Un extrait de Voltaire : Candide, chapitre VI - Cours de Français avec Maxicours - Lycée

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Un extrait de Voltaire : Candide, chapitre VI

1. Présenter l'extrait
a. Présenter l'auteur
Voltaire est un « philosophe des Lumières », c'est-à-dire un intellectuel du XVIIIe siècle qui préconise l'usage de la raison pour appréhender le monde, plutôt que de s'en remettre à des croyances ou à des préjugés. L'ennemi majeur de Voltaire, c'est le fanatisme, qu'il appelle parfois « l'infâme » pour ne pas avoir à le nommer.
Cet écrivain a pratiqué de nombreux genres littéraires, mais ses contes philosophiques, comme Candide, mais aussi Zadig ou Micromégas, comptent parmi ses textes les plus célèbres.
b. Présenter l'oeuvre et situer le passage
Candide est un conte philosophique, c'est-à-dire un récit merveilleux qui doit instruire le lecteur. Le conte philosophique s'attache le plus souvent à illustrer une notion en particulier. Pour Candide, il s'agit de l'optimisme (voir sous-titre du conte). Voltaire choisit de parler de l'optimisme pour se moquer d'un philosophe, Leibniz, qu'il juge exagérément optimiste. Dans l'histoire, c'est le personnage de Pangloss, le précepteur de Candide, qui incarne cet optimisme excessif, en répétant sans cesse : « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. » L'optimisme de ce personnage est véritablement ridicule, puisqu'il perdure malgré les leçons de l'expérience.
Candide, lui, fait l'expérience du mal à travers de nombreuses aventures. Dans notre extrait, il est confronté à une expérience radicale : celle de l'exécution de son maître et ami, Pangloss, qui apparaît comme totalement injustifiée et ridicule.
c. Annoncer des axes de lecture
Sur le ton léger de la comédie, le passage raconte cette exécution et celle d'autres malheureux. Ce récit comique d'un événement tragique fera l'objet de notre premier axe d'étude.
Au-delà de l'apparente légèreté du texte se manifeste son intérêt profond : la dénonciation du fanatisme.
2. Premier axe de lecture : le récit comique d'un événement tragique
a. Un texte narratif
  • Un narrateur

    Un narrateur raconte l'histoire. Le récit est à la troisième personne : répétition du pronom « on » (l. 8, 10 et 16) pour désigner les inquisiteurs, « ils » (l. 15 et 20) pour désigner Candide et Pangloss.
    Le narrateur paraît adopter un point de vue (ou une focalisation) externe par rapport à l'histoire racontée : les événements et les personnages sont vus de l'extérieur et présentés de façon apparemment neutre et objective. Par exemple, on ne condamne à aucun moment l'absurdité des décisions prises par l'Inquisition ni leur cruauté. Le récit de l'exécution de quatre personnes (le Biscayen, les deux Portugais et Pangloss) ne donne lieu à aucun commentaire.
    L'ironie est seulement perceptible par endroits (ex. : « sermon très pathétique », « belle musique », l. 21-22) : le narrateur se moque du cérémonial hypocrite derrière lequel se cache en fait une grande cruauté.

  • Des événements qui semblent se succéder de façon logique

    La succession est rendue par l'usage des temps verbaux : plus-que-parfait pour les actions antérieures (tout le premier paragraphe), puis passé simple au moment où l'on prend l'action en cours (« on vint lier après dîner... », l. 10). Le premier paragraphe rapporte les décisions prises par l'Inquisition, tandis que le second raconte ce qui en résulte (l'autodafé).
    On relève plusieurs indicateurs temporels : « après le dîner » (l. 10), « huit jours après » (l. 15).
    On remarque également l'usage du connecteur « en conséquence » (l. 8). Celui-ci donne à penser que les actions racontées ont un sens, s'enchaînent de façon logique. En fait, ce qui se passe n'a rien de logique, puisque ce sont des exécutions arbitraires qui sont racontées ici. Pourtant, le récit de ces événements tragiques adopte une tonalité comique.

b. Un récit comique
La tonalité comique passe par deux procédés majeurs :
  • L'absurde

    L'absurde révèle le caractère étrange ou incompréhensible de faits ou de personnages, joue sur le décalage entre les événements et leur interprétation. L'absurde est présent ici, puisque des événements en entraînent d'autres sans aucune logique.

    Exemple n° 1 :
    « les sages du pays n'avaient pas trouvé moyen plus efficace pour prévenir une ruine totale que de donner au peuple un bel auto-da-fé » (l. 2-4).
    Le narrateur met en relation une action (faire un autodafé) et un objectif (éviter que la ville ne soit entièrement détruite) qui sont totalement incompatibles, qui n'ont aucun rapport l'une avec l'autre. D'ailleurs, la nature leur donne tort alors que l'exécution des condamnés vient juste de s'achever : « Le même jour la terre trembla de nouveau avec un fracas épouvantable » (l. 26-27).

    Exemple n° 2 :
    « deux Portugais qui en mangeant un poulet en avaient arraché le lard » (l. 9-10).
    Le bon sens voudrait que l'on considère ce qu'ils ont fait comme quelque chose de négligeable, qui ne concerne qu'eux et ne gêne personne. Or, l'Inquisition transforme cette action en un crime puni de mort. La disproportion entre la « faute » et le châtiment crée l'absurdité de la situation.

    Exemple n° 3 :
    « Candide fut fessé en cadence » (l. 23).
    C'est là un châtiment totalement idiot (et invraisemblable) qui donne à la situation un caractère absurde.

    Exemple n° 4 :
    « Pangloss fut pendu, quoique ce ne fut pas la coutume » (l. 25).
    Les modes d'exécution eux-mêmes ne répondent à aucune logique. Alors que l'exécution du Biscayen et des Portugais respectait la décision de départ, celle de Pangloss n'a plus aucun rapport avec l'autodafé et s'oppose même à la tradition locale. On est dans l'absurde complet.

  • L'ironie

    L'ironie consiste à exprimer des idées contraires à ce que l'on pense en réalité (antiphrase) ou à faire tenir des propos exagérés, absurdes et ridicules à ceux que l'on veut dénoncer. L'ironie apparaît dans le texte sous ces deux formes : l'antiphrase et la dénonciation du ridicule des inquisiteurs.

    Exemple n° 1 :
    Les inquisiteurs tiennent des propos à la fois ridicules et absurdes. Ils jugent que brûler des gens est pour eux « un secret infaillible pour empêcher la terre de trembler » (l. 7), présentent l'autodafé comme quelque chose de beau (« un bel auto-da-fé », l. 4 ; « le spectacle de quelques personnes brûlées à petit feu », l. 5-6).

    Exemple n° 2 :
    Quand il parle des « sages du pays » (l. 2), le narrateur s'exprime par antiphrase. Car les actes de ces prétendus savants sont loin d'être sages.

    Exemple n° 3 :
    L'antiphrase apparaît dans la description des cellules dans lesquelles sont enfermés les condamnés : « des appartements d'une extrême fraîcheur, dans lesquels on n'était jamais incommodé du soleil » (l. 13-15) désignent en fait des cachots exigus, froids et humides.

Le narrateur adopte donc un ton comique pour raconter des faits à la fois absurdes et violents. Il s'agit de montrer au lecteur que l'Inquisition est inhumaine et stupide. Pour cela, on ne cherche pas à le toucher, à l'émouvoir (pas de commentaire, pas de description des sentiments des personnages...), mais à le faire rire. L'humour est donc utilisé pour traiter d'un sujet sérieux.

3. Deuxième axe de lecture : la dénonciation du fanatisme
Le fanatisme, c'est la « foi exclusive en une doctrine, une religion, une cause, accompagnée d'un zèle absolu pour la défendre, conduisant souvent à l'intolérance et à la violence » (définition du Petit Robert).
A travers ce récit, on retrouve Voltaire dénonçant le fanatisme. En effet, on connaît les positions du philosophe concernant les excès des dogmes et des pratiques religieuses, son intervention lors de l'affaire Calas pour dénoncer l'intolérance à l'égard du protestantisme. Sachant cela, on peut considérer que ce texte a pour fonction d'avertir le lecteur des dangers du fanatisme. A partir d'une histoire imaginaire, les contemporains de Voltaire doivent transposer les situations dans leur pays et à leur époque pour s'élever contre les injustices.
Dans le texte, le fanatisme est dénoncé à travers les trois principales formes qu'il prend.
a. L'intolérance religieuse
  • Des pêchés lourdement condamnés

    Le non-respect des interdits religieux est interprété de manière extrêmement sévère. C'est ce que montre l'exemple du Biscayen « convaincu d'avoir épousé sa commère » (l. 8-9 ; ici, convaincu veut dire « dont on a pu prouver la culpabilité »). En effet, si l'Eglise catholique interdisait le mariage entre le parrain et la marraine (commère) du même enfant baptisé, elle ne préconisait pas forcément de mettre à mort les contrevenants.

  • L'intolérance vis-à-vis des autres religions

    La religion catholique, avec ses pratiques et ses interdits, est exclusive, c'est-à-dire qu'elle ne tolère pas l'existence d'autres religions répondant à d'autres règles. Ainsi, les « deux Portugais qui en mangeant du poulet en avaient arraché le lard » (l. 9-10) sont des Juifs qui respectent l'interdiction de manger du porc. Ce sont donc des gens croyants, respectueux de rites religieux. Simplement parce que leur religion n'est pas la religion catholique, ils sont considérés comme des hérétiques, et pour cette seule raison condamnés.

b. Les entraves à la liberté d'expression
  • L'exemple de Pangloss

    L'exécution de Pangloss, elle, permet de dénoncer la façon dont l'Eglise catholique s'oppose à la liberté d'expression. En effet, ce personnage est un « docteur » (l. 11), c'est-à-dire un savant, quelqu'un d'instruit. Il symbolise donc les intellectuels ou les artistes qui ont des idées à exprimer, des opinions à défendre. Quand il est exécuté dans le conte, c'est seulement « pour avoir parlé » (l. 8). Le texte ne prend pas la peine de préciser ce qu'il a dit, car il s'agit simplement de montrer que l'Eglise ne tolère pas que l'on s'exprime librement.
    Pangloss (qui est souvent ridicule dans l'ensemble du conte) devient ici le représentant de tous ceux que l'Eglise fait taire par la force.

  • La réalité historique

    Ce que vise Voltaire, à son époque, c'est le pouvoir dont jouit l'Eglise dans ce domaine. A travers l'Index, catalogue des livres dont le Saint-Siège interdisait la lecture pour des motifs religieux, elle avait en effet le pouvoir d'interdire des livres et de condamner leurs auteurs.

c. La superstition
La bêtise des inquisiteurs consiste à établir des liens de causalité absurdes entre des faits n'ayant aucun rapport les uns avec les autres. Ainsi, ils pensent qu'un autodafé peut empêcher la terre de trembler. Le texte montre le caractère stupide de cette superstition, qui est un comportement irrationnel vis-à-vis du sacré, en racontant comment la nature la contredit : « Le même jour la terre trembla de nouveau avec un fracas épouvantable » (l. 26-27). Les phrases qui racontent la fin de l'exécution et le nouveau tremblement de terre sont juxtaposées pour frapper le lecteur.
Ce que dénonce Voltaire dans la superstition, ce n'est pas seulement sa bêtise, c'est aussi la violence qu'elle engendre. En effet, les préjugés stupides des inquisiteurs entraînent la mort de plusieurs personnes.
4. Conclure
a. Mettre en évidence la portée argumentative du texte
Ce texte présente le combat d'un philosophe contre l'intolérance. Voltaire se bat ici contre ceux qui ne tolèrent pas d'autres religions que la leur, mais aussi, plus globalement, contre ceux qui s'en prennent à la liberté d'expression ou d'opinion.
b. Faire apparaître la stratégie argumentative de l'auteur
Comme beaucoup de philosophes des Lumières, notamment Montesquieu dans les Lettres persanes, Voltaire utilise des moyens détournés pour se livrer à cette condamnation. La voie du conte (c'est-à-dire de la fiction), plutôt que celle de l'essai, montre que le philosophe cherche à rendre attrayants les propos sérieux qu'il tient. Sans doute cherche-t-il aussi à éviter la censure.

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