L'Inde : des mutations qui renforcent la fragmentation des espaces - Maxicours

L'Inde : des mutations qui renforcent la fragmentation des espaces

Objectif
  • Comprendre et être capable d’expliquer les caractéristiques des espaces ruraux indiens et les dynamiques spatiales du pays.
Points clés
  • L’Inde est un pays rural, son urbanisation est longue et fait l’objet de conflits.
  • Les espaces ruraux en recomposition se caractérisent par une fragmentation importante.
Pour bien comprendre
  • espace rural
  • révolution verte
  • espace productif
  • agriculture
  • industrie
  • tourisme
  • inégalités socio-spatiales
  • castes

L’Inde est un pays émergent qui a su s’intégrer progressivement à la mondialisation. L’État est la 7e puissance économique mondiale en 2018. Pourtant, il s’agit du plus grand pays rural au monde et les espaces ruraux se caractérisent par une importante fragmentation. Si certains espaces sont intégrés au commerce international, d’autres sont en proie à une grande détresse.

1. L'Inde : Un pays rural fragmenté
a. L'Inde : un long processus d'urbanisation

L’Inde, ou République de l’Inde, est un pays situé en Asie, au sud de la Chine et du Pakistan. C’est une république fédérale composée de 29 États, et 7 Territoires de l'Union.

Un Territoire de l'Union est une subdivision administrative qui est gouvernée directement par l'État central.

 

 

Très peuplé, le pays compte 1 339 000 000 d’habitants en 2017, dont 800 millions de ruraux. Le taux d’urbanisation ne s’élevait qu’à 34 % en 2018 malgré le fait que le pays possède trois métropoles – Mumbai, Delhi et Calcutta – qui dépassent les 10 millions d’habitants.

L’organisation spatiale du territoire est donc bien différente de celle des pays riches.

Au XXe siècle, l’exode rural s'est caractérisé par un départ de la campagne pour la ville. En Inde, le solde migratoire entre la campagne et la ville ne représente que 20 % de l’urbanisation totale.

Exode rural : fait de quitter la campagne afin de s’installer en ville.
Solde migratoire : différence entre le nombre d’arrivées et le nombre de départs.

Le taux de migration intérieure reste faible et ces migrations ont lieu majoritairement de campagne à campagne. En l’Inde, la population se concentre dans des villages qui connaissent des mutations progressives. Ainsi, on enregistre 600 000 villages de taille moyenne. Lorsque ces villages s’étendent, des services s'y développent et des industries s’y installent, ce qui attire de nouveaux habitants. Ils sont ensuite intégrés administrativement à des villes.

Ce long processus représente 25 % de la croissance urbaine du pays.

Remarque
La notion de ville en Inde est différente de la nôtre. On enregistre 465 villes de moins de 100 000 habitants. L’urbanisation de l’Inde est donc un long processus. En 1991 74 % de la population était rurale. On observe tout de même une urbanisation lente puisqu’en 2017, 66 % de la population indienne reste rurale.
Urbanisation : concentration progressive de la population autour des agglomérations et aires urbaines.
b. Des espaces ruraux fragmentés

En 2017, l’Inde est la 6e puissance économique mondiale, le pays se classe devant la France. Pourtant, il est encore considéré comme une puissance émergente.

Pays émergent : État qui connaît une forte progression économique mais dont le niveau de vie de la population n’atteint pas celui des pays riches.

On y enregistre d’importantes inégalités. En effet, l’IDH y est faible (0,640/1) et occupe le 130e rang mondial en 2017.

IDH : Indice de Développement Humain. Il évalue la qualité de vie dans un pays en prenant en compte l’espérance de vie, le niveau d’éducation et le niveau de vie.

Ce classement s’explique par divers facteurs. La population étant majoritairement rurale, il est difficile d’accéder à des soins médicaux de qualité. De plus, si l’hindi est la langue officielle, on enregistre 21 langues régionales parlées dans le pays, ce qui rend complexe l’alphabétisation (71 % en 2015).

Enfin, les espaces ruraux sont très fragmentés, il est donc difficile de nourrir l’ensemble de la population.

Fragmentation : processus de séparation – sur le plan politique, économique ou social – de différentes portions d’un espace.
Exemple
La famine de 1965-1966 a engendré la mort d’un peu plus de 100 000 personnes. Elles sont à la l’origine de la révolution verte. Cette réforme agraire a eu pour but de faire disparaître la famine sur l’ensemble du territoire.

 

 

Il est possible de diviser les espaces ruraux en cinq grandes catégories :

  • Le cœur de la révolution verte, au nord du pays, ne représentent qu’une faible part du pays. L’agriculture y est diversifiée (maïs, colza) et mécanisée, les rendements sont donc plus importants. Ces espaces ruraux se caractérisent également par l’essor de l’industrie rurale ;
  • Les littoraux de la façade ouest du pays. L’agriculture y est diversifiée et intégrée à la mondialisation grâce au riz et aux céréales qui sont exportés. L’horticulture et l’élevage – destiné à la production de lait – y sont également pratiqués ;
  • Les campagnes intermédiaires, qui s’étendent du nord-est au sud-est du pays. Ces espaces ruraux sont densément peuplés. L’agriculture est spécialisée dans la culture intensive du riz et une petite industrie rurale est en cours de développement ;
  • Les montagnes, dont les forêts sont protégées, se situent dans le nord et dans le sud. Elles ne représentent qu’une faible superficie du territoire. L’élevage et l’agriculture y sont semi-nomades. Elles concentrent des exploitations intensives de thé. On assiste à un essor du tourisme rural dans ces espaces ;
  • Le ventre creux occupe la majorité du territoire indien. Le climat est semi-aride et une agriculture de subsistance y est pratiquée. Il n’est possible de réaliser qu’un type de culture de céréales par an et les espaces ruraux sont extrêmement pauvres et fortement fragmentés. La diversité de ces espaces renforce les inégalités. Malgré la multifonctionnalité de certains, il ne sont pas tous intégrés à l’économie du pays.
2. La multifonctionnalité inégale des espaces ruraux
a. Une agriculture à plusieurs vitesses

L’agriculture est le secteur d’activité le plus important des espaces ruraux puisque 58 % des ménages ruraux travaillent dans ce secteur d’activité. En 2017, il représente 17 % du PIB (produit intérieur brut) du pays et 43 % de l’emploi au sein de la population active. 

Remarque
Le poids de l’agriculture dans l’économie du pays est en baisse constante, et l’économie de service se développe au détriment de l’agriculture.

La hausse des revenus a entraîné une hausse de consommation des ménages, qui a contribué à développer et moderniser l’agriculture dans le pays. Le secteur agroalimentaire s’est considérablement développé et les exportations agricoles sont en hausse.

La culture de la canne à sucre, du coton et de l’arachide est destinée à la commercialisation internationale. Le cœur de la révolution, les campagnes intermédiaires et les littoraux sont donc des espaces ruraux ouverts au commerce international et à la mondialisation.

Pourtant, le secteur agricole est marqué par de fortes disparités, on parle d’agriculture à deux vitesses.

Les agriculteurs ont des activités annexes qui leur assurent un complément de revenu. On dénombre 90 millions de ménages agricoles, 70 % d’entre eux possèdent moins d’un hectare de terres.

Si les riches propriétaires peuvent investir et ont pu bénéficier des aides de l’État lors de la révolution verte, les propriétaires des petites exploitations sont dans l’obligation d’occuper un poste de salarié pour compléter leurs revenus mensuels. Ce poste et la rémunération sont liés à l’origine sociale du travailleur.

Remarque
Un système de castes régit la société. Un individu peut avoir accès à certains postes et privilèges en fonction de sa position dans la hiérarchie sociale.

Enfin, certains espaces ruraux sont en proie à une crise agricole telle qu’elle pousse des agriculteurs pauvres et endettés au suicide. Entre 1995 et 2010, 272 000 agriculteurs se sont suicidés en Inde. Ils se concentrent essentiellement dans les espaces ruraux situés dans le ventre creux de l’Inde.

Exemple
En 2014, dans l’État de Maharashtra plus de 2 500 suicides ont été recensés. Les états de Madhya Pradesh et Telangana ont enregistré chacun plus de 500 suicides d’agriculteurs.

 

b. Des espaces ruraux peu industrialisés

En 2017, le secteur industriel représente 28,8 % du PIB national. Pourtant, les espaces ruraux sont inégalement industrialisés puisque l’industrie se retrouve essentiellement dans les espaces ruraux situés au cœur de la révolution verte et dans les campagnes intermédiaires. Les territoires situés au cœur de la révolution verte sont transformés par l’essor de l’industrie rurale.

La municipalité de Ludhiana, située au Pendjab, au nord du pays, est une vitrine de cet essor. La municipalité s’est spécialisée dans la production de bicyclettes, de machines à coudre, de pièces automobiles et dans la bonneterie-mercerie. Elle produit 60 % des tracteurs du pays.

Cette nouvelle attractivité est responsable de l’augmentation de la valeurs des terres, convoitées par de nouveaux investisseurs. Ces derniers ont implanté diverses activités dans des zones interurbaines, conduisant à la construction de nouvelles voies de communications et de nouveaux lieux de résidence. L’économie résidentielle se développe donc dans les espaces attractifs qui proposent de l’emploi et qui transforment le paysage grâce à des aménagements.

Économie résidentielle : ensemble des activités économiques mises en place pour satisfaire les besoins des habitants d’un territoire.
Exemple
La municipalité de Tiruchengode, située dans l’État de Tamil Nadu au sud de l’Inde, témoigne de cette évolution. Des sociétés familiales se sont spécialisées dans la fabrication de chars à bœufs. En trois générations seulement, ces petites industries se sont considérablement développées. Elles sont désormais tournées vers l’industrie du forage, une des spécialités de la municipalité, et leurs produits sont exportés au Kenya, à Oman et au Ghana.

L’industrie renforce la fragmentation des espaces ruraux, qui doivent bénéficier d’infrastructures adaptées ou d’atouts afin d’attirer les investisseurs.

c. L'essor du tourisme

L’économie de service représente 53,8 % du PIB, elle s’est essentiellement développée dans les villes et métropoles. Les espaces ruraux sont essentiellement transformés par l’économie résidentielle et le tourisme.

L’économie résidentielle se concentre essentiellement dans les espaces ruraux attractifs qui concentrent des activités agricoles et industriels.

L’écotourisme se développe essentiellement dans les montagnes et se veut respectueux de l’environnement tout en mettant en avant les produits locaux. Les habitants sont les acteurs de l’essor touristique lent de ces espaces. Le manque d’infrastructures des espaces ruraux ne permet pas à l’économie de service de s’implanter dans les territoires reculés du pays.

Exemple
Les cascades d’Athirappilly séduisent de plus en plus de touristes, attirés par la beauté de la faune et de la flore. L’espace est vite saturé en période de forte affluence et des infrastructures ont été construites. Des comités participatifs composés de villageois gèrent le tourisme. Un ecoshop proposant ses produits locaux a ouvert et deux stands proposent des rafraîchissements. S’il n’y a pas de réelle interaction entre les touristes et les villageois, ces derniers entretiennent les lieux et font office de guides.

Les espaces ruraux se caractérisent par une forte fragmentation. La multifonctionnalité ne concerne qu’une petite part de ces espaces.

3. Des mutations difficiles

Si l’État, acteur public, tente d’agir afin de lutter contre la pauvreté et de favoriser la cohésion des territoires, les politiques mises en place ne sont pas toujours efficaces.

La révolution verte, réforme agraire, mise en place après les grandes famines de 1965-1966, a renforcé la fragmentation des territoires. En effet, celle-ci a été uniquement appliquée dans les régions où le rendement serait le plus élevé donc dans les vallées et zones irrigables. Les cultures devaient y être multiples. Or, ce sont – aujourd’hui encore – ces espaces ruraux qui concentrent la plus grande production et variété agricole. Sur le long terme, cette réforme a donc renforcé la fragmentation des espaces ruraux.

La révolution verte a également mis un terme à la famine mais elle n’a pas permis de lutter contre la malnutrition.

Malnutrition : une alimentation mal adaptée à un individu ou à une population.

Par conséquent, des rébellions naxalites ont débuté dès 1967 et se poursuivent encore aujourd’hui : les maoïstes – courant communiste – réclament une réforme agraire sur l’ensemble des territoires.

Une nouvelle réforme agraire « la révolution doublement verte » est attendue par les Indiens, celle-ci devra répondre aux enjeux de l’écologie et du développement durable. Évoquée depuis la fin des années 1990, elle n’a toujours pas été appliquée.

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