Anthropologie d'un point de vue pragmatique, Kant - Cours de Philosophie avec Maxicours - Lycée

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Anthropologie d'un point de vue pragmatique, Kant

Objectif : qu'est-ce qui, dans la pensée de Kant, conditionne la faculté de l'homme à se penser soi-même comme sujet et le distingue donc de l'animal ?
1. Présentation du texte
a. L'auteur

Kant (1724-1804) a consacré sa vie entière à enseigner la  philosophie. En établissant de manière critique les limites de la connaissance humaine, Kant fait la synthèse entre l’idéalisme et l’empirisme. Il invente la philosophie transcendantale qui n’est ni sensible, ni intelligible mais dans l’entre-deux. Elle met en évidence la nécessité de d’abord penser la finitude de l’esprit humain pour ensuite envisager l’absolu. Son problème est toujours de savoir comment une connaissance, qu’elle soit théorique ou pratique, est-elle possible ?

b. L'extrait

Kant, Anthropologie d’un point de vue pragmatique, trad. Foucault, Livre I, §1
« Une chose qui élève l’homme (…) maintenant il se pense. »

  • Objet du texte
    L’étude de l’homme, à partir de l’expérience concrète et empirique, montre que sa capacité à parler de lui à la première personne du singulier intervient à un moment irréversible de son évolution. Cet événement est constitutif de l’humanité de l’homme. Kant substantive le pronom « Je » pour en faire un concept contenant en puissance toute la raison humaine. Le « je » est ainsi l’indice d’une subjectivité de l’être raisonnable (l’homme) qui se démarque de l’objectivité des choses de la nature.
  • Problème du texte 
    Que manifeste le fait, pour l’homme, de dire « Je » ? Plus exactement, que peut-on déduire de ce pronom personnel ? N’est-il qu’une convention grammaticale ou plus que cela ?
  • Thèse
    Le fait de dire « Je » offre à l’homme un accès privilégié à l’unité de sa conscience qui fonde l’unité de la personne humaine irréductible au monde des choses.
    Dire «  je » est un moment irréversible de l’évolution de l’homme puisqu’ il devient capable de se reconnaître et donc de s’identifier à soi-même. Cette faculté de dire « Je » est interprétée par Kant comme le fait de devenir une personne humaine c’est-à-dire un sujet libre d’agir conformément à la raison.
2. Principales étapes de l’argumentation

Ce texte est traversé par l’opposition entre le monde des choses et le monde humain. Il faut comprendre ainsi ce qui permet de tracer une telle ligne de démarcation entre la nature et la raison humaine. L’enjeu est moral plus que simplement anthropologique. Dire que l’animal appartient aux choses ne veut pas dire qu’il est inerte ou inanimé mais qu’il n’a pas d’existence raisonnable donc morale.

a. La thèse essentielle de Kant

Le fait de dire « Je » « élève l’homme au-dessus de toutes les autres créatures qui vivent sur la terre ».

Parler à la première personne, c’est parler à partir de soi-même et ainsi c’est présupposer une faculté que seul l’homme possède : cette faculté est la conscience de soi qui rend possible la notion de personne humaine. L’élévation a un sens indéniablement moral, au sens de dignité et de supériorité de l’homme au sein du règne de la nature.

Précisons : la notion de personne humaine implique d’être un sujet libre capable de répondre de soi devant les autres. Or le fait de dire « Je » pour l’homme lui permet d’ « être capable d’avoir la notion de lui-même » ; il ne s’agit donc pas d’un simple pronom personnel mais d’une notion qui permet à l’homme de rapporter ses représentations (impressions, sensations, réflexions) à un foyer ou une unité de conscience. Le fait de dire « Je » nécessite en droit d’être une personne morale, responsable et respectable ayant des droits et des devoirs. La notion de sujet (Je) rend possible d’être soi-même au sens d’avoir une ipséité, capacité de demeurer un seul et même être dans le temps. 

Les animaux ont bien une individualité mais elle n’est pas réfléchie et consciente d’elle-même, sans personnalité elle ne parvient pas au rang d’une véritable subjectivité. Pour cette raison, il existe une différence de nature entre l’homme et l’animal rejoignant l’abîme entre le domaine des choses naturelles et le domaine des êtres raisonnables.

b. Le lien entre la subjectivité et l'entendement

Ce second moment fait un pas de plus qui n’est pas sans poser des difficultés : Kant va identifier le fait de dire « Je » à la faculté de connaître qu’il nomme l’entendement, faculté de juger et de penser spécifiquement humaine.

Pour cela, le « Je » est l’indice d’une nécessité de la pensée : l’argument consiste à affirmer que le pronom « Je » est plus qu’une simple forme linguistique contingente, sa fonction est d’exprimer la pensée humaine qui transcende les particularités linguistiques. Autrement dit, le fait de dire « Je » n’est que l’indice de la présence en l’homme d’une faculté : l’entendement. Entendement vient étymologiquement d’entendre signifiant originellement « tendre vers », « porter son attention sur » donc comprendre et par là-même connaître. Cette faculté est une disposition innée de l’être humain qui trouve sa manifestation dans le pronom « Je ». Le sujet (Je) est avant tout une fonction de l’entendement et il lui sert de support pour organiser ses représentations.
De manière plus radicale, le langage est second par rapport à la faculté de penser, il ne fait que seconder la capacité humaine de penser.

c. L'entendement est-il une faculté innée chez l'homme ?

Ce troisième moment est significatif de la difficulté du texte, puisque le « Mais » indique que Kant reconnaît qu’empiriquement la capacité de dire « Je » n’apparaît que tardivement chez le petit enfant. Que peut-on en déduire ?

L’exemple donné par Kant illustre toujours la même idée essentielle selon laquelle la fonction du « je » est un événement décisif dans la prise de conscience de soi et de sa personnalité. Mais en même temps, il peut infléchir le paragraphe précédent puisque la faculté de « se penser » n’intervient qu’après la faculté de « se sentir ».  Alors que l’enfant parle à la troisième personne de lui-même, il n’a pas conscience d’être un sujet mais il parle de lui comme d’un objet à qui il arrive des sensations comme manger, parler etc. Or l’événement décisif est cette capacité à devenir le sujet de ses actions et ainsi de penser que ce qui arrive est inséparable de moi et de mes actes d’où la notion de personne et de responsabilité qui peuvent naître de ce rapport singulier entre le sujet et ses actions.

Cependant, cet exemple pourrait servir de contre-argument en prouvant que la faculté de penser (entendement) n’est peut-être pas innée en l’homme puisqu’elle dépend essentiellement du fait de s’exprimer en première personne.

L'essentiel

La difficulté de ce texte semble du côté de l’interprétation du rôle du langage dans la subjectivité humaine. Kant se sert du pronom personnel pour en faire un phénomène exemplaire attestant de l’existence en l’homme d’un entendement, d’une raison qui le démarque de toutes choses naturelles. L’homme n’est pas un être seulement naturel parce qu’il possède la raison dont le langage n’est qu’un mode empirique de manifestation. Dire « Je » est un fait signifiant en droit « être raisonnable ». Or peut-on séparer aussi nettement le fait linguistique du droit de la raison ?
Nous pouvons souligner que cette idée sera contestée par la linguistique contemporaine. Par exemple,Benveniste montrera que le pronom « Je » est originairement ce qui fonde la subjectivité humaine. Les catégories de la pensée sont inséparables des catégories de la langue, on ne peut alors plus affirmer une quelconque priorité de l’une sur l’autre (cf. Problèmes de linguistique générale).

 

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