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La pertinence des classes sociales aujourd'hui

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Objectifs
  • Expliquer le débat sur l’approche du point de vue des classes sociales pour structurer la société.
  • Caractériser les nouvelles formes d’analyse de la structure sociale.
Point clé

La moyennisation de la société est le processus de rapprochement des modes de vie et de réduction des inégalités qui a permis de former, pendant les Trente Glorieuses, une vaste classe moyenne.

Pour bien comprendre
  • Les classes sont des groupes sociaux de grande taille relativement homogènes dont les individus qui la composent ont en commun une situation définie par la position sociale et professionnelle, un mode de vie, une place dans la hiérarchie des prestiges.
  • Karl Marx structure la société en deux classes sociales (prolétaires et bourgeois) qui ont une conscience de classe et des intérêts divergents, ce qui doit les mener à une lutte des classe. Il a donc une vision réaliste de la société.
  • Max Weber répartit les individus en groupes de statut en fonction de leur place dans trois ordres économique, social et politique. Il a donc une vision nominaliste.
  • Pierre Bourdieu analyse la société comme un espace social où les individus se positionnent en fonction de leurs capitaux économique et culturel et partagent un « habitus » de classes. Il adopte ainsi une vision à la fois marxiste et wébérienne.

 

 

1. Les classes sociales disparaissent au profit d’une classe moyenne
a. La moyennisation de la société

La société s’est moyennisée durant les Trente Glorieuses. Les classes sociales ne sont qu’une superposition de strates, différenciées par les conditions de vie et le prestige ; mais ces strates ne sont pas antagoniques.

La moyennisation de la société est donc le processus de rapprochement des modes de vie et de réduction des inégalités qui a permis de former, pendant les Trente Glorieuses, une vaste classe moyenne.

Plusieurs arguments confortent la thèse de la moyennisation :

  • la moyennisation est le fruit de l’enrichissement de la population et de la réduction des inégalités ;
  • l’État-providence, en re distribuant les revenus, a favorisé les classes moyennes. Cela explique pourquoi dans les pays anglo-saxons, où le taux de prélèvements obligatoires est faible et les dispositifs redistributifs peu développés, les classes moyennes sont moins importantes. De même, le taux de pauvreté est plus élevé dans les régimes non-redistributifs ;
  • la réduction des inégalités et l’enrichissement de la population ont abouti à une harmonisation des modes de vie (l’« american way of life ») qui se caractérise par :
    • une uniformisation des modes de vie,
    • la démocratisation de l’école et la tertiarisation, accompagnés d’une diffusion des savoirs et des pouvoirs au sein de l’entreprise ;
  • la forte progression des salariés. Ce sont les cadres qui ont connu l’expansion la plus rapide, les professions intermédiaires se sont développées et les employés sont devenus les plus nombreux de la nomenclature (environ 30 %) ;
  • la mobilité sociale se serait accrue ;
  • cette convergence des modes de vie s’accompagne donc de l’émergence d’un système de valeurs commun que les sociologues appellent le libéralisme culturel ;
  • en conséquence, les individus perdraient progressivement leur conscience de classe au profit d’un individualisme positif.
b. L’analyse de Henri Mendras

Henri Mendras (1927-2003) va utiliser deux critères pour montrer l’importance de la moyennisation dans la société française : le niveau des revenus et des patrimoines et le niveau des diplômes. Cela lui permet d’avoir une « vision cosmographique » de la société avec six « constellations sociales », appelée la Toupie de Mendras.

L’image de la toupie révèle une société capable de réduire les inégalités et de produire de la mobilité sociale pour former une grande classe moyenne.

Il distingue six groupes sociaux :

  • une constellation populaire qui représente la moitié de la population en regroupant les ouvriers et les employés aux revenus et diplômes faibles ;
  • une constellation centrale qui représente un quart de la population avec des personnes ayant des revenus moyens mais des diplômes relativement élevés ;
Exemple : les professeurs
  • les indépendants sont à la périphérie et représentent 15 % de la population avec les artisans et des petits commerçants peu diplômés, mais aussi des industriels et des professions libérales très diplômées ;
  • en bas de la toupie, on retrouve les pauvres (7 % de la population) qui n’ont ni diplôme, ni revenu ;
  • au sommet, on retrouve les dirigeants économiques et politiques (3 % de la population) qui ont des revenus et diplômes très élevés ;
  • la catégorie « Divers » va rassembler le reste de la population difficilement classifiable (comme les artistes).

 

La Toupie de Mendras

 

 Ainsi, les constellations populaire et centrale forment avec les indépendants une grande classe moyenne.

2. Les critères de différenciation se développent avec la société
a. Les critères économiques

Les critères classiques tels que le revenu et le patrimoine sont aujourd’hui toujours d’actualité. Le patrimoine retranscrit de fortes inégalités sociales d’autant plus que celui-ci est en grande partie transmissible. Ce patrimoine joue alors un rôle dans le processus de reproduction sociale.

Il brouille ainsi les frontières des catégories sociales. En effet, deux ménages constitués d’employés ne seront pas dans la même situation économique si, par exemple, l’un des deux vit dans un logement hérité de sa famille. La possession d’un logement est aujourd’hui un critère essentiel pour déterminer la place d’un individu dans la sphère économique et sociale ; en effet, la plupart des ménages y consacrent environ 1/3 de leurs revenus.

Le revenu est paradoxalement un critère moins important dans le classement social car celui-ci s’avère assez variant, de nos jours, au sein d’une même profession. Cela vient d’abord du fait d’une plus forte individualisation des salaires (primes) mais aussi de la montée de la précarité. C’est un critère qui, désormais, devrait rentrer dans les analyses sur la hiérarchie sociale. Enfin, les salaires ne dépendent pas toujours du niveau de diplôme ou de responsabilité mais de l’offre et de la demande d’emplois : par exemple, certains ouvriers qualifiés sont mieux rémunérés qu’un professeur.

b. Les critères sociaux

La structure sociale dépend aussi de critères sociaux de différenciation, comme l’âge ou le sexe. Ces critères déterminent notamment une différence dans les pratiques culturelles. Les pratiques culturelles se résument, au sein de nos sociétés, à la consommation de biens culturels en relation avec la définition courante de la culture. Ainsi, aller au musée ou acheter un livre sont considérés comme des pratiques culturelles (car elles améliorent le savoir), contrairement au bricolage.

L’âge est un critère essentiel dans la détermination de certaines pratiques culturelles. Les jeunes fréquentent plus que les autres le cinéma (les moins de 25 ans sont 80 % à être allés au cinéma dans l’année alors que dans l’ensemble de la population ce n’est qu’un individu sur deux), ils vont plus souvent à des spectacles, des concerts (un jeune sur deux alors que ce n’est qu’un individu sur trois dans la population totale). Ils écoutent plus souvent de la musique, utilisent plus facilement internet. Des différences peuvent aussi apparaître en fonction du sexe ou encore du lieu de résidence (campagne ou grande ville) et du statut professionnel (salarié ou indépendant).

Mais tous ces critères restent largement dépendants du milieu social d’origine. Pour Bourdieu, le groupe social transmet un certain capital culturel qui va déterminer des modes de pensée, des pratiques différentes (qu’il appelle « habitus »). Ainsi, un jeune issu d’un milieu populaire n’aura pas la même façon de parler, la même ambition à l’école ou ne fréquentera pas les mêmes lieux qu’un jeune issu de milieux favorisés.

3. Le retour des inégalités provoque le retour des classes sociales
Une classe sociale doit former un groupe homogène, disposant d’une conscience de classe et capable de défendre ses intérêts, d’après la définition marxiste.

Cette définition semble ne pas pouvoir s’appliquer strictement aux groupes sociaux composant la société française aujourd’hui. Jusque dans les années 1960, les ouvriers auraient pu prétendre former encore une classe sociale mobilisée. Mais les conditions de vie ont changé, les ouvriers sont de moins en moins nombreux et beaucoup moins organisés. Ils ne luttent plus de manière collective et solidaire mais se retrouvent dans des luttes défensives (contre la fermeture de leur usine, par exemple) et dans des conflits localisés. L’homogénéité est moins forte car il y de grandes différences entre les ouvriers qualifiés et non qualifiés (appelés aussi ouvriers spécialisés OS) du point de vue des salaires, de la précarité de l’emploi, etc. Enfin, le mode de vie ouvrier décline aussi. De nombreux ouvriers aspirent à vivre comme les classes moyennes. Ce phénomène est amplifié par l’homogamie. Les ouvriers se marient avec des employées qui travaillent dans le secteur tertiaire par exemple et s’identifient plus à la classe moyenne.

La « classe » moyenne est devenue le groupe de référence pour les sociétés développées. Mais ce groupe n’a aucune existence réelle et il est traversé par de nombreuses différences.

Qui appartient à la classe moyenne ? On y retrouve a priori des ouvriers qualifiés, des employés, mais aussi des cadres moyens, des indépendants comme des médecins généralistes entre autres. La classe moyenne se définit plutôt par la proximité qu’ont ses membres avec des valeurs et des pratiques communes. La consommation définit un style de vie standardisé qui devient une référence pour les membres de la société.

Mais la classe moyenne est alors extrêmement hétérogène en ce qui concerne le niveau de vie, les pratiques culturelles, la précarité de l’emploi ou encore les références partisanes en politique.

Toutefois, les différentes crises économiques, mais surtout celle de 2007, ont stoppé nettement la moyennisation de la société déjà au ralenti du fait du caractère exponentiel de tout développement. En effet, une fois que l’ensemble de la population a eu accès aux études et à la société de consommation, la progression vers une société plus homogène a ralenti. En cas de crise, les tensions pour le partage des richesses reviennent et les écarts entre « riches » et « pauvres » font leur retour.

Enfin, le mouvement des gilets jaunes réanime le débat sur l’existence d’une société polarisée entre les très riches (hommes politiques, actionnaires de grands groupes internationaux, etc.) et le reste de la population. Ce mouvement regroupant toutes les CSP, les âges, les genres, les urbains et les ruraux, révèle un probable retour à la lutte des classes marxistes avec une véritable conscience collective et des intérêts antagonistes.

 

 

En conclusion, avec la moyennisation et la multiplication des critères de structuration, l’existence des classes sociales semble dépassée mais le retour des inégalités s’accompagne du retour d’une société polarisée entre riches et pauvres.

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