hommage à celui qui a su imiter le modèle (Térence), soit Molière. De plus, les références aux grands dramaturges sont nombreuses dans le chapitre I des Caractères, « Des ouvrages de l'esprit ».

Le style de La Bruyère met en évidence « les plans de la mise en scène, le ton, les changements de ton, les pauses ou la continuité » et provoque de manière convenue la réaction d'un public à coup sûr acquis dans la chute.

Les allusions au théâtre sont très appuyées :

  • Pamphile endosse le costume et la parlure de son personnage : « il ramasse, pour ainsi dire, toutes ses pièces, s'en enveloppe pour se faire valoir ; il dit : Mon ordre, mon cordon bleu » ;
  • Il se donne en représentation dans une situation favorable et si possible dénigrante pour autrui : « Vous l'abordez une autre fois, et il ne s'arrête pas ; il se fait suivre, vous parle si haut, que c'est une scène pour ceux qui passent » ;
  • Pamphile recourt en permanence à l'illusion : « Aussi les Pamphiles sont-ils toujours comme sur un théâtre : gens nourris dans le faux, et qui ne haïssent rien tant que d'être naturels » ;
  • Pamphile est assimilé à des comédiens célèbres : « vrais personnages de comédie, des Floridors, des Mondoris » qui parachèvent l'analogie entre le théâtre et la représentation sociale dans laquelle le personnage est perpétuellement.

Par ailleurs, La Bruyère recourt à la surcharge (énumérations, accumulations, verbes d'action qui se succèdent et créent une gestuelle rapide et ridicule) propre aux farces et au théâtre de Molière. Or, qui mieux que Molière sut mettre à nu le jeu social ?

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