Mémoires et histoire d'un conflit : la guerre d'Algérie - Maxicours

Mémoires et histoire d'un conflit : la guerre d'Algérie

Objectif
  • Savoir pourquoi la guerre d'Algérie a créé un traumatisme sur les deux rives de la Méditerranée.
  • Savoir comment la mémoire de la guerre d'Algérie a évolué depuis les années 1960.
  • Savoir en quoi l'Histoire tente de guérir les plaies du passé et mettre fin aux différends en France et en Algérie.
Points clés
  • La Guerre d'Algérie a lieu entre 1954 et 1962. La France souhaite conserver l'Algérie, sa principale colonie de peuplement, qui veut devenir indépendante.
  • L'année 1958 marque un tournant dans la Guerre d'Algérie. La situation est alors devenue incontrôlable et Charles de Gaulle est rappelé au pouvoir pour résoudre la crise.
  • Il faudra attendre 1999 pour que la France officialise le terme de « Guerre d'Algérie » et reconnaisse les souffrances occasionnées. 
1. La Guerre d’Algérie : un événement traumatique sur les deux rives de la Méditerranée
a. Les acteurs du conflit

Entre 1954 et 1962, la France mène une guerre de reconquête pour conserver l’Algérie, sa principale colonie de peuplement et joyau de la République.

Plus d’un million d’européens vivent sur ce territoire depuis des générations, ils ont été surnommés les pieds noirs. Les français d’Algérie et le gouvernement de la IVe République doivent faire face au développement d’un mouvement indépendantiste, le FLN (Front de libération nationale) de plus en plus résolu à chasser le colonisateur afin de créer un État algérien.

La France va mobiliser des moyens importants pendant ces huit années pour garder le contrôle de ce territoire. Elle mobilise un nombre massif de militaires en faisant appel à la conscription, c'est-à-dire aux appelés du service militaire obligatoire. Des troupes d’élite, les parachutistes, assurent la protection des européens et pourchassent les groupes indépendantistes. Tous les moyens sont utilisés pour mettre fin à l’insurrection, y compris l’utilisation de la torture contre les militants algériens.

b. Vers l’indépendance

En 1958, la situation est devenue incontrôlable et entraîne la chute de la IVe république. Charles de Gaulle est rappelé au pouvoir pour résoudre la crise que traverse la France et mettre fin à la guerre.

Entre 1958 et 1962, il choisit la voie de l’indépendance pour l’Algérie et les accords d’Evian du 18 mars consacrent la fin de la domination coloniale. Les pieds noirs doivent quitter le pays, ainsi que les Algériens qui ont soutenus les autorités françaises, les harkis.

Si la plus grande partie de la population française de métropole soutient l’accès à l’indépendance, les Français d’Algérie se sentent trahis et abandonnés. Les plus radicaux d’entre eux créent en 1961 une organisation armée et terroriste, l’OAS (Organisation de l'armée secrète), proche de l’extrême-droite, qui mène une campagne d’attentats sur les deux rives de la Méditerranée.

Le 17 octobre 1961, une manifestation d’Algériens en faveur de l’indépendance algérienne a lieu à Paris. Interdite par le préfet Maurice Papon – dont le passé de collaborateur pendant la Seconde Guerre mondiale sera découvert dans les années 1990 – la manifestation se termine dans un bain de sang. Les forces de police, dont certains agents sont proches du groupe OAS, répriment la manifestation. Le bilan s’établit à plusieurs dizaines de morts, des corps sont jetés dans la Seine.

En août 1962, alors que l’Algérie est devenue indépendante, l’OAS tente, en représailles, d’assassiner de Gaulle au Petit Clamart.

La guerre d’Algérie a été une tragédie, le nombre de victimes est important. Au lendemain de l'indépendance, les mémoires de la guerre sont vives, les sociétés ont été traumatisées. Les Algériens ont connu un déferlement de violence, alors que les Français d’Algérie ont tout perdu, débarquant dans le port de Marseille avec une simple valise.

2. Des mémoires diverses et conflictuelles face au silence de la République
a. Les mémoires face à l’amnésie

Dans ce contexte, les années qui suivent la fin de la guerre sont marquées par de violents conflits mémoriels. Le poids des mémoires est d’autant plus important que l’État français cherche à tourner la page et effacer ce conflit honteux qui nuit à l’image de la France sur la scène internationale.

La France ne reconnaît pas la guerre, c’est la guerre sans nom, on évoque « les évènements d’Algérie ». Il faudra attendre 1999 pour que le parlement français officialise le terme de « guerre d’Algérie ».

Les victimes sont oubliées par la République. Les Harkis, des Algériens qui ont combattu aux côtés des Français contre l’indépendance, sont livrés à eux-mêmes après les accords d’Evian. Ils subissent les représailles des groupes combattants comme le FLN. Perçus comme des traîtres, nombre d'entre eux sont massacrés, d’autres fuient vers la France mais ne reçoivent ni assistance, ni reconnaissance de la République pour leur soutien à la politique française

 Les Français d’Algérie fraîchement débarqués dans les villes du sud de la France, dans un pays qu’ils ne connaissent pas, sont également livrés à leur sort.

b. Le réveil des mémoires

À partir des années 70, les mémoires et les traumatismes, après avoir traversées une période de silence, vont progressivement s’exprimer et réclamer une reconnaissance.

Pour cela le travail des historiens en tant que passeurs et collecteurs de mémoires va jouer un rôle clé dans l’expression des souffrances collectives des groupes oubliés : c'est le réveil des mémoires.

L’historien du monde grec, militant anti-colonialiste, Pierre Vidal-Naquet publie un ouvrage qui fait date, La torture et la République (1972), dans lequel il dénonce les agissements indigne de l’armée française, qui a recours à des méthodes immorales pour lutter contre les groupes subversifs : la torture.

Les productions cinématographiques se font le relai des mémoires, le film de René Verdier, Avoir 20 ans dans les Aurès, raconte la spirale de la violence qui s’empare des jeunes générations. Celui d'Alexandre Arcady, Le coup de Sirocco, évoque les français pieds-noirs qui cultive la nostalgie de leur pays natal, la nostalgérie

c. Le virage mémoriel de la France autour des années 2000

La reconnaissance par le parlement français du terme de guerre d’Algérie ouvre la porte à une reconnaissance officielle par l’État des souffrances héritées par les différents groupes mémoriels.

Quarante ans après la fin du conflit, la République française s’engage dans la voie des commémorations. Il s’agit d’atténuer les souffrances et de réconcilier les groupes afin de ressouder des communautés divisés en France et des deux côté de la Méditerranée.

En 2002, le président Chirac qui, comme beaucoup de Français de sa génération, ont été appelés à accomplir le service militaire obligatoire en Algérie, célèbre la mémoire des Harkis. Abandonnés par la France en 1962, oubliés par la République pendant plusieurs décennies, ils sont désormais célébrés avec la création d’un mémorial à Paris rendant hommage aux combattants français et Harkis d’Afrique du Nord.

En 2012, le président Hollande reconnaît que les Algériens de Paris ont été victime d’une tragédie lors de la répression sanglante de la journée du 17 octobre 1961, sans pour autant utiliser le terme de massacre, et sans nommer les responsables, c'est-à-dire la police parisienne

d. La réconciliation et le travail des historiens

Après les commémorations vient le temps de la réconciliation. C’est certainement le travail le plus difficile que doivent accomplir les mémoires. Il s’agit de reconnaître les torts respectifs et d’envisager un avenir commun entre les groupes.

C’est dans cette perspective que le travail des historiens est crucial, en établissant une histoire objective et dépassionnée, il œuvre à la réconciliation. Cette étape est rendue possible grâce au temps qui s’est écoulé et grâce auquel les mémoires s’apaisent.

C’est ainsi que Benjamin Stora a été chargé par le président français Emmanuel Macron de « dresser un état des lieux juste et précis du chemin accompli en France sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d'Algérie ».

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