Dom Juan : lecture méthodique 2 - Cours de Français avec Maxicours - Lycée

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Dom Juan : lecture méthodique 2

Dom Juan de Molière
Lecture méthodique : Acte IV, scène 4

1. Le passage
2. La présentation du passage
Dom Juan de Molière met en scène un séducteur châtié de ses impiétés par le Ciel. Tout au long de la pièce plusieurs personnages, comme son valet ou sa femme Done Elvire, lui font des remontrances et tentent de le mettre en garde contre les conséquences funestes de son attitude libertine.
A l’acte IV, scène 4, Dom Juan doit affronter son père : Dom Louis intervient en une longue tirade.
Nous analyserons les différentes tonalités de l’intervention de Dom Louis. Nous montrerons ensuite que Dom Louis tient un discours à la fois accusateur et moralisateur ; enfin nous étudierons la réaction de Dom Juan à ces propos qui le condamne.
3. Les axes d’étude
a. Les tonalités de la scène
  • Un effet de contraste 

    La scène 4 intervient après le face à face entre M. Dimanche et Dom Juan. Cette scène était comique : comique de gestes, de mots qui ridiculise celui-là même qui est venu réclamer son dû.

    → Une rupture de tons entre les deux scènes.

    Le face à face entre Dom Juan et son père apparaît d’emblée plus tendu : Dom Louis est introduit de façon très solennelle par La Violette (« Monsieur, voilà Monsieur votre père ») et Dom Juan marque tout de suite son désagrément (« Ah ! me voici bien : il me fallait cette visite pour me faire enrager » : hyperbole du verbe « enrager » qui marque le sentiment d’hostilité du héros à l’égard de cette arrivée et peut-être tout simplement à l’égard de son père). La tension est renforcée par la réciprocité de sentiments comme le montre Dom Louis : « Je vois bien que je vous embarrasse et que vous passeriez bien de ma venue. A dire vrai, nous nous incommodons étrangement l’un l’autre [NB : étrangement = extrêmement], et si vous êtes las de me voir, je suis bien las aussi ».

    → Contraste entre la scène 3 et la scène 4 : au comique succède une tension immédiatement perceptible, qui donne d’emblée à la scène un ton extrêmement sérieux.

  • La tonalité pathétique

    Dans cette scène domine la parole de Dom Louis. Le début de son intervention est pathétique.
    Expression de la lassitude et/ou de la tristesse : « Je suis bien las aussi de vos déportements » (insistance avec l’adverbe « bien » + répétition avec l’interjection « Hélas »).
    Expression de la douleur et de la déception : « le chagrin et le supplice de cette vie même », termes forts mis en valeur par antithèse avec « dont je croyais qu’il devait être la joie et la consolation ». Une douleur qui naît de la déception qu’éprouve Dom Louis à avoir un tel fils : « La tendresse paternelle est poussée à bout ». Cette déception est d’autant plus grande que Dom Louis souligne à plusieurs reprises l’intensité de son souhait d’avoir un fils : « nous venons à importuner [le Ciel] par nos souhaits aveugles et nos demandes inconsidérées ! J’ai souhaité un fils avec des ardeurs nonpareilles ; je l’ai demandé sans relâche avec des transports incroyables ».

    → Cette tirade s’ouvre sur le discours pathétique d’un père qui dévoile sa douleur et sa déception devant celui qui en est la cause même. Mais l’abattement laisse vite place à la colère et à l’indignation.

  • L’emportement de Dom Louis : la virulence du ton

    Son emportement progressif se traduit par :
    Un ton plus rapide : à partir de « De quel œil à votre avis... », phrases plus courtes, multiplicité des questions rhétoriques, tournures exclamatives qui traduisent la colère du locuteur « Ah ! quelle bassesse est la vôtre ».
    Violence du vocabulaire : « bassesse », « cet amas d’actions indignes », « dégénérer de leurs vertus », « déshonneur », « la honte de vos actions », comparaison de Dom Juan à un « monstre ».
    Passage entre la première intervention et la deuxième du vouvoiement au tutoiement : du respect à une sorte de mépris, puisque Dom Louis finit presque par renier son fils : « la honte de t’avoir fait naître », « je ferais plus d’état du fils d’un crocheteur qui serait honnête homme que du fils d’un monarque qui vivrait comme vous ».
    Colère qui s’exprime dans une menace de châtiment à la fin de l’extrait : « Mais sache que je saurai, plus tôt que tu ne penses, mettre une borne à tes dérèglements, prévenir sur toi le courroux du Ciel, et laver par ta punition la honte de t’avoir fait naître ».

    → Une scène tendue où Dom Louis montre à la fois sa douleur et sa colère. Ces tonalités particulières se justifient par le fait que Dom Louis vient pour faire des reproches à son fils et au noble qu’il est, ce qui provoque une sorte d’affrontement.

b. Dom Louis : accusateur et moralisateur
  • Les reproches d’un père à son fils

    Dom Louis fait plusieurs reproches à son fils Dom Juan (la négation répétée « Non, non » montre bien que Dom Louis désapprouve son fils).

    Il l’accuse :

    D’être un libertin, un dépravé, d’agir mal et d’avoir une mauvaise conduite : ce reproche n’est pas explicite mais le lecteur devine ce à quoi Dom Louis fait allusion (« vos déportements », « cet amas d’actions indignes », « le mauvais visage, cette suite continuelle de méchantes affaires », « lorsque nous vivons en infâmes », « la honte de vos actions », « un gentilhomme qui vit mal », « dérèglements » : thème du mal, du vice évoqués à mots couverts).

    D’être un mauvais noble et donc d’être un mauvais fils : ces deux choses sont liées. Dom Louis appartenant à l’aristocratie et considérant que cette classe sociale doit être un modèle de vertu, il reproche à Dom Juan de lui faire honte et d’être un homme indigne de son rang. Dom Louis montre la discordance entre les actions mauvaises de Dom Juan et son statut de noble (« Ne rougissez-vous point de mériter si peu votre naissance ? », « Aussi nous n’avons part à la gloire de nos ancêtres qu’autant que nous nous efforçons de leur ressembler ; et cet éclat de leurs actions qu’ils répandent sur nous nous impose un engagement de leur faire le même honneur, de suivre les pas qu’ils nous tracent, et de ne point dégénérer de leurs vertus, si nous voulons être estimés leurs véritables descendants »). Dom Juan là encore ne respecte pas la tradition et s’affranchit de l’obligation qu’a un noble d’agir en « gentilhomme ». Dom Juan est donc pour Dom Louis un noble indigne et un« fils indigne », ce qui explique les différents reniements : Dom Louis ne le considère plus comme son fils et « [vos aïeux] vous désavouent de leur sang ».

    D’être un « monstre » : image forte qui montre que le héros est un homme en rupture avec l’ordre social du bien (« un gentilhomme qui vit mal est un monstre dans la nature » : image de bestialité et d’inhumanité de Dom Juan).

    → Ces reproches et ces accusations complètent en quelque sorte le portrait fait par Sganarelle au début de la pièce : Dom Juan est un personnage qui ne change pas tout au long de la pièce. Et pourtant ceux qui entourent le héros, comme Dom Louis ici, s’attachent à lui montrer la bonne voie : le discours du père a aussi une portée moralisatrice.

  • Une tirade moralisatrice ou la leçon de morale d’un père

    Dom Louis fait la morale à son fils :
    Procédés de persuasion. Métaphore filée de la lumière : « l’éclat », « un flambeau » « éclaire », et comparaison entre « un fils de crocheteur » et le « fils d’un monarque » + questions rhétoriques qui doivent amener Dom Juan à réfléchir. Jeu d’antithèses : champ lexical du mal : « déportements », « actions indignes », « le mauvais visage », « méchantes affaires », « bassesse », « en infâmes », « la honte de vos actions » (termes très péjoratifs qui accablent Dom Juan et accusent son immoralité) # champ lexical du bien : récurrence du terme de « vertu » + « gloire », « un sang noble », « gentilhomme », « le même honneur ».

    Evocation du bien sous forme de généralité : présence du pluriel « nous » qui montre que tout le monde doit suivre le droit chemin + tournures généralisantes comme « un gentilhomme qui vit mal… ». Présence de sorte de maximes au présent de vérité générale : « la naissance n’est rien où la vertu n’est pas », « la vertu est le premier titre de noblesse ».

    La présence des impératifs : « Apprenez enfin », « Mais sache… » : une tonalité injonctive.

    → Les reproches formulés à l’égard de Dom Juan et la dimension moralisatrice du discours de Dom Louis montrent bien que celui-ci est venu pour que son fils réforme sa conduite. Cependant l’attitude de Dom Juan montre l’échec de son intervention.

c. La victoire de Dom Juan
  • La réaction silencieuse de Dom Juan

    Dom Juan reste silencieux pendant la tirade de Dom Louis. Comment interpréter cette attitude ? Soit c’est parce qu’il est accablé, parce qu’il a honte, soit parce qu’il se moque de ce que lui dit son père. Dom Juan n’est ni ému, ni ébranlé. On peut deviner que ce n’est pas son père qui le fera changer de conduite : cela le poussera seulement à devenir hypocrite et à dissimuler ses vices sous le masque du gentilhomme.
    La seule réaction de Dom Juan marque le mépris : il invite Dom Louis à s’asseoir. Cela prouve qu’il ne s’intéresse pas à ce que dit son père mais plutôt aux conditions du discours. Il montre aussi qu’il considère son père comme un vieillard fatigué, qui radote…

    → La réaction de Dom Juan est très dure ; c’est « son endurcissement au pêché ». Dom Juan fait preuve encore de cruauté lorsque après la sortie de Dom Louis il lui lance : « Eh ! mourez le plus tôt que vous pourrez, c’est le mieux que vous puissiez faire. Il faut que chacun ait son tour, et j’enrage de voir des pères qui vivent autant que leurs fils. »

  • Le triomphe de Dom Juan

    Cette réplique fait triompher Dom Juan. Dans la réplique suivante Dom Louis avoue son échec : « Je vois bien que toutes mes paroles ne font rien sur ton âme ». Il est alors lui-même contraint au silence : « Je ne veux point parler ». Et il doit sortir comme le montre la didascalie finale « Il sort ».

4. Conclusion
Cette scène achève de peindre le portrait de Dom Juan qui apparaît ici comme un fils indigne et un homme indigne de son rang.
Dom Louis comme Sganarelle ou Done Elvire, met en garde Dom Juan du danger qu’il encourt à s’endurcir dans le mal. Ce personnage noble, d’une grande droiture morale, s’oppose à son fils qui fait, semble-t-il, triompher le mal…
Le personnage de Dom Louis réapparaît au début de l’acte V, lorsque Dom Juan joue l’hypocrite : le père sera une deuxième fois en quelque sorte humilié.

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