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Le réveil des nationalismes en Europe

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Les dernières décennies ont été marquées par la montée et l’exacerbation des nationalismes européens, ce phénomène est accentué par la construction européenne et la mondialisation.

Quelles sont les conséquences de ces nouvelles poussées nationalistes à l’intérieur des Etats. Débouchent-elles toutes sur des crises majeures comme dans le cas des Balkans ?
1. Les nationalismes en Europe de l’Ouest
a. Le nationalisme à l’échelle d’une nation : l’exemple autrichien
A partir de 1986, Jörg Haider, le leader populiste, nationaliste et xénophobe du FPÖ (Parti de la Liberté d’Autriche) remporte des succès électoraux et devient en octobre 1999, en nombre de voix, le second parti autrichien.

En Autriche, la méfiance et la haine de l’Autre sont des phénomènes anciens et l’histoire en témoigne largement. Lorsque les évènements des années 90 (chute du bloc soviétique et intégration européenne) ont provoqué l’arrivée de populations allochtones jusqu’alors tenues à l’écart la xénophobie et le repli identitaire refont surface.

Par ailleurs, l’entrée dans l’Union européenne en 1995 a confronté la population autrichienne à de nouvelles règles économiques. Le secteur de la production connait une vague de privatisations avec des conséquences dans la vie quotidienne difficiles à accepter pour une société où la solidarité et la justice sociale Le néolibéralisme, le développement d’un capitalisme non régulé et la confrontation avec la mondialisation ont provoqué une perte de confiance dans les partis traditionnels, notamment le SPÖ (socio-démocrates) qui partageait le pouvoir depuis presque un demi-siècle avec l’ÖVP (conservateurs).
b. Les nationalismes locaux ou régionalismes
Au cœur de l’Union européenne, s’agite le nationalisme flamand qui remet en cause l’unité de la Belgique. Il s’ancre aujourd’hui dans un territoire et dans un contexte économique, celui d’une économie flamande particulièrement prospère.

Il se nourrit d’abord d’un problème linguistique : les Flamands considèrent que leur langue est reléguée au second plan alors que nombreux sont les francophones qui cherchent réellement à devenir bilingues.
Il se nourrit aussi d’une volonté flamande d’accéder à une réelle autonomie et se traduit par une totale intolérance vis-à-vis des étrangers qu’elle qu’en soit l’origine.

D’identitaire, le nationalisme flamand devient donc xénophobe et raciste à l’image du parti d’extrême droite le Vlaams Belang. Le repli identitaire n’est pas sans risque pour les nationalistes flamands car la Wallonie est fortement ancrée dans l’Union européenne avec une capitale, Bruxelles, dotée de grands pouvoirs décisionnels.

Le nationalisme catalan s’inscrit dans la même lignée : la revendication régionaliste s’appuie sur un particularisme linguistique et culturel. Les séparatistes réclament une grande Catalogne de part et d’autre de la frontière franco-espagnole (donc avec le Roussillon), mais ils sont minoritaires et les fédéralistes ou autonomistes, les plus nombreux, revendiquent une forte autonomie locale.
Ce nationalisme régional touche également l’Italie ou il existe différents courants régionalistes, dont celui incarné par la ligue du Nord qui prône une séparation avec le Sud, le Mezzogiorno, moins riche et qui représente un gouffre budgétaire pour le Nord.
2. Des nationalismes réactivés par la chute du bloc communiste
a. En Pologne
La chute du mur de Berlin puis la réunification de l’Allemagne ont entraîné en 1990 l’officialisation de la ligne Oder-Neisse comme frontière occidentale du nouvel Etat. Cette reconnaissance ne s’est pas faite sans réticences puisqu’elle entérine les frontières polonaises nées de la fin de la Seconde Guerre mondiale et dessinées à la conférence de Potsdam en juillet-août 1945.

Pourtant les Allemands ont commencé à réinvestir pacifiquement des terres qui étaient allemandes jusqu’en 1945 - Silésie, Sudètes, Poméranie occidentale - en y installant des entreprises industrielles, des exploitations agricoles, en y rachetant de vieilles demeures ou même des châteaux.

Les Polonais s’alarment de ce retour des Allemands dans les régions occidentales de leur Etat et les partis nationalistes les plus conservateurs regardent avec une certaine hostilité l’appropriation de biens polonais par des « Germains ».
b. En Hongrie
Le traité du Trianon signé en 1920 règle le sort de l’Empire austro-hongrois et fixe les frontières de la Hongrie actuelle laissant hors des frontières plusieurs millions d’individus qui se considèrent comme Hongrois.

Aujourd’hui, plusieurs mouvements nationalistes comme la « Garde hongroise », le parti Jobbik ou le Comité national hongrois dénoncent la politique menée depuis l’entrée dans l’Union Européenne, le rôle toujours important des ex-communistes et l’absence d’une réelle démocratie.

En fait, le passage à l’économie de marché, la confrontation avec les productions occidentales et les retards à rattraper entretiennent un sentiment de frustration qui s’exprime à travers ces courants nationalistes et plongent leurs racines dans un prétendu glorieux passé dont la population garde un souvenir nostalgique.

Il faut toutefois relativiser ; des anciens pays du bloc de l’Est, la Hongrie apparaît comme celui dont la modernisation est la plus avancée et ces mouvements nationalistes, pour l’instant relèvent plus du folklore que de la vraie menace politique.
3. Les drames dans l’ex-Yougoslavie
a. La période 1992-1994
L’effondrement du bloc communiste a eu des conséquences particulièrement dramatiques dans la Fédération yougoslave. De nombreuses nationalités y coexistaient depuis la création en 1918, nationalités maintenues ensuite d’une main de fer par de Tito jusqu’à sa mort, en 1980.

Mais par la suite on constate des tensions et des poussées nationalistes dans les républiques jusqu’alors fédérées par le pouvoir central. L’ex-Yougoslavie compte sept nationalités et trois groupes religieux. Les Slovènes et les Croates sont catholiques romains, les Serbes, les Macédoniens et les Monténégrins sont catholiques orthodoxes, les Bosniaques et les Albanais sont musulmans.

La Slovénie et la Croatie sont les premières à se déclarer indépendantes le 25 juin 1991. En février 1992 c’est la Bosnie où se côtoient Musulmans, Serbes orthodoxes et Croates, qui déclare son indépendance.

C'est au nom de la cohésion du territoire que l’armée fédérale sous commandement serbe, renforcée par les milices serbes et bosniaques se livre à une guerre d’épuration ethnique : 6 000 à 8 000 Bosniaques musulmans sont massacrés. L’ONU et l’Union Européenne ne parviennent pas à gérer cette poussée du nationalisme serbe et il faut attendre l’intervention américaine et les accords de Dayton pour que le conflit connaisse un coup d'arrêt.
b. La période 1999-2008
En 1999 les troupes de l’OTAN, composées en majorité de militaires américains sont à nouveau impliquées pour empêcher les Serbes de relancer la guerre au Kosovo.

Cette intervention armée dans le cadre de la KFOR provoque l’exode de 180 000 Serbes du Kosovo. Ce petit Etat a proclamé en février 2008 son indépendance reconnue par la plupart des grandes puissances, cette proclamation provoque de nombreuses manifestations d’hostilité de la part des nationalistes serbes en particulier à Belgrade.
L'essentiel

Ainsi le renforcement de l’Union Européenne d’une part et la disparition du bloc communiste d’autre part ont favorisé l’émergence voire l’explosion de mouvements nationalistes.

D’un coté parce que le pouvoir centralisateur de Bruxelles peut laisser à penser que les espaces de liberté intra-étatiques voire régionaux se restreignent et que les directives européennes, en l’absence de cohésion politique sont mal acceptées.

D’un autre coté c’est au contraire la rencontre avec la liberté qui entraîne des aspirations à l’autonomie ou à l’indépendance. L’exemple de l’ex-Yougoslavie montre qu’il ne faut pas minimiser ces poussées nationalistes qui, faute d’être contrôlées, peuvent dégénérer en drames humains.

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