Le langage - Cours de Philosophie Terminale L avec Maxicours - Lycée

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Le langage

1. Les fonctions du langage
On conviendra volontiers que, sans les langages parlés et écrits, la communication se trouverait en défaut. Nous disposons, pour les cas d'empêchements forcés (distance, handicap, etc.), de techniques et d'expédients divers : des cris, des gestes, des codes (braille, sémaphores, etc.), qui peuvent transmettre des messages. Les nécessités de la vie qui cherche secours sont peut-être l'impulsion originelle qui a donné naissance aux signes – à moins que ce ne soient les sentiments, l'amour par exemple, dont la nature essentielle ne se traduit pas en actions, mais qui exige fortement d'être transmis ; le développement du langage a investi ensuite tous les domaines.

Tous les moyens qui sont ainsi employés servent au moins une des fonctions dites linguistiques (chacune d'elles peut être rapportée à une valeur spécifique, signalée entre parenthèses) : 1) un sujet s'exprime pour se donner à connaître lui-même (valeur : la sincérité) ; ou 2) pour faire référence à des choses du monde (la vérité) ; ou 3) à l'intention d'autrui, pour obtenir de lui quelque chose (la légitimité) ; ou encore 4) simplement pour établir un contact (la politesse) ; parfois aussi 5) pour mettre en valeur la matière du langage lui-même (la beauté) ; enfin 6) pour réfléchir sur les modalités mêmes de la communication ou les mettre en cause (cf. O. Reboul, Langage et idéologie).

Tout message témoigne quoi qu'il en soit d'une aptitude à prendre appui sur des éléments matériels pour signifier. Un apprentissage fondamental chez l'homme consiste à répondre à la question « Qu'est-ce que cela veut dire ? »

2. Le langage dans la diversité de ses usages
a. Décrire
D'abord, dans sa version désignative, le langage ne sert, à la rigueur, qu'à mettre en correspondance d'une part des signes et d'autre part certains événements ou états du monde. Les mots ont la capacité de renvoyer à autre chose qu'eux-mêmes, de manière quasi immédiate et de telle sorte que nous les oublions eux-mêmes dans le flux des paroles. Nous les requérons pour faire des distinctions, par exemple, la succession (la nuit, le jour), les relations de causalité ou de réciprocité, la substance et les qualités, etc.

Un tel langage conviendrait à un monde de purs objets ; ou du moins convient-il dès lors que nous voulons avoir affaire à un monde d'objets. La logique et les sciences cultivent dans ce but les langages formalisés, les systèmes codifiés, qui éliminent toute ambiguïté dans l'usage des signes : organisés dans un but de pure opérativité technique, ils constituent un moyen fiable, efficace, directement communicable, à visée universelle.

b. Exprimer
Mais le langage n'est pas strictement lié par les visées d'utilité : qu'on pense, dans un premier temps, aux œuvres d'imagination, à la poésie, à la conversation quotidienne, à la philosophie. Il importe dans ces domaines de ne pas se limiter aux choses, ni même à la seule volonté de connaître. Il importe aussi de penser l'impalpable et l'inutile, de trouver les mots pour différencier le bien et le mal, ou l'amour et la haine, quitte à en montrer aussi la proximité, l'inséparabilité, la réversibilité. Le langage s'émancipe alors de ses fonctions logiques, il accompagne la vie dans ses détours pour en épouser tout le détail particulier, même s'il reste impuissant à en déceler les ressorts cachés. Il a alors une dimension « expressive » : autrement dit, il incarne un phénomène de telle manière que celui-ci est rendu « manifeste », sans qu'on puisse se référer à une situation où il serait plus directement accessible. On ne peut pas se détourner de l'expression (en ce sens fort) pour considérer la chose elle-même, car la chose dont il s'agit (le sentiment, la croyance, etc.) n'a précisément pas de meilleure visibilité que cette expression. Par exemple, les humeurs et les sentiments d'autrui sont présents sur son visage « de la seule manière dont ils puissent être manifestes dans l'espace public » (C. Taylor, La Liberté des Modernes).
c. Faire advenir
Enfin, le langage a une valeur instituante : non certes indépendamment de tout contexte, mais la prise de parole fait césure, elle veut commander au réel et modèle les formes où prend corps le vœu de liberté. Les linguistes ont inventé un mot pour exprimer cela : est « constatif » un terme ou un énoncé dont la signification s'épuise à décrire le réel et qui ne peut transmettre qu'une information ; est « performative » en revanche la phrase qui constitue par elle-même une action (cf. J. Austin, Quand dire, c'est faire). Par exemple, quand le président d'une assemblée déclare « la séance est ouverte », il la fait être telle. Mais les performatifs ne sont pas nécessairement liés à une compétence politique ou judiciaire, car tout un chacun peut, s'il le désire, chercher le succès dans la « performance » artistique (au risque de l'incompréhension, certes), et doit, quoiqu'il lui en coûte, assumer les responsabilités et les conséquences morales liées à ses promesses ou exercer, pour évoquer le cas le plus délicat, le pouvoir de pardonner qui délie autrui de sa faute. De toute façon, toute prise de parole, du fait même qu'elle réalise un détour par rapport à l'action brute, possède une signification éthique spéciale : parler, c'est exiger et c'est promettre.

Le langage correspond donc à la volonté de l'homme, animal symbolique, d'élaborer les meilleurs critères de compréhension, par des méthodes d'interprétation et par le dialogue. Mais il constitue aussi par lui-même des paradoxes : mis au service de la pensée, il fait aussi écran devant la réalité ; moyen privilégié de l'échange et de la communication, il favorise la propagande et l'idéologie ; structure formelle opposée à l'indifférence de la nature et de la mort, il se nourrit en profondeur du silence qu'il médite et qu'il rejoint. Il n'est donc jamais autant conforme à sa fonction essentielle que lorsqu'il transgresse ses propres formes et convoque l'être parlant à une expérience de ce qui ne se dit pas.

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