Nice et les Odalisques 1918-1930 - Cours d'Histoire de l'art Terminale L avec Maxicours - Lycée

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Nice et les Odalisques 1918-1930

Objectif :
Evoquer l'installation de Matisse à Nice de 1917 à 1930. Il se démarque alors de ses travaux antérieurs. Il peint des femmes alanguies dans un décor de harem, d'un style apaisé, plus « classique » : c'est la période des Odalisques.
A partir de 1917, Matisse rompt avec ses expérimentations « para-cubistes ». Son style s'apaise, comme s'il désirait renouer avec une approche plus traditionnelle de la réalité. Cela correspond à un mouvement plus général, appelé « rappel à l'ordre » qui, suivant le chaos de la Grande Guerre, voit les artistes, même parmi les plus radicaux, se retourner vers le classicisme : Picasso entre ainsi dans sa période « ingresque », bien loin des expérimentations du cubisme.
Pour Matisse, la transition est plus douce et finalement plus logique. Pour lui qui a toujours rechercher l'apaisement par la peinture, cette période - lors de laquelle il ne peindra pratiquement que des Odalisques, notamment inspirées de l'art orientaliste du 19e siècle - sera juste un retour aux sources, avec la ville de Nice pour cadre.
1. Orientalisme et classicisme
Séduit dès 1916 par le climat de Nice en hiver, Matisse choisit de s'y rendre chaque année en cette saison, d'abord à l'hôtel puis dans un appartement qu'il loue place Charles-Félix. La beauté du cadre et la lumière du Sud, qu'il se réjouit de retrouver chaque matin, le place dans un état d'esprit apaisé qui trouvera à s'exprimer à travers toute la production de cette période, et plus particulièrement tout au long des années 20, que Matisse vit, comme tous ses contemporains, comme une période joyeuse et fastueuse.

A Nice, il fréquente Renoir et Bonnard qui ont opté pour la même idéologie du bonheur. Il est donc logique que Matisse ait adapté les moyens de sa peinture à son propos, en l'occurrence en rétablissant dans ses toiles une certaine conformité à la réalité, qu'on a pu faire passer pour un retour au classique. Ainsi, il a de nouveau recours aux lois de la perspective, qu'il utilise en virtuose après des années de liberté, choisissant parfois d'audacieux points de vues en plongée ou en contre-plongée. Les scènes sont le plus souvent en intérieur : le motif de la fenêtre est parfois présent, les sujets sont la plupart du temps féminins (quelques autoportraits aussi), et parmi ces figures de femmes, on trouve essentiellement des Odalisques, plusieurs dizaines de versions différentes, toutes accoutrées de costumes exotiques et posant dans un cadre idoine, de manière à coller avec le goût des Français, non démenti depuis le19e siècle, pour l'orientalisme.

Dans la grande tradition de Delacroix, de Ingres (Le Bain turc qui a tant marqué Matisse en 1905), de Renoir et même de Moreau, son maître à l'Ecole des Beaux-arts, Matisse évoque une vision stéréotypée d'un Orient idéalisé, tel qu'il n'existe que dans les fantasmes occidentaux.

Matisse est alors bien loin des oeuvres produites au Maroc en 1912-1913, dans lesquelles il s'inspirait plus directement de l'art islamique en en restituant les conventions. Dans un coin de son atelier, le peintre a reproduit, avec quelques tentures et objets typiques, un avant-goût de harem dans lequel il fait posé ses modèles, dans des poses souvent volontairement suggestives. Cette nouvelle affirmation de l'amour de Matisse pour la femme et la sensualité unique qu'elle véhicule inscrivent malgré tout les oeuvres de cette période dans l'ensemble de sa carrière. L'inspiration est la même, seuls les moyens diffèrent.
2. Le style des Odalisques, au-delà de la tradition
Avec ses Odalisques, Matisse rétablit les justes proportions du corps humain et retrouve les contraintes de la représentation d'un espace en trois dimensions. La bi-dimensionalité de ses oeuvres précédentes lui permettait d'utiliser exclusivement des couleurs en aplat, qui pouvaient toutes être portées à saturation et qui ne nuisaient pas (bien au contraire) à la lecture de l'oeuvre.

En revanche, dans ses toiles produites à Nice, la réintroduction de la profondeur dans les compositions oblige Matisse à moduler, même très légèrement, sa couleur avec des demi-teintes ; il s'autorise même à suggérer le modelé des chairs. Ces concessions à la tradition ne signifient pas pour autant que Matisse a oublié les avancées des années précédentes. Il cherche au contraire à accorder au mieux les deux tendances et leurs attributs : couleur locale et couleur mentale ; demi-teintes et tons purs ; illusion de la profondeur et motifs décoratifs en deux dimensions (les tentures et tissus) ; liberté d'expression et fidélité à la nature etc.

Malgré les apparences, Matisse n'a donc pas renoncé à ses principes, comme le confirment ces propos tenus à André Verdet : « Observez bien ces Odalisques... Dans cette ambiance de relaxation alanguie et sous cette torpeur solaire qui baigne les choses et les êtres, une grande tension couve, qui est d'ordre spécifiquement pictural, tension qui provient du jeu et des rapports des éléments entre eux. »

De ses expériences passées Matisse gardera donc la prééminence du décor qui joue sur l'inversion du rapport sujet/fond, et les couleurs les plus vives voisineront avec les plus délicates pour créer des effets inédits et contribuer à répartir la lumière sur l'ensemble de la toile. Là encore, comme toujours chez Matisse, le sujet, si sensuel soit-il, est un prétexte à la révélation d'une sensation par les jeux exclusifs de la peinture. Et, comme toujours, Matisse se montre particulièrement soucieux de trouver l'équilibre parfait dans sa composition.

Pourtant, les amateurs d'art noteront surtout le retour, même mesuré, à la tradition, et la perfection formelle des Odalisques achèvera de convaincre les derniers réticents à l'art de Matisse. Il produit vite et beaucoup pour répondre à une demande de plus en plus pressante. Le peintre « fauve » est désormais reconnu par tous : le musée du Luxembourg lui achète l'Odalisque à la culotte rouge de 1922 ; la Légion d'honneur lui est attribuée en 1925 ; le prix Carnegie, référence internationale, lui est attribué en 1927 ; de multiples expositions et monographies lui sont consacrées.

Toutefois, cette soudaine facilité ne détournera pas Matisse de la voie qu'il s'est fixé, et la fin des années 20 et du climat d'insouciance qui les a définies sera pour le peintre l'occasion de franchir une nouvelle étape.
L'essentiel
De 1917 à 1930, Matisse effectue de longs séjours d'hiver à Nice. Cette période d'après-guerre est marquée par un désir communément partagé de profiter de la vie. Chez de nombreux artistes d'avant-garde, dont Picasso, se fait jour une tentation de retour à l'ordre et au classique, à laquelle n'échappe pas Matisse.
Ce sera sa période des Odalisques, des oeuvres souvent inspirées des toiles orientalistes du 19e siècle, dans lesquelles Matisse semble constamment chercher le juste milieu entre rétablissement des conventions esthétiques traditionnelles (respect des lois de la perspective, réalisme anatomique, couleur locale et demi-teintes, etc.) et expression personnelle (importance du décor - souvent ramené à deux dimensions - par rapport au sujet, persistance des couleurs vives, non naturalistes, parmi des couleurs plus douces). Matisse reste donc ce peintre soucieux d'atteindre la justesse de l'expression par ses propres moyens.

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