Tartuffe : lecture méthodique III (analyse) - Cours de Français avec Maxicours - Lycée

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Tartuffe : lecture méthodique III (analyse)

Acte IV scène 5


Introduction

Orgon veut marier sa fille à Tartuffe et a fait préparer un contrat de mariage pour la fin de la journée. Après avoir violemment rejeté Damis qui dénonçait la duplicité de Tartuffe, c’est au tour d’Elmire de faire ouvrir les yeux de son mari.
Elle a imaginé un stratagème : Orgon sera caché sous la table et entendra Tartuffe lui déclarer sa flamme. Ainsi espère-t-elle faire cesser l’aveuglement de son mari en jouant le rôle de l’appât.

Problématique

Il est important pour comprendre la dynamique de la scène de faire le plan de la scène selon le personnage qui détient le pouvoir. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une comédie et cette scène présente des caractéristiques du registre comique.

Plan de la scène :
1. du vers 1387 à 1452, Elmire se déclare, elle a l’avantage de la parole.
2. du vers 1453 à la fin, Tartuffe mène l’offensive ce qui place Elmire dans une situation embarrassante.

1. Elmire séductrice
a. Gagner la confiance de l’hypocrite
• Elle doit gagner dans un premier temps ou regagner la confiance de Tartuffe.
Pour rassurer Tartuffe et le mettre en confiance, Elmire lui demande une précaution inutile, Orgon étant sous la table : celle de fermer la porte.

• Aussi justifie-t-elle son silence face aux accusations de Damis. Elle déclare que l’amour est si fort et la surprise d’avoir été écoutée si importante « Que de le démentir je n’ai point eu l’idée ».

• Elle avoue son prétendu amour avec une pudeur toute féminine : « (…) vous ouvrir un cœur/Un peu trop prompte peut-être à souffrir votre ardeur ». Tartuffe reste méfiant et la pousse à aller plus loin pour être certain des sentiments d’Elmire. Il reste masqué : « Ce langage à comprendre est assez difficile ».

b. La fausse coquette face au faux dévot
• Elmire joue alors le jeu de la coquette. Elle justifie son refus antérieur par la pudeur habituelle à toute femme : « Toujours notre pudeur combat dans ces moments ». Pour convaincre Tartuffe, elle avance qu’elle aurait protesté, tout révélé à son mari si elle ne l’aimait pas :
« Aurais-je pris la chose ainsi qu’on m’a vu faire/Si l’offre de ce cœur n’eût eu de quoi me plaire ? »
• Tartuffe commence à être rassuré mais il garde le masque de dévot des vers 1437 à 1442. En effet, il tient des propos dévots, l’on peut relever un détournement de sens témoignant de son hypocrisie : il utilise un terme réservé à la religion « béatitude » pour parler d’amour : « Et mon cœur de vos vœux fait sa béatitude ».
• La conjonction adversative « mais » au vers 1443 annonce qu’il jette le masque pour laisser apparaître l’homme sensuel. En effet, il demande à Elmire des preuves tangibles de son amour : « Qu’un peu de vos faveurs(…)/Ne vienne m’assurer ».    
2. Tartuffe à l’offensive
a. Tartuffe sensuel
Tartuffe a désormais « l’avantage », Elmire est placée comme nous allons le voir dans une situation de plus en plus délicate. Il est intéressant de constater le choix de certains metteurs en scène. L’un d’entre eux a imaginé un Tartuffe baissant son pantalon face à Elmire ! Face aux demandes de Tartuffe, Elmire est embarrassée, d’autant qu’elle compte sur son mari pour réagir et venir à son secours. Elle tente de le repousser en lui disant qu’elle le trouve trop brutal : « Mon Dieu, que votre amour en vrai tyran agit ».

b. La critique de la casuistique
• Voyant l’insistance de Tartuffe, Elmire change son argumentation. Elle se place sur le « terrain religieux ». Elle évoque le risque de courroux du Ciel face à une relation adultère :
« Mais comment consentir à ce que vous voulez / Sans offenser le Ciel ».

• La réponse qu’imagine Molière est une flèche contre la pratique de la casuistique. Pour concilier christianisme et mondanité, de nombreux directeurs de conscience avaient trouvé un stratagème. Pourvu que l’intention soit louable, l’action même mauvaise n’est rien. Ainsi des actions blâmables étaient légitimées :
« je sais l’art de lever des scrupules/ Le Ciel défend, de vrai, certains contentements (…) il est une science / (…) de rectifier le mal de l’action / Avec la pureté de notre intention. »
Ainsi l’amour sincère d’Elmire légitimerait sa relation adultère ! Molière critique cette pratique et la comédie devient une comédie qui critique les pratiques de son époque.
c. Tartuffe démasqué
• Il est à noter que certaines rimes sont signifiantes de la duplicité de Tartuffe. En effet, les vers 1485 et 1486 font rimer « ridicules » et « scrupules » ou aux vers 1484 « contentements » rime avec « accommodements ».

• Elmire est prise au piège. Elle décide d’appeler son mari à l’aide et pour ce faire tousse au vers 1496. Voyant que rien n’y fait, elle utilise un langage équivoque comprenant deux destinataires à la fois Tartuffe et Orgon des vers 1507 à 1519. Le pronom personnel « on » joue sur cette équivoque aux vers 1510, 1513, 1514 et 1515 : « Mais puisque l’on s’obstine à m’y vouloir réduire ». Le « on » désigne bien entendu Orgon et son mutisme.

• Elle décide d’engager la conversation sur son mari toujours dans l’espoir de le faire réagir. Elle pense qu’une moquerie de Tartuffe envers Orgon ferait réagir celui-ci. Tartuffe déclare en effet : « C’est un homme, entre nous, à mener par le nez » (v. 1524) ; « Je l’ai mis au point de voir tout sans rien croire » (v. 1526).

3. Les éléments comiques de cette scène
a. Le comique de situation
Nous avons à faire à une scène de comédie dans la comédie. Elmire joue le rôle de la coquette, tantôt libertine, tantôt sage devant trois publics : Tartuffe, Orgon et le public.

Le comique de situation est renforcé par le motif de la farce du mari caché sous la table. Orgon endosse le rôle du mari trompé. Le ridicule de sa position est accentué par le fait qu’il demeure obstinément caché et ne remplit pas le rôle que lui avait assigné Elmire. Deux raisons peuvent expliquer cela. Tout d’abord psychologiquement Orgon est sous le choc d’entendre les propos de Tartuffe. De plus, Molière a une raison dramaturgique de le faire demeurer sous la table, ainsi le suspens, la tension de l’entrevue entre Tartuffe et Elmire est maintenue jusqu’au bout.
b. Le comique de mots
La tirade des « on » prononcée par Elmire n’est pas comprise pas son véritable destinataire Orgon. Tartuffe n’a nullement compris la duplicité d’Elmire ; lui-même dit « On » au lieu de je au vers 1520 : « Oui madame, on s’en charge ». Un quiproquo univoque s’installe donc.
c. Le comique de geste
Elmire tousse pour prévenir son mari. Or cette toux non seulement ne le fait pas sortir de sa cachette mais est mal interprétée par Tartuffe qui est dupé. Il lui propose du jus de réglisse
Tartuffe « Vous toussez fort, madame. »
Elmire « Oui je suis au supplice »
Tartuffe « Vous plaît-il un morceau de ce jus de réglisse ? »
Conclusion

Cette scène montre Tartuffe qui pose le masque pour révéler un homme sensuel. L’attitude d’Elmire présente une situation hardie pour le théâtre classique et a pu heurter la bienséance de l’époque.
En jetant le masque devant Orgon, la pièce avance vers le dénouement. Cependant, il demeure un péril, d’ordre politique : la donation de la cassette comprenant des papiers compromettants.

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