Dom Juan : lecture méthodique 3 - Cours de Français avec Maxicours - Lycée

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Dom Juan : lecture méthodique 3

Dom Juan de Molière
Lecture méthodique : Acte V, scènes 5 et 6

1. Le passage
2. Présentation du passage
Dans Dom Juan de Molière, le dénouement est préparé pendant toute la pièce, ce qui donne sa dimension tragique : Dom Juan le séducteur libertin est averti à plusieurs reprises par son valet et sa femme Elvire qu’« une méchante vie amène une méchante mort » (I, 2) et que « les libertins ne font jamais une bonne fin » (I, 2). Le début de l’acte V précipite le châtiment annoncé : Dom Juan joue le faux dévot devant son père Dom Louis et devant les frères d’Elvire. Cette hypocrisie, ultime affranchissement à la morale, précède la mort de Dom Juan qui se joue aux scènes 5 et 6 de l’acte V.
3. Les axes d’étude
a. Le dénouement : le châtiment final de Dom Juan
Deux instruments du dénouement : le Spectre et la Statue, deux apparitions surnaturelles qui ont un rôle différent.
  • Le spectre

    Le spectre arrive au moment où Dom Juan convoque le Ciel pour avoir la certitude que Dieu ne peut souffrir sa dernière horreur qu’est l’hypocrisie (V, 4 : « Si le Ciel me donne un avis, il faut qu’il parle un peu plus clairement, s’il veut que je l’entende »).

    Le spectre apparaît donc comme un envoyé du Ciel. Il demande à Dom Juan s’il veut se repentir, c’est-à-dire demander pardon pour ses fautes : « Dom Juan n’a plus qu’un moment à pouvoir profiter de la miséricorde du Ciel ; et s’il ne se repent ici, sa perte est résolue ». Devant le refus de Dom Juan, le spectre se métamorphose (« Le spectre change de figure et représente le temps avec sa faux à la main » : allégorie de la mort ; Dom Juan voit donc sa mort prochaine devant lui). La disparition du spectre qui « s’envole dans le temps » montre que le Ciel qui voulait lui accorder son pardon s’il se repentait, l’abandonne.

    Le spectre annonce et fait voir à Dom Juan sa mort tout comme Elvire lors de ses avertissements répétés. D’ailleurs on peut rapprocher ce spectre d’Elvire. En effet le spectre est une « femme voilée » (didascalie du début de la scène 5) + Dom Juan dit « Je crois connaître cette voix ». En plus on sait que Elvire est à nouveau entrée au couvent, qu’elle a pris le voile de bonne sœur : on a donc l’impression que cette femme mise à mal par Dom Juan se venge. Il est puni par où il a pêché (par les femmes).

    → L’apparition du spectre est donc la première étape du dénouement : à la fin de la scène 5, on sait que la mort de Dom Juan est proche. Cet envoyé du Ciel, de Dieu qui aurait pu le sauver, l’abandonne alors aux mains d’une autre figure : la Statue.

  • La Statue du Commandeur

    Points communs et différences entre le Spectre et la Statue : d’un côté une femme voilée et de l’autre un homme tué en duel par Dom Juan. Mais même lien avec la mort : métamorphose du spectre en allégorie de la mort et mort donnée par la Statue à Dom Juan. Cependant on peut dire que seule la Statue réussit proprement à arrêter Dom Juan (« Arrêtez, Dom Juan »), à mettre un terme à sa fuite car Dom Juan tout au long de la pièce ne cesse de se dérober, aux femmes qu’il a séduites, aux frères de Dom Carlos, à son père, à Monsieur Dimanche… Cet arrêt est synonyme de mort.

    Cependant la Statue est associée aux éléments de l’Enfer où se consument ceux qui ont pêché. Champ lexical du feu : « foudres », « feu invisible qui me brûle », « brasier ardent », « feux », « éclairs ». L’image même de la chute de Dom Juan (« la terre s’ouvre et l’abîme ; il sort de grands feux de l’endroit où il est tombé ») montre l’opposition entre le spectre et la statue : le premier est lié à la hauteur (« il s’envole » : image de Dieu dans le ciel), alors que le deuxième est lié aux profondeurs infernales. De plus la douleur exprimée par Dom Juan « Un feu invisible me brûle, je n’en puis plus et tout mon corps devient un brasier ardent. Ah ! » renvoie à la souffrance de ceux qui se retrouvent en enfer.

    → La statue représente donc l’Enfer qui engloutit Dom Juan et le punit ainsi de toutes ses fautes. Ses fautes, ses actions libertines sont d’ailleurs à nouveau prouvées dans ces deux scènes : Dom Juan apparaît comme le disait Sganarelle dans le portrait qu’il faisait de lui à la scène 1 de l’acte I comme un « méchant homme », « un hérétique […] qui ferme l’oreille à toutes les remontrances chrétiennes qu’on lui peut faire, et traite de billevesées tout ce que nous croyons. »

b. L’ultime portrait de Don Juan : un libertin de l’extrême
Evocation à nouveau du caractère de Dom Juan : un vrai libertin, affranchi de toutes les morales et croyances ; un être singulier.

Absence de peur devant ces apparitions : « Non, non, rien n’est capable de m’imprimer de la terreur » dit-il devant le spectre. Devant la Statue il ne montre pas de peur : «  Oui, où faut-il aller ? » et donne volontiers sa main. Une réaction qui contraste avec la peur que l’on peut sentir chez Sganarelle : « Ah ! », « Ah ! Monsieur, rendez-vous à tant de preuves et jetez-vous vite dans le repentir ».

Absence de respect et de soumission devant ces apparitions divines : il les défie, il fait preuve d’insolence (« Qui ose tenir ces paroles ? »).

Il dit encore son matérialisme : il ne croit que ce qu’il voit (« Spectre, fantôme ou diable, je veux voir ce que c’est », « Je veux éprouver avec mon épée si c’est un corps ou un esprit ») ; la répétition de « je veux » est le signe de sa détermination.

Refus de la religion basée sur le pardon et sur le repentir qui est preuve de son athéisme : « Non, non, il ne sera pas dit, quoiqu’il arrive, que je sois capable de me repentir » ; la répétition de la négation renforce son entêtement.

→ On retrouve donc bien ici encore le Dom Juan du début de la pièce. Il n’a pas changé, au contraire il s’est endurci au pêché : il doit donc être châtié. On peut alors se demander dans quelle mesure cette fin est morale.

c. Le sens du dénouement
  • La mort de Dom Juan et la morale

    La mort de Dom Juan est spectaculaire avec l’intervention de deux apparitions surnaturelles avec leur cortège d’effets : apparition/disparition, tonnerre, foudre, terre qui s’ouvre… Une mort à l’image de l’ampleur des pêchés de Dom Juan.

    Une mort qui est montrée : contrairement à la règle de la bienséance (ne pas montrer sur scène de scènes choquantes comme la mort d’un personnage) qu’aurait dû respecter Molière, Dom Juan meurt sur scène sous les yeux du public. Cela doit effrayer le spectateur qui découvre le châtiment réservé aux pêcheurs : une dimension morale, réalisation dans cette scène de la maxime « une méchante vie amène une méchante mort » (acte I, scène 2).

    Sganarelle formule aussi la morale de l’histoire dans sa dernière réplique : « Voilà par sa mort un chacun satisfait […] tout le monde est content ». L’énumération de toutes les victimes de Dom Juan prouve que sa mort est leur vengeance. La fin apparaît donc comme morale, conforme à la morale, c’est-à-dire au bien, puisque celui qui commet des fautes et fait le mal est puni : la leçon à retenir est donc qu’il faut être vertueux. On renvoie à la leçon de Dom Louis : « La vertu est le premier titre de noblesse ».

  • L’ambiguïté finale

    La morale formulée par Sganarelle est entourée par la répétition de « Mes gages, mes gages ». Ces formules ont été, à l’époque de Molière, censurées. Pourquoi ? Parce que, alors que le personnage énonce une morale, il se montre lui-même seulement intéressé par son argent ! Ce qui est comique ! Cette formule a donc été censurée parce que l’attention du spectateur était détournée de la morale et le public pouvait, de cette fin, ne retenir que le comique et le ridicule de la réplique de Sganarelle et donc en oublier la leçon morale !

    On a donc une ambiguïté : Molière veut-il donner une leçon de morale ? Est-ce qu’il condamne vraiment Dom Juan ? Ne dénonce-t-il pas les adversaires des libertins en les représentant à travers le personnage de Sganarelle souvent ridicule et bouffon ? Est-il pour ou contre les libertins ou veut-il dénoncer l’hypocrisie religieuse qui règne dans la société ? Cela reste une question sans véritable réponse.

4. Conclusion
Molière clôt sa pièce par un dénouement traditionnel puisque Dom Juan est châtié comme cela est annoncé tout au long de la pièce.
Mais ce dénouement n’en est pas moins original puisque le dramaturge utilise des effets spectaculaires (difficiles à mettre en scène et qui dérogent à la règle de la bienséance) et qu’il laisse au lecteur-spectateur le soin de croire en la morale de l’histoire.

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