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Les territoires dans la mondialisation : territoires et sociétés en marge de la mondialisation

La mondialisation ne profite pas à tous. Certaines inégalités territoriales, à différentes échelles, se réduisent ou au contraire, se creusent. Tous les territoires ne s'intègrent pas à ses flux d'échanges et ceux qui y parviennent ne le font ni au même rythme, ni avec la même ampleur. De nombreux territoires restent aujourd'hui encore à l'écart du phénomène.

Quels sont-ils ? Quelles sont les raisons de leur faible intégrations à la mondialisation ? Et enfin, quelles sont les conséquences, pour les sociétés qui les habitent, de leur marginalisation ?

Doc. 1. Localisation des pays développés, émergents et sous-développés dans le monde
1. Raisons et conséquences de la faible intégration de certains territoires à la mondialisation
a. Les raisons
• Le mal-développement
On évoque la notion de « mal-développement » depuis les années 90 pour désigner un processus de croissance sur un territoire donné (à toutes les échelles) qui ne bénéficie qu'à une minorité d'individus alors que la majeure partie de la population demeure dans la misère. Les deux continents les plus concernés par ce phénomène sont l'Amérique latine et, plus encore, l'Afrique. Le mal-développement constitue un frein majeur à l'intégration des territoires dans la mondialisation. En effet, les territoires considérés comme mal-développés souffrent de problèmes tels que :

- l'instabilité politique, la guerre (civile, le plus souvent) ;
- de graves difficultés économiques et financières (c'est le cas de nombreux États d'Amérique latine, et de la Grèce depuis 2011) ;
- le manque d'équipements et d'infrastructures (axes routiers ou ferroviaires, ponts...), les États manquant de moyens ou de volonté pour les faire construire ; 
- la pauvreté du plus grand nombre ;
- des épidémies (VIH/sida par exemple) ;
- l'absence de sécurité (misère et désespoir alimentent l'insécurité). 

• L'enclavement
Des territoires se trouvant à l'écart des circuits de production et de distribution, des espaces mal reliés aux régions intégrées (faute de moyens ou d'axes de transports conséquents), faiblement peuplés et qui ne présentent que des marchés potentiels faibles et pauvres sont considérés comme « enclavés ». Ce sont, par exemple, les régions intérieures et occidentales de la Chine, les régions sahéliennes, la Sibérie orientale, le Nord-est du Brésil, le désert du Sahara ou de Gobi, les montagnes du Tibet, etc.

Mal-développement et enclavement vont souvent de pair. Les territoires concernés par ces phénomènes, ceux que l'on appelle les « angles-morts » de la mondialisation, n'intéressent pas les firmes transnationales (FTN) qui les fuient et n'y investissent que très peu. En effet, mal développement et enclavement signifient absence de sécurité et peu de possibilités de profits importants. 

Rappel : les angles-morts de la mondialisation sont les espaces sous-intégrés, délaissés par la mondialisation.
b. Les conséquences
• La misère : un cercle vicieux
Dans les espaces où les flux d'échanges ne parviennent pas à s'introduire et à se développer, sur les territoires qui n'intéressent pas les FTN, le développement économique et humain est quasiment impossible. Et si le développement est impossible, cela signifie que les FTN n'auront pas de raison d'investir car rien ne pourra leur garantir la sécurité dont elles ont besoin pour s'implanter et les bénéfices qu'elles attendent en échange de leur implantation.
Dès lors, cela signifie également que des flux signifiants de capitaux, de marchandises ou même de personnes n'atteindront jamais ces territoires qui auront beaucoup de mal à sortir de la misère. C'est un cercle vicieux. Moins on est développé et plus on est évité ; plus on est évité par les acteurs de la mondialisation et plus on a de mal à sortir du mal-développement. Et de ce fait, plus d'un milliard d'être humains doivent aujourd'hui encore combattre jour après jour, la faim et la maladie.

• L'économie informelle
« À propos du trafic du hachisch et de la cocaïne, la porosité des frontières sahariennes et la faiblesse des systèmes judiciaires et policiers nationaux ont constitué pour les trafiquants un avantage comparatif déterminant dans leur choix d'emprunter depuis 2006 la voie sahélo-saharienne vers l'Europe ». (Hérodote, « Géopolitique du Sahara », 3e trimestre 2011, E. Grégoire, A. Bourgeot).

L'économie informelle est en nette croissance (elle concernait 776 millions de personnes en 2000 contre 827 millions en 2010) et établit ses ramifications sur un modèle mondialisé. Drogue, pierres précieuses, armes, faux médicaments, organes, contrefaçons, contrebande de cigarettes, d'alcool, etc.
Le continent africain est devenu le domaine de la mondialisation la plus sauvage. Tous les trafics illicites y ont été rendus possibles à cause de la guerre civile et par l'affaiblissement voire de la disparition, dans les années 90, du contrôle des territoires. Lagos, par exemple, métropole africaine de 11 millions d'habitants du Golfe de Guinée, est aujourd'hui la plaque tournante des flux illicites mondialisés d'Afrique de l'Ouest.
2. Des territoires, des sociétés et des êtres humains inégalement ancrés dans la mondialisation
a. Des territoires peu ou très peu intégrés à toutes les échelles
Certains territoires reçoivent les IDE, échangent, sont traversés par toutes sortes de flux : ce sont des interfaces (ports, grandes métropoles, espaces frontaliers...). D'autres, en revanche, le plus souvent situés au Sud, demeurent mal-développés, enclavés et donc marginalisés. Ne présentant que peu d'intérêts stratégiques, ils ne sont pas mis en valeur par leurs gouvernements qui préfèrent mettre l'accent sur les régions ou les espaces susceptibles de rapporter de l'argent.

À l'échelle des continents
L’Asie, émergente des pays-ateliers ou fournisseurs de matières premières, s'intègre de plus en plus rapidement à la mondialisation (Chine, Vietnam, Philippines). L’Afrique elle, demeure globalement à l'écart du processus. Entre ces deux extrêmes, l'Amérique latine et le Moyen-Orient (avec ses pays exportateurs de pétrole) présentent des types extrêmement variés d'intégration.

À l'échelle des États

D'un côté, la Chine, l'Inde, le Brésil (connecté à ses partenaires du MERCOSUR), l'Afrique du Nord et du Sud (inter-connectées et avec de nombreux pays en direction de/et au départ de l'Europe), qui sont des États en cours d'intégration rapide et massive.

De l'autre, à l'opposé, des États et des territoires fermés (comme la Corée du Nord) ou considérés comme « voyous » et mis à l'écart des flux internationaux (embargo sur le pétrole et le gaz iranien décrété par les États-Unis, par exemple), des pays victimes de conflits (comme le Tibet, l'Afghanistan, le Sahara occidental), ou bien soumis à d'importantes difficultés économiques et financières (comme le Pérou, le Honduras en Amérique latine), ou ignorés par les FTN parce qu'insuffisamment avancés (les PMA d'Afrique subsaharienne).

Rappel sur les PMA (Pays les Moins Avancés de la Planète) : il y en a 48 dans la monde, dont 34 sur le continent africain. La richesse moyenne par habitant y très faible, l'absence d'ouverture commerciale ne leur permet pas de bénéficier des transferts de technologies et de savoir-faire des pays riches.
Les PMA sont, de loin, les pays les moins intégrés à la mondialisation. Dans la plupart des États d'Afrique subsaharienne, la proportion d'enfants non scolarisés est encore considérable et les FTN cherchent avant tout de la main-d'œuvre formée pour les usines qu'elles délocalisent. Cela signifie que ces derniers sont condamnés à vivre, comme leurs parents, dans la misère. C'est là une illustration concrète du cercle vicieux.

Doc. 2. Localisation des PMA dans le monde

À l'intérieur des frontières
À l'intérieur même des pays Sud, les disparités de niveau d'intégration dans la mondialisation sont très importantes. Avec la mondialisation des échanges, hommes et activités se concentrent sur les littoraux qui abritent les très grandes métropoles, les plus grands ports ainsi que la majorité de la population. Même des régions puissantes et en expansion (Brésil, Chine, Mexique, Inde et Afrique du Sud) renferment des espaces de pauvreté qui ne sont que très peu touchés par leur croissance nationale. 

La Chine est l'exemple type de ce décalage entre régions côtières modernisées, parfaitement intégrées aux différents flux de la mondialisation et des régions intérieures de plus en plus à l'écart des circuits de production et de distribution, de plus en plus miséreuse et mal-développée, au fur et à mesure que l'on avance vers l'Est.
Le Brésil présente une situation comparable avec une opposition Nordeste/Sudeste très marquée : la région du Sudeste est le centre vital de ce pays (elle assure à elle seule 70% de sa production industrielle) alors que la région du Nordeste souffre d'un mal-développement profond (22% de sa population est analphabète, alors que la proportion descend à 4,2% dans la ville de Brasília).
De même, en Afrique Noire, les régions côtières sont nettement plus intégrées à la mondialisation que les espaces sahéliens, enclavés et souffrant d'une sècheresse récurrente.
b. La mondialisation renforce les inégalité sociales et socio-spatiales au Sud comme au Nord
Dans les pays du Sud, une part plus ou moins importante de la société reste en marge de la mondialisation :

- la mondialisation aggrave les inégalités à toutes les échelles. Elle favorise le développement de certaines régions ou de certains groupes sociaux au détriment de certains autres.

- Elle creuse le fossé entre riches et pauvres. En permettant le décollage économique des NPIA et des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud, les pays émergents les plus puissants de la Planète pour le moment), elle a bel et bien engendré une classe moyenne de plus en plus nombreuse dans ces pays mais de façon très inégalitaire. En effet, dans le même temps que la croissance liée à la mondialisation a permis aux territoires concernés de commencer à se développer, elle a accentué les disparités entre riches et pauvres.
Alors que les plus riches peuvent continuer de s'enrichir et que les travailleurs de la classe moyenne découvrent les joies de la consommation et des loisirs, près d'1/3 de la population mondiale vit aujourd'hui encore avec moins de 1,25 dollar US/jour (le seuil de pauvreté est fixé à 2 dollars/jour). Agriculteurs, éleveurs et artisans subissent de plein fouet la concurrence des produits importés à bas prix et ne trouvent pas d'emploi faute de qualifications. Au Brésil, des millions de paysans n'ont pas de terres à cultiver car celles-ci sont réunies entre les mains de grands propriétaires fonciers qui les leur font cultiver pour des salaires de misère et dans des conditions très dures et qui vendent leurs récoltes en utilisant les circuits de la mondialisation. 

- Elle creuse le fossé entre minorités ethniques et religieuses sur certains territoires. En Chine, par exemple, les musulmans ouïgours et les bouddhistes tibétains vivent dans des régions situées à l'Ouest du pays, très éloignées des espaces intégrés à la mondialisations. La Chine a annexé ces territoires mais a toujours privilégié le peuple Han, chinois, et oublié les minorités qui vivent à l'intérieur de ses frontières.
En Afrique subsaharienne, la mondialisation ne bénéficie qu'aux classes supérieures et moyennes urbaines, ainsi qu'aux diasporas libanaises, chinoises et indiennes qui se sont installées dans ces pays et y ont développé commerces et industries.

- Elle accentue la ségrégation socio-spatiale urbaine. Dans les pays du Sud, les grandes métropoles jouent un rôle fondamental dans le processus d'intégration à la mondialisation. Lorsque les FTN, à la recherche de nouveaux marchés ou de main-d'œuvre, décident de s'implanter dans un pays, c'est là qu'elles construisent leurs usines et ouvrent leurs bureaux. C'est pourquoi, ces grandes métropoles se dotent de centres d'affaires (sur le modèle du CBD américain) qui sont reliés au reste de la Planète grâce aux réseaux aériens et de télécommunications. Mais seule l'élite socio-économique et culturelle urbaine profite de cette modernisation et de ses effets. 

L'intégration au système est conditionné par un certain niveau de vie (accès aux bassins d'emplois par des déplacements facilités, par exemple), ce qui exclut les populations les plus démunies qui vivent dans les bidonvilles et ne bénéficient que rarement des avantages des transports en commun ou de la formation nécessaire à une embauche qualifiée. Des ghettos se forment donc au sein même de ces grandes métropoles, abritant des millions de personnes que la mondialisation ignore.

Le Nord n'échappe pas aux angles-morts de la mondialisation
- Au niveau national : le Nord n'est pas constitué que des pays de la Triade (États-Unis, Europe et Japon) ou des NPIA (Nouveaux pays industrialisés asiatiques). Australie, Canada, Portugal, Grèce, la Russie, les États de la CEI (Communauté d'États Indépendants) en font également partie. Ces États, en position intermédiaire, participent à la mondialisation mais y sont bien plus modestement intégrés. Leur développement se fait plus difficilement.

- Au niveau régional : à l'intérieur des pays du Nord, même des plus riches, certains territoires sont mal intégrés à la mondialisation (c'est le cas du Mezzogiorno italien ou de la Galice espagnole) et seule leur appartenance à un pays riche leur permet de ne pas être mis totalement à l'écart des flux d'échanges.

- Au niveau local : certaines banlieues de grandes villes européennes, certains quartiers centraux de villes des États-Unis (des anciennes villes industrielles qui se désertifient et deviennent des lieux de non droit) ne profitent que de très loin des effets bienfaisants de la mondialisation. Au contraire, une partie de leur population se sont vues privées de travail du fait de la délocalisation dans des pays du Sud.

Un très vif sentiment d'injustice
« La fracture au sein de ces sociétés repose aujourd'hui sur le clivage entre ceux que la mondialisation a choyé et ceux qui ont souffert d'elle ». (Une révolte des oubliés de la mondialisation, Courrier International, 20 mai 2010).

Ces inégalités, qui se creusent à toutes les échelles, génèrent tensions et frustrations au Nord, comme au Sud. Des révoltes urbaines et parfois rurales éclatent de plus en plus souvent (révolte des ouvriers chinois en 2010 et 2011, des paysans sans terre brésiliens...).
c. Des signes d'espoir
Depuis le début du 21e siècle, des dynamiques d'intégration sont en cours dans certains territoires très largement à la marge de la mondialisation dans les années 1990, notamment dans les PMA d'Afrique. Il s'agit de périphéries dominées qui ne sont généralement pas porteuses d'un développement global, mais plutôt local :
- des territoires qui attirent le tourisme international (Cap Vert au Sénégal, pays Dogon au Mali...),
- des territoires qui commencent à accueillir quelques usines délocalisées (c'est le cas du Laos, par exemple),
- l'Afrique n'est plus tout à fait à l'écart de la mondialisation.

- L'utilisation d'Internet et du téléphone mobile est en très forte croissance. Les câbles sous-marins haut débit améliorent l'accès à Internet des villes côtières. Cependant, le Maghreb et l'Afrique du Sud concentrent, à eux seuls, la moitié des internautes africains.

- L'exploitation de ses richesses (minières, énergétiques) l'intègre dans le marché mondial. Des territoires qui offrent des ressources minérales ou énergétiques (gaz naturel et pétrole) intéressantes, comme le Golfe de Guinée, par exemple, qui va de la Côte d'Ivoire à l'Angola, sont très nettement intégrés à la mondialisation. Ce foyer de population de 250 millions d'habitants est très convoité par les FTN de l'Union européenne, des États-Unis et de la Chine. Les villes portuaires qui le bordent en sont les pivots des flux migratoires et de la vie économique. Cependant, ce sont des FTN des pays du Nord ou des NPIA qui contrôlent, pour l'instant, l'exploitation des gisements. Ces très puissantes entreprises assurent la prospérité des élites politiques des États riches en hydrocarbures, mais guère celle des populations locales.

- 900 millions d'Africains dotés de besoins immenses et loin encore d'être satisfaits, même majoritairement très pauvres, constituent tout de même un marché d'avenir et les États de la Triade commencent à s'en rendre compte.
L'essentiel
Tout en profitant à de nombreuses régions de la Planète, la mondialisation tient cependant certaines aires géographiques et humaines à l'écart de ses flux. Si dans les années 1990, la plupart des pays d'Asie du Sud et de l'Est ont enregistré une amélioration spectaculaire de leur niveau de vie, des pans entiers de l'Afrique subsaharienne (34 PMA sur 48), une partie de l'Europe de l'Est et de la CEI (Communauté des États indépendants), ainsi que de nombreux États et territoires d'Amérique latine et du Proche-Orient sont restés à l'écart de la croissance économique et du développement humain. De nombreux territoires au Sud sont encore évités par les FTN qui préfèrent investir leurs IDE dans des espaces plus rentables, mieux desservis par des réseaux de communication performants.

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