Fin de partie : Lecture méthodique 1, l'exposition - Maxicours

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Fin de partie : Lecture méthodique 1, l'exposition

Objectifs :
- Chercher une problématique, proposer une lecture méthodique et des axes de lecture qui éclairent l’ensemble de l’extrait, ici l’ouverture de la pièce.
- Émettre des hypothèses de lecture sur un texte d’ouverture qui sert de tremplin à la lecture de l’œuvre.
- S’approprier l’univers à travers la réflexion sur l’espace scénique et dramaturgique implicite de la pièce en décelant les informations de la longue didascalie initiale puis en analysant les premiers mots de Clov.
Les citations font référence au texte des Editions de Minuit .

Pages 11 – 14 « Intérieur sans meubles. (…) Lunettes noires. »

Ce texte constitue le tout début de la pièce qui s’ouvre sur un long silence empli par le jeu de gestes de Clov, seul personnage à être découvert dans un intérieur caractérisé par sa nudité, son opacité et sa tension. Le spectateur est en attente de gestes et de paroles dans le but de comprendre la signification du lieu et des actions du personnage. La parole ainsi différée instaure une relation toute particulière entre le public et la scène. Entre silence pesant et recherche de signification s’instaure une attente voir, une tension.

Problématique :
De la longue didascalie liminaire (= placée en ouverture d'un ouvrage) et des premiers mots de Clov à l’immersion dans un univers qui sert de tremplin à la lecture de l’œuvre.
1. Indétermination du décor
La pièce s’ouvre sur un espace scénique dépouillé et difficilement identifiable qui crée une atmosphère aussi déroutante que grinçante.
a. Indétermination du lieu : un monde clos
Un univers cellulaire

Le substantif « intérieur » associé à la parfaite symétrie des murs de droite et de gauche crée un huis-clos fermé sur l’extérieur avec des fenêtres largement caractérisées comme inaccessibles. Les adjectifs « petites » et « perchées » mis en valeur par l’adverbe pléonastique « haut » rappellent la cellule carcérale et l’impossibilité de s’évader.

Un univers vide

Le complément « sans meuble » ainsi que la répétition de « recouvert(es) d’un vieux drap » ajoute une étrangeté inquiétante au lieu vidé et caché, comme suspendu dans un temps passé accomplivieux » à deux reprises), dans une inertie pesante (valeur perfectible du participe passé « recouvert »). Les adjectifs caractérisant les rideaux de « fermés » et le tableau de « retourné » accentuent ce vide et cet abandon, tout en le fermant davantage sur lui-même.
b. De l'indétermination au vertige
Un univers en attente 

La clôture est signe de latence, pressentiment d’une vie sous-jacente allant au ralenti. Les rideaux vont être tirés, les draps ôtés, les couvercles des poubelles soulevés. Le décor se déploie par les gestes de Clov et s’ouvre sur une vie en hibernation, une vie prostrée dans laquelle domine la vieillesse, les ordures représentées par les « poubelles » et la maladie fortement présente dans la caractérisation du linge (« taché de sang ») destiné à tenir chaud (le « plaid » et les « épaisses chaussettes »). 

Symbolisme du lieu 

L’emplacement des objets, des personnages et le ballet de Clov rappellent l’univers du jeu largement évoqué par le titre. C’est comme si la fin d’une partie allait se dérouler sous les yeux du spectateur : le roi étant le malade, assis sur son fauteuil-trône et en passe d’être mis en échec. De plus, certains commentateurs ont pu y voir la représentation d’un crâne dans la symétrie des murs, la position surprenante des fenêtres (symbolisant l’emplacement des orbites), l’incongruité des poubelles (symbolisant les narines) ainsi que la position centrale du personnage telle la bouche. L’atmosphère morbide s’impose dans l’immobilisme des trois personnages handicapés, la pénombre ambiante et la dominante de la maladie.
2. Le mécanisme de la vie : les personnages
a. Immobilisme
Personnages statiques 

Au lever du rideau, trois personnages sont recouverts, un seul se tient « immobile à côté du fauteuil ». Les personnages sont comme figés. Le seul à évoluer sur scène a une démarche « raide et vacillante », comme s’il était frappé lui aussi d’immobilisme et d’incapacité à cheminer de manière fluide. La caractérisation première de cette scène est donc la fixité et la rigidité.

Le regard 

Le verbe « regarder » est utilisé à huit reprises dans la didascalie liminaire. Clov est celui qui observe. Il agit en tant que témoin de l’immobilisme des choses. Il découvre chaque élément du décor, chaque personnage pour faire face à « la salle ». Il est le personnage relai dans la découverte du lieu, grâce au regard particulier qu’il porte sur chaque chose : allant du personnage central (caché pour le spectateur, Clov est seul à savoir ce qu’il cache), aux fenêtres (« la tête rejetée en arrière » : offre une autre perception possible, une perception dont les dimensions sont inversées, retournées), en passant par l’extérieur improbable ( tout aussi inaccessible pour le public et les autres personnages), et l’intérieur des poubelles ( lieu invisible aux spectateurs), pour enfin retourner vers le centre et tout dévoiler.
b. Répétition et automatisme
Ballet mesuré

Les verbes qui orchestrent le déplacement du personnage sont répétés incessamment dans un ballet à deux temps (sortir-revenir ; monter-descendre ; aller-retourner ; soulever-rabattre ; enlever-plier). Le registre courant, la répétition et le parallélisme de chaque geste créent une impression d’automatisme ou de rituel parfaitement respecté, comme le sous-entend l’indication scénique extrêmement précise « fait six pas ; fait trois pas »). Beckett-auteur laissait, ainsi, peu de marge de manœuvre au metteur en scène, duquel il attendait le parfait respect de ses indications scéniques.

Jeu 

Ce parallélisme ne manque pas de rappeler le déplacement des pions au cours d’une partie d’échecs, c'est-à-dire un déplacement ordonné et minutieux. D’ailleurs, les premiers mots de Hamm sont : « A moi … de jouer ». A chaque geste, son double lui répond de façon inversée.
c. Symbolique du déplacement : mimer la vie, la regarder...
Mimer la vie, le cycle sans fin 

Les gestes de Clov se répètent infiniment, ponctués par des regards et des silences qui laissent s’installer une tension sur scène. Le spectateur guette des informations, contraint de se concentrer sur cet incessant ballet. Le ballet de Clov part du centre de la scène pour ensuite y revenir dans une attitude silencieuse d’observateur, comme s’il suivait un cheminement qui le ramenait au même point. La référence au mythe de Sisyphe, réactualisée par Camus, est implicite : dans l’Odyssée d’Homère, Sisyphe est condamné à faire rouler un rocher jusqu’en haut d'une colline, et ce pour l’éternité. Mais à chaque fois, le rocher redescend inévitablement, avant même de parvenir au sommet. Telle est sa punition pour avoir osé défier les dieux. Ainsi va la vie, dans un infini recommencement, toute fin étant illusoire. Le ballet de Clov devient presque une métaphore de la vie elle-même, dans le sens où il montre l’inutilité et la vanité du quotidien. On perçoit l'absurdité du personnage tant par le vide de son regard que par la mécanique de sa démarche rigide et saccadée. 

Volonté d’observer la vie 


Le regard est inaccessible pour trois des personnages, cloîtrés dans leur poubelle ou bien cachés par un mouchoir. La suite de la pièce mettra l’accent sur leur cécité ou leur vue défaillante. L’aveuglement est donc au cœur de la pièce : les personnages ne voient ni la vie ni le monde ni aucune issue possible. De même, le regard de Clov est perverti. Il regarde « la tête rejetée en arrière », dans une vision inversée de la réalité, puis retourne au point de départ, dans une observation fixe, statique. Les observations de Clov se ponctuent par un « rire bref ». L’effet de ce rire court, sans explication de sa cause intervient comme un rire de désespoir, ou la victoire du non sens. Plutôt que de rassurer, il crée un vertige.
3. Les premiers mots
a. Crise de la parole
Parler pour exister

Les personnages cachés ou endormis n’existent pas encore. Hamm est cloué à son fauteuil, faisant corps avec le décor. Il prendra vie dans le bâillement et dans le réveil. Parler c’est combler le vide : Clov interrompt le silence pesant pour dire la fin, comme une expansion du titre. Il constate et examine l’aboutissement auquel il aspire, en demeurant dans une imprécision largement instaurée par la reprise du pronom démonstratif dont la référence ne sera pas explicitée (« c’-ça-ça »). De l’affirmation, il passe à l’irrésolution puis à la dénégation. Seul importe le besoin de dire, semble-t-il. A défaut d’une logique véritable, il formule son avenir immédiat en annonçant son départ, puis le retarde en décrivant son espace : la cuisine. Les dimensions lacunaires, la mention d’une nouvelle posture d’observateur face au vide, soulignent la vacuité (le vide) d’un discours inutile puisque non efficace, inutile puisqu’au fur et à mesure de sa formulation, le sens se perd. Le « je » de Clov aboutit à une parole dans laquelle il se dilue : il annonce son départ, l’anticipe, sort, puis revient finalement.

Dissolution du sens et anéantissement de l’être

Les paroles de Clov sont empreintes d’une contradiction logique. En passant du participe passé à valeur d’accompli (« fini »), à la tournure présentative (« c’est fini »), il déréalise le procès par l’emploi même d’un pronom neutre sans référent explicite. De plus, la fin semble relever davantage du virtuel que du réel, puisqu’il introduit une incertitude avec l’emploi de la périphrase verbale (« aller + infinitif ») et de l’adverbe modérateur « peut-être », situant le procès comme non accompli. Dans cet insaisissable univers d’incertitudes, tout est contaminé par le doute. Enfin, l’évocation de « l’impossible tas » montre la rupture de toute logique et l’impossibilité de considérer toutes les parties en un tout. Le présent de généralité suppose la rupture de logique de l’addition des parties du tout. Le sens ne fait plus partie de cet univers où les lois se basent sur le non-sens. Il ne reste qu'un discours, une logique verbale qui se développe selon ses propres règles. Le sujet se dissout : la fixité du regard de Clov et la voix sans affect perceptible viennent discréditer toute prise de parole.
b. Tremplin vers l'ensemble de l'oeuvre
Le néant, un hors-temps 

Les premières minutes de la pièce annoncent un univers confiné dans le néant : un lieu inaccessible et un moment inaccessible dans lesquels les voix sont blanches, les personnages informes et où les silences se prolongent. Le lieu n’est pas plus identifiable que le temps. La mention « Lumière grisâtre » est très approximative. Le temps se dilue dans cette grisaille, dans le « noir clair » qu’évoquera Clov plus loin. Tout semble englouti, comme les personnages dans leur poubelle ou leur fauteuil d’handicapé. Le décor donne une impression d’évacuation totale de la vie : il n’y a rien à voir ni à entendre. 

La survie 

Les personnages semblent englués dans un temps et un univers morbide, dans une vie en rupture avec le monde. Seule la parole, même sans logique et sans vérité, semble donner corps au personnage qui se projette. Il faut que « ça parle »… De plus, l’attente lancée d’emblée par Clov (« en attendant qu’il me siffle ») permet la survie dans la mesure où elle est germe de vie et de suspens.
Conclusion :
Ce texte d’ouverture sert de tremplin à la lecture de l’œuvre. S’approprier l’univers scénique à travers la lecture de la longue didascalie initiale et déceler dans les premiers mots de Clov une expansion du titre même, ouvre un horizon d’attentes toutes particulières : entre l’attente et le néant, simulacre de vie et de réalité, la partie va-t-elle finir ?

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