Fiche de cours

La responsabilité administrative

Lycée   >   Terminale, Terminale STMG   >   Droit   >   La responsabilité administrative

  • Fiche de cours
  • Quiz et exercices
  • Vidéos et podcasts
Objectif : Jusqu’à la fin du XIXsiècle, l’Administration n’était pas responsable des dommages qu’elle pouvait causer. Il convient donc d’expliquer pourquoi il a été mis fin à ce régime spécifique par rapport au droit privé et quelles sont les caractéristiques de la responsabilité administrative. Il convient également de faire apparaître qu’il existe deux régimes de responsabilité en droit administratif : la responsabilité pour faute et la responsabilité sans faute. Il faut enfin s’intéresser aux modalités de l’indemnisation du préjudice.
1. Le principe de la responsabilité administrative
a. L’irresponsabilité de la puissance publique
Tout au long du XIXsiècle, l’Administration n’était pas responsable des dommages qu’elle pouvait causer. On considérait en effet que le peuple souverain ne pouvait mal faire. En outre, au XIXsiècle, la France était dotée d’un Etat libéral peu interventionniste. Les hypothèses dans lesquelles sa responsabilité pouvait être engagée étaient donc rares.
b. L’autonomie de la responsabilité administrative
C’est dans l’arrêt Blanco du 1er février 1873 que le Tribunal des conflits a consacré le principe d’un régime de responsabilité spécifique pour l’Administration. Cet arrêt consacre non seulement la possibilité de mettre en jeu la responsabilité de l’Etat pour les dommages causés par ses différentes activités, mais pose aussi la règle selon laquelle ce régime de responsabilité doit se démarquer de celui régi par le droit privé (par le Code civil).

Toutefois, le principe de l’autonomie de la responsabilité administrative et de la compétence du juge administratif connaît quelques limites. Ainsi, en vertu des règles de répartition des compétences entre les ordres de juridiction, un certain nombre d’activités administratives soumises au droit privé relèvent de la compétence du juge judiciaire (activité des services industriels et commerciaux par exemple). De même, le juge judiciaire est compétent lorsqu’il est dans son rôle de gardien de la liberté individuelle et de la propriété privée.

En outre, le législateur est intervenu à de nombreuses reprises pour fixer des régimes spéciaux de responsabilité et, dans certains cas, pour en confier le contentieux au juge judiciaire :
• responsabilité de l’Etat à raison des fautes commises par les membres de l’enseignement ;
• responsabilité des personnes publiques à raison des accidents causés par les véhicules dont elles ont la garde ou la propriété…
2. Le fait générateur de la responsabilité
L’engagement de la responsabilité d’une personne publique est conditionné par la démonstration d’un dommage causé par un acte, ou plus largement par un agissement, imputable à l’exécution d’une mission de service public. Contrairement au droit de la responsabilité civile, ce fait générateur n’est pas nécessairement constitutif d’une faute.
a. La responsabilité pour faute
La faute de nature à engager la responsabilité de l’Administration est la conséquence d’un dysfonctionnement du service : erreur, maladresse, retard…

Dans la plupart des cas, une faute « simple » (légère) suffit à engager la responsabilité de l’Administration. Mais dans d’autres domaines dont le fonctionnement et/ou l’exécution présentent des difficultés, une faute qualifiée est dite faute « lourde » (ou grave) : activités de police particulièrement difficiles, activités de tutelle ou de contrôle notamment. On observe un déclin de la faute lourde afin de mieux protéger les victimes des faits dommageables de l’Administration (cf. les activités médicales, les missions de sauvetages…).

En principe, la victime doit apporter la preuve de la faute commise par l’Administration et du lien de causalité entre la faute et le dommage. Dans certains cas, le juge a instauré un système de présomption de faute : c’est à l’Administration de prouver qu’elle n’a commis aucune faute (exemple : dommages subis par les usagers des ouvrages publics).
b. La responsabilité sans faute
Originalité majeure du droit administratif, le système de la responsabilité sans faute facilite l’indemnisation de la victime qui doit seulement rapporter la preuve du lien de causalité entre le dommage et l’activité administrative.

La responsabilité sans faute se partage en deux grands types de responsabilité : la responsabilité pour risque et la responsabilité pour rupture de l’égalité devant les charges publiques.

La responsabilité pour risque
La responsabilité pour risque repose sur l’idée que la responsabilité de l’Administration est engagée lorsque le dommage est la concrétisation d’un risque inhérent à l’activité administrative et aux moyens employés à cette occasion.

Une première hypothèse correspond à des préjudices imputables à des activités ou à des méthodes dangereuses. La responsabilité sans faute a ainsi été retenue pour des dommages causés aux riverains par l’explosion d’un entrepôt de munitions (Conseil d'Etat, 28 mars 1919, Regnault-Desroziers).

Se fondant toujours sur le risque de voisinage, le Conseil d’Etat a étendu le régime de la responsabilité sans faute aux accidents pouvant résulter de certaines activités ou méthodes (ex. dommages causés aux voisins par des mineurs délinquants évadés des institutions d’éducation surveillée).

Par ailleurs, la responsabilité sans faute a également été admise pour indemniser le collaborateur occasionnel d’un service public

La responsabilité pour rupture d’égalité devant les charges publiques
La responsabilité sans faute pour rupture d’égalité devant les charges publiques permet de faire supporter par la collectivité la réparation des dommages supportés par un nombre restreint de particuliers dans l’intérêt général.

Pour que le droit à réparation puisse être ouvert aux victimes, le préjudice doit non seulement être spécial (c’est-à-dire limité à quelques individus), mais également atteindre un degré élevé de gravité et d’anormalité (ce qui n’est pas toujours le cas dans la responsabilité pour risque). En particulier, il doit excéder les gênes et les inconvénients normaux de la vie en société. Ce régime de responsabilité concerne notamment les dommages permanents de travaux publics.

Par ailleurs, le juge a admis la responsabilité du fait des lois dans un arrêt de 1938 (Conseil d’Etat, La Fleurette). Le législateur ne doit pas avoir manifesté sa volonté d’exclure la réparation. En outre, lorsqu’une loi a été adoptée dans un but d’intérêt général supérieur comme celui de la santé publique par exemple, la responsabilité de l’Etat ne peut pas être engagée.

La responsabilité de l’Etat du fait des conventions internationales, quant à elle, n’a été admise qu’en 1966 (Conseil d'Etat, Compagnie d’énergie radio-électrique). Cette jurisprudence a été étendue aux préjudices anormaux et spéciaux imputables à l’exécution d’un règlement (Conseil d'Etat, 1963, commune de Gavarnie) ou à une décision individuelle légale (Conseil d'Etat, 30 novembre 1923, Couitéas). Dans ce dernier cas, il s’agissait du refus du concours de la force publique pour l’exécution d’un jugement, refus fondé sur des risques de troubles à l’ordre public.
3. Les modalités de l’indemnisation du préjudice
a. La réparation du préjudice indemnisable
Le préjudice doit d’abord être certain. Il doit par ailleurs être direct. Le demandeur doit ici prouver le lien de causalité entre le dommage et le service responsable. Le préjudice doit également être indemnisable, le juge administratif assurant aujourd’hui la prise en charge des préjudices immatériels (douleur morale, atteinte à la réputation…). 

Le juge écartant les demandes d’indemnisation en nature qui pourraient imposer une obligation de faire à l’Administration, la réparation du préjudice s’effectue par équivalent. Elle comprend un capital en argent auquel s’ajoutent des intérêts moratoires pour compenser le versement tardif de l’indemnité. Le préjudice résultant d’un dommage causé aux personnes est évalué au jour du jugement. En ce qui concerne les dommages aux biens, l’évaluation se fait au jour de leur réalisation.

Certaines « causes étrangères » peuvent exonérer totalement ou partiellement l’Administration. La faute de la victime et la force majeure exonèrent l’Administration dans les deux types de responsabilité.
La force majeure est un événement extérieur au défendeur (contrairement au cas fortuit), imprévisible et irrésistible.
Le fait d’un tiers qui a contribué à la réalisation du dommage exonère l’Administration en matière de responsabilité pour faute uniquement (sauf pour les dommages de travaux publics).
b. La prise en charge du préjudice
Pour identifier l’origine d’un dommage et organiser sa réparation, la jurisprudence a établi une distinction fondamentale entre la faute personnelle de l’agent et la faute de service. Une faute est toujours le fait d’une personne physique, d’un agent qui a pris une décision fautive ou a agi de façon fautive. Pourtant, c’est la responsabilité de l’Administration qui est engagée, l’agent s’effaçant derrière la fonction, derrière le service.

Néanmoins, il arrive que la faute de l’agent n’ait qu’un lien éloigné ou inexistant avec le service. Elle est alors considérée comme une faute personnelle engageant la responsabilité de l’agent devant les tribunaux judiciaires.

C’est l’arrêt Pelletier du tribunal des conflits (1873) qui a opéré la distinction entre la faute personnelle détachable de l’exercice des fonctions de l’agent et la faute de service non détachable. En réalité, il n’y a pas de critère précis permettant d’établir la distinction entre faute de service et faute personnelle. Celle-ci se caractérise à la fois par sa gravité et par le fait que l’agent a agi hors du but de la fonction. 

La faute personnelle est retenue lorsqu’elle est sans lien avec la mission impartie à l’agent, soit d’un point de vue matériel, soit d’un point de vue « psychologique », lorsque celui-ci a obéi à des mobiles personnels ou a commis une faute d’une extrême gravité.

Le juge a admis par la suite que des fautes personnels et de service peuvent concourir à la réalisation d’un même dommage. Ce cumul de fautes permet d’engager la responsabilité de l’Administration ou de l’agent (Conseil d'Etat, 1911, Anguet). Par ailleurs, un même fait peut constituer à la fois une faute de service et une faute personnelle (cumul de responsabilités : Conseil d'Etat, 1918, Lemonnier).

Le caractère très extensif de la théorie du cumul favorise l’action de la victime qui peut demander la réparation de la totalité du préjudice à l’agent, ou surtout à l’Administration. Cette évolution a réduit le champ de la faute personnelle car en pratique, pour prévenir l’insolvabilité de l’agent, les victimes poursuivent le plus souvent l’Administration.

Dans un souci de moralisation de la fonction publique, le principe d’une action récursoire a été ouvert en cas de cumul de fautes. Assez rarement mise en œuvre, cette action est engagée devant le juge administratif pour permettre d’établir le montant de la dette incombant à l’Administration et à l’agent (Conseil d'Etat, 1951, Laruelle).
L’essentiel

La responsabilité de l’Administration a été consacrée par le juge à la fin du XIXsiècle. Cette responsabilité obéit à des règles propres qui diffèrent souvent de celles du droit privé.
En particulier, le juge administratif a mis en place un système de responsabilité sans faute favorable aux victimes.
De même, pour favoriser ces dernières, le juge a développé la théorie des cumuls qui permet aux administrés victimes de dommages de se retourner contre l’Administration plutôt que contre son agent.

Évalue ce cours !

 

Des quiz et exercices pour mieux assimiler sa leçon

La plateforme de soutien scolaire en ligne myMaxicours propose des quiz et exercices en accompagnement de chaque fiche de cours. Les exercices permettent de vérifier si la leçon est bien comprise ou s’il reste encore des notions à revoir.

S’abonner

 

Des exercices variés pour ne pas s’ennuyer

Les exercices se déclinent sous toutes leurs formes sur myMaxicours ! Selon la matière et la classe étudiées, retrouvez des dictées, des mots à relier ou encore des phrases à compléter, mais aussi des textes à trous et bien d’autres formats !

Dans les classes de primaire, l’accent est mis sur des exercices illustrés très ludiques pour motiver les plus jeunes.

S’abonner

 

Des quiz pour une évaluation en direct

Les quiz et exercices permettent d’avoir un retour immédiat sur la bonne compréhension du cours. Une fois toutes les réponses communiquées, le résultat s’affiche à l’écran et permet à l’élève de se situer immédiatement.

myMaxicours offre des solutions efficaces de révision grâce aux fiches de cours et aux exercices associés. L’élève se rassure pour le prochain examen en testant ses connaissances au préalable.

S’abonner

Des vidéos et des podcasts pour apprendre différemment

Certains élèves ont une mémoire visuelle quand d’autres ont plutôt une mémoire auditive. myMaxicours s’adapte à tous les enfants et adolescents pour leur proposer un apprentissage serein et efficace.

Découvrez de nombreuses vidéos et podcasts en complément des fiches de cours et des exercices pour une année scolaire au top !

S’abonner

 

Des podcasts pour les révisions

La plateforme de soutien scolaire en ligne myMaxicours propose des podcasts de révision pour toutes les classes à examen : troisième, première et terminale.

Les ados peuvent écouter les différents cours afin de mieux les mémoriser en préparation de leurs examens. Des fiches de cours de différentes matières sont disponibles en podcasts ainsi qu’une préparation au grand oral avec de nombreux conseils pratiques.

S’abonner

 

Des vidéos de cours pour comprendre en image

Des vidéos de cours illustrent les notions principales à retenir et complètent les fiches de cours. De quoi réviser sa prochaine évaluation ou son prochain examen en toute confiance !

S’abonner

Découvrez le soutien scolaire en ligne avec myMaxicours

Plongez dans l'univers de myMaxicours et découvrez une approche innovante du soutien scolaire en ligne, conçue pour captiver et éduquer les élèves de CP à la terminale. Notre plateforme se distingue par une riche sélection de contenus interactifs et ludiques, élaborés pour stimuler la concentration et la motivation à travers des parcours d'apprentissage adaptés à chaque tranche d'âge. Chez myMaxicours, nous croyons en une éducation où chaque élève trouve sa place, progresse à son rythme et développe sa confiance en soi dans un environnement bienveillant.

Profitez d'un accès direct à nos Profs en ligne pour une assistance personnalisée, ou explorez nos exercices et corrigés pour renforcer vos connaissances. Notre assistance scolaire en ligne est conçue pour vous accompagner à chaque étape de votre parcours éducatif, tandis que nos vidéos et fiches de cours offrent des explications claires et concises sur une multitude de sujets. Avec myMaxicours, avancez sereinement sur le chemin de la réussite scolaire, armé des meilleurs outils et du soutien de professionnels dédiés à votre épanouissement académique.

Fiches de cours les plus recherchées

Droit

Le droit de propriété

Droit

Les personnes morales

Droit

Les approches juridiques de l'entreprise

Droit

Les critères juridiques de l'entreprise

Droit

Les libertés économiques pour l'entreprise

Droit

L'ordre public économique

Droit

Les organes de décision pour les choix stratégiques

Droit

L'exercice du pouvoir dans l'entreprise individuelle

Droit

L'exercice du pouvoir dans une entreprise unipersonnelle

Droit

L'exercice du pouvoir dans une entreprise pluripersonnelle