Une grille de lecture géoculturelle - Maxicours

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Une grille de lecture géoculturelle

En 1993, après la chute du mur de Berlin (1989) et la disparition de l'URSS (1991), un politologue américain éprouve le besoin de clarifier le monde nouveau qui émerge : selon lui, à la logique binaire de la Guerre froide succède un monde chaotique structuré autour de neuf civilisations plus ou moins belliqueuses. Ce schéma, simpliste et très approximatif, remet sur le devant de la scène le facteur culturel comme facteur explicatif de l'organisation du monde. Pourtant, 20 ans après, on constate que la situation est encore plus complexe : d'une part, des ensembles culturels se dégagent effectivement, mais ils ne sont pas homogènes, d'autre part, une certaine uniformisation existe.  

Problématique : La culture s'uniformise-telle en se mondialisant ?

On devra garder à l'esprit les deux définitions de la culture :
- celle des anthropologues, pour qui la culture est l'ensemble des normes et représentations qui permettent à un individu de se sentir intégré dans un groupe, une société, et de se sentir différents des membres des autres groupes. Cet ensemble est transmis par des traditions, sans cesse reformulées selon le contexte historique. La culture n'est donc pas un élément figé.
- celle des sociologues, pour qui la culture est l'ensemble des créations artistiques (films, musique, littérature). 

Quelle que soit la définition retenue, la culture subit très fortement l'influence de la mondialisation. 
1. On constate l'émergence d'une culture mondiale
a. La prégnance de la culture occidentale
La culture américaine, jouissant d'un véritable savoir-faire, a su construire un modèle à portée mondiale à tel point qu'on peut parler d'hégémonie. Par exemple, le film Avatar, sorti en 2009, a été projeté dans 18 000 salles à travers le monde. Le livre Da Vinci Code, sorti en 2003, a été vendu à plus de 40 millions d'exemplaires. Aucune autre culture n'a ce rayonnement.

Cette domination ne s'est pas traduite par une américanisation des goûts culturels mais par leur standardisation. Émerge ainsi une culture mondiale, que les pays du Sud (comme l'Inde) savent emprunter et nourrir. En effet, Bollywood (quartier de Bombay qui abrite les studios de cinéma) fabrique des films commerciaux dont les ressorts narratifs sont souvent inspirés des films hollywoodiens. On peut donc dire qu'il existe une culture mondiale dominante, formatée, qui se décline selon les particularités locales et s'exporte très bien. 

Cette nouvelle culture mondiale a suscité des revendications en faveur de la protection de la diversité culturelle. En 2001, l'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture) a adopté une convention pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles. La France, de son côté, a développé le concept d'exception culturelle : les créations (cinéma, littérature, musique) ne sont pas soumises aux règles de l'OMC (Organisation mondiale du commerce) comme le sont les marchandises en général. La France se garde le droit de favoriser son industrie culturelle en l'aidant financièrement et en la protégeant - dans une certaine mesure - de la concurrence étrangère.

Cependant, certains particularismes affirmés peuvent être fantasmés ou fabriqués, et peuvent se traduire par une fermeture et un repli identitaire dommageable. 
b. Une relative uniformisation des modes de vie
La culture occidentale domine dans le monde. Cette domination occidentale s'articule autour de vecteurs culturels bien précis. 
Dans le domaine de la culture, stricto sensu, les films, les séries et les shows télévisés, la musique, les livres et bandes dessinées sont efficaces mais ils ne sont pas les seuls.

D'autres pratiques culturelles (au sens large cette fois) sont des fers de lance fondamentaux tels la mode, à travers des marques devenues des icônes : Nike, Adidas, Levis, ou Dior (largement contre-fait), l'alimentation (Coca-cola, Mc Donald), le sport (Jeux Olympiques ou football). C'est ainsi la vie quotidienne d'une bonne partie de la planète qui s'est modifiée, avec les objets-symboles qui s'y attachent : baskets, jeans, télé, radio et plus récemment les smartphone.

L'exemple du football est aussi marquant : il naît en Angleterre au milieu du 19e siècle, et s'exporte sur le continent début 20e. La FIFA (Fédération internationale de football association) est créée en 1904, par 7 pays européens. Tout au long du 20e siècle, la pratique se diffuse, et ce sport devient un véritable business : en 1983, le club anglais de Tottenham entre en bourse, les clubs et les joueurs s'enrichissent considérablement. C'est cette logique mercantile qui explique la tenue de la coupe du monde de 1994 aux États-Unis et celle de 2002 en Corée et au Japon, des pays sans culture footballistique. Mais son rôle n'est pas qu'économique car il est souvent solliciter pour répondre à des impératifs diplomatiques de réconciliation/négociations, comme la rencontre en l'Arménie et la Turquie en 2008.
2. La mobilité nouvelle et les progrès technologiques expliquent cette mondialisation culturelle
a. La mobilité humaine
La mobilité recouvre deux réalités très différentes mais qui chacune participe au mouvement de mondialisation culturelle, dans la mesure où elles mettent en contact des populations aux origines culturelles différentes :
- les migrations temporaires que sont les flux touristiques,
- les migrations définitives : l'émigration

Un phénomène retient particulièrement l'attention, c'est celui de la diaspora. C'est une « dispersion de population » comme l'indique l'étymologie du terme, qui implique la reproduction, hors de son lieu d'origine, de communautés d'appartenance et de liens de solidarité. Certaines diasporas sont mondiales (les diasporas libanaise, chinoise et indienne) d'autres sont plus locales (comme les philippines dans le Sud-est asiatique ou la diaspora marocaine en Europe). 
b. Le rôle des technologies de l'information et de la communication (TIC)
Deux facteurs matériels rendent le métissage culturel possible :

- la baisse des coûts de transport des marchandises, permettant la généralisation de la consommation de biens tels que la télévision, le téléphone portable, les ordinateurs, 

- la révolution numérique qui intègre Internet, la télévision numérique, etc.
Il faut pourtant se garder de généralisation abusive : seul un quart de l'humanité est connecté à Internet, et il y a encore 1,5 milliard de personnes qui vivent sans électricité. On compte quand même 2 milliards d'internautes en 2010, dont 825 millions en Asie, 475 en Europe, 470 en Amérique et seulement un peu plus de 100 millions en Afrique. Ce fossé, qui reflète les inégalités économiques de la planète, pourrait diminuer grâce à la mise en vente d'ordinateurs très bon marché. 
3. Les particularités culturelles, à toutes les échelles, restent fortes
a. Au niveau religieux
• La religion : un phénomène difficile à cartographier
En effet, à cause des bouleversements fréquents, de la mobilité des individus et du caractère souvent intime de la pratique religieuse, la définition des frontières religieuses est mal aisée. 

D'autre part, certaines cultures, comme la culture chinoise, échappent aux catégories strictes des religions monothéistes. En Chine, plusieurs influences se chevauchent comme le bouddhisme, le taoïsme, le confucianisme (qui est une philosophie et non une religion) et le culte des ancêtres. 

• Les 5 grands ensembles
Le Christianisme, avec 2 milliards de croyants, est la religion la plus répandue. Mais il faut faire attention car sa géographie s'est radicalement transformée depuis une cinquantaine d'années :
- l'Europe ne représente plus que 25% des chrétiens (avec 280 millions de catholiques, 150 millions d'orthodoxes, et 100 millions de protestants). Les trois principaux pays catholiques étaient la France, l'Allemagne et l'Italie. Aujourd'hui, ce sont le Brésil, le Mexique et les Philippines.
- Le développement du christianisme (catholicisme ou protestantisme pentecôtiste) est très fort dans le Sud : Amérique latine, Afrique, Asie, par son prosélytisme et sa croissance démographique.
 
L'Islam a, lui aussi, beaucoup évolué. Aujourd'hui, les principaux pays musulmans ne sont plus arabes car il s'agit de l'Indonésie, du Bangladesh, de l'Inde, du Pakistan, de l'Iran (Perses) et de la Turquie. En Europe, la population musulmane est évaluée à 16 millions de personnes soit 3% de la population. Aux États-Unis, il y a 3,5 millions de musulmans soit 1% de la population. 

L'Hindouisme est la 3e religion la plus répandue avec 1 milliard de croyants. Contrairement aux deux autres, elle n'a pas quitté son berceau originel et se développe par croissance démographique car elle n'est pas du tout prosélyte. Ainsi, en Inde, il y a plus de 80% d'hindous. 

Le Judaïsme est une « petite religion » par le nombre de ses adeptes : 14 millions, dont 5 millions en Israël (sur une population de 6 millions) et 5 millions aux États-Unis. D'autres foyers juifs existent : il y a par exemple en France à peu près 600 000 juifs.

L'Animisme est une religion importante : elle est la première religion de l'humanité et reste très présente à travers des syncrétismes nombreux.
 
Doc. 1. La diversité religieuse dans le monde

b. Au niveau linguistique
Il existe encore aujourd'hui une diversité linguistique très grande : 6 000 langues différentes sont parlées dans le monde. Pourtant beaucoup sont en train de disparaître. 500 langues sont parlées par moins de 100 locuteurs, souvent vieux, et elles disparaîtront avec eux. En effet, elles sont menacées par l'extinction de leur population (peuples de Nouvelle-Guinée, des Andes, etc.) et par l'affirmation de langues officielles véhiculaires. Ainsi le Breton, parlé il y a à peine un siècle par 1 million de personnes, aujourd'hui par 200 000, dont la plupart ont plus de 60 ans. L'UNESCO considère que le breton est une langue en grand danger. 

Cette polarisation linguistique se fait au profit d'une dizaine de langues, dont l'usage s'impose dans la vie courante, le monde des affaires, Internet, etc. Ce sont, dans l'ordre : le chinois-mandarin, l'anglais, l'espagnol, le russe, le français, l'hindi-ourdou, l'arabe, le portugais, le bengali et le japonais

Doc. 2. La diversité linguistique dans le monde
c. Des civilisations ?
En croisant les facteurs religieux, linguistiques, culturels, et les traditions et sentiments d'appartenance, S.Huntington, dans son livre Le choc des civilisations, fait apparaître neuf ensembles.

C'est une vision simpliste de la réalité culturelle puisque, par exemple le Kazakhstan est à majorité musulman, alors qu'il l'inclut dans le bloc orthodoxe. Autre exemple : l'appartenance de l'Afrique du Sud au bloc africain est elle aussi un sujet à débats. 
L'intérêt de sa démarche reste de souligner que l'appartenance culturelle reste un élément important, source de solidarité comme de conflits pour expliquer l'organisation du monde. 
L'essentiel
La mondialisation a une composante culturelle indéniable. Que l'on définisse la culture au sens propre comme la création d'œuvres artistiques, ou au sens large comme un ensemble de pratiques issues de traditions, à ces deux niveaux on constate l'émergence d'un métissage. À l'origine très marqué par la culture occidentale, il est aujourd'hui le fruit d'un mélange beaucoup plus vaste, permis notamment par la naissance d'un « web interactif », le web 2.0. Pourtant, les réticences et les oppositions sont nombreuses, et les particularités locales restent fortes.  

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