Le Mariage de Figaro : Une satire de la société - Cours de Français avec Maxicours - Lycée

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Le Mariage de Figaro : Une satire de la société

1. La satire de la justice
L'acte III consacre plus de quatre scènes au procès qui oppose Figaro à Marceline (scènes 12, 13, 14, 15 et une partie de la scène 16), ce qui peut paraître disproportionné par rapport à son enjeu.
Certes, ce procès nous est annoncé dès le début de l'acte I et nous savons combien il importe à Marceline de le gagner pour pouvoir épouser Figaro. Par ailleurs, il devient un moyen pour le Comte de ruiner les espoirs de mariage entre Figaro et Suzanne. Mais le déroulement même du procès et sa mise en scène cachent mal les véritables intentions de Beaumarchais, à savoir régler ses propres comptes avec une justice injuste (on se rappelle de sa disgrâce liée en grande partie à la décision de Goezman).

Marceline déplore le principe de recrutement des juges : être juge ne dépend en rien de la compétence mais de la possibilité matérielle d'acheter une charge : « C'est un grand abus que de les vendre », ce qui d'ailleurs consterne le juge Brid'oison qui pense qu'« on ferait mieux de [...] les donner pour rien ».

Le choix du juge est bien entendu révélateur de l'intention satirique. Il est d’abord ridicule par son nom : Brid'oison signifie « oison bridé », c'est-à-dire une jeune volaille à qui on a passé une baguette dans le bec pour l'empêcher de franchir le poulailler. Puis concernant son prénom : GUSMAN est homophonique de GOEZMAN, le juge alsacien contre lequel Beaumarchais a soutenu un procès finalement perdu. Son défaut d'élocution, le bégaiement, sied mal à quelqu’un qui doit faire preuve d'éloquence dans sa fonction. Ridiculement sot, il transforme l'absence de patronyme en vrai patronyme : Figaro, fils de personne devient « anonyme Figaro ».

Le personnage de Double-Main, qui comme l'illustre son nom, cumule deux charges, celle de greffier et celle de secrétaire du juge, dénonce ce que l'on appellerait aujourd'hui « le cumul des mandats » et la vénalité de la justice.

Beaumarchais se livre à une véritable parodie de procès, qui atteint son paroxysme lorsque Bartholo, avocat de Marceline, et Figaro, avocat de lui-même, s'opposent dans une joute verbale dont l'enjeu est l'emploi de « la conjonction copulative et » ou l'emploi de « la conjonction alternative ou ».

Enfin, le jugement rendu par le Comte est tel que la justice est tournée en dérision et devient un moyen officiel de servir des intérêts personnels sans lien aucun avec l'objet du procès. En effet, en condamnant Figaro « à payer deux mille piastre fortes à la demanderesse; ou bien à l'épouser dans le jour », le Comte condamne Figaro à épouser Marceline : il sait que son valet est dans l'impossibilité de s'acquitter d'une telle somme. D'autre part, en demandant l'exécution immédiate de la sentence, il s'assure la disponibilité de Suzanne, devenue libre de tout lien malgré elle.

2. La critique des privilèges
Le véritable sujet de la pièce est finalement l'abus de pouvoir immoral que le Comte exerce sur ses serviteurs. La relation hiérarchique féodale qui justifie une relation dominant/dominé est remise en cause et dénoncée, non seulement par ceux qui la subissent mais aussi par la Comtesse : il s'agit dès lors de démontrer que cette relation est obsolète à une époque en pleine mutation sociale. Figaro est le personnage qui, de loin, ose dire haut et fort ce que les autres déplorent : il est l'interprète des valets opprimés, et celui de Beaumarchais, homme du XVIIIe siècle, épris de justice et d’égalité.

Dans son monologue (V,3) il dénonce le privilège de la naissance qui préside aux autres privilèges : « Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie ! … Noblesse, fortune, un rang, des places ; tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de biens ! Vous vous êtes donné la peine de naître, et rien de plus. »

L'absence de relation de cause à effet entre l'appartenance à une classe sociale et l'intelligence, l'orgueil de classe, le pouvoir de l'argent, mettent en évidence, non seulement la bêtise de certains nobles mais aussi l'injustice de leur situation d'autant qu'elle n'est due qu'au hasard de la naissance. C'est ce que rappelle le 7e couplet du vaudeville qui clôt la pièce  : « Par le sort de la naissance, l'un est roi, l'autre est berger... » Etre noble c'est avoir tous les pouvoirs sans pour autant les mériter et être capable d'en user avec discernement.

Figaro condamne cette société qui repose sur des acquis sans fondements et il oppose sa valeur à la médiocrité du Comte : « Du reste homme assez ordinaire ! tandis que moi, morbleu ! ». L'évocation des divers métiers qu'il a exercés et les difficultés qu'il a rencontrées pour mener à bien ses entreprises sont autant d'exemples qui attestent l'énergie qu'il a dû déployer et l'intelligence et la ruse dont il a dû faire preuve pour ne pas se laisser anéantir : « Perdu dans la foule obscure, il m'a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu'on n'en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagne. »

Figaro remet en cause l'ordre social sur un ton amusé qui relève de l'humour grinçant. Ainsi, lorsque le Comte déplore que « les domestiques sont plus longs à s'habiller que les maîtres », Figaro s'empresse de lui répondre que « c'est parce qu'ils n'ont pas de valets pour les y aider. »

Pour réussir dans une carrière, il ne faut pas avoir de l'esprit mais être « médiocre et rampant » (V,3) ce qui confirme la caricature qu'il fait du courtisan : « Recevoir, prendre, et demander, voilà le secret en trois mots.» (II,2).

La définition qu'il propose de la politique insiste sur son hypocrisie, sa bêtise, son inutilité, ses incompétences : « Feindre d'ignorer ce qu'on sait, de savoir tout ce qu'on ignore ; d'entendre ce qu'on ne comprend pas, de ne point ouïr ce que l'on comprend [...] s'enfermer pour tailler des plumes et paraître profond, quand on est, comme on dit, vide et creux [...] répandre des espions et pensionner des traîtres. » (III,5).
Si les valets  manquent à la morale et ont recours à la ruse, c'est parce qu'ils n'ont pas le choix et que pour survivre, ils sont obligés de se battre. Au Comte qui lui reproche de ne « jamais aller droit », Figaro répond « Comment voulez-vous ? La foule est là : chacun veut courir, on se presse, on pousse, on coudoie, on renverse, arrive qui peut ; le reste est écrasé... » (III,5).

Enfin, Figaro considère que la supériorité sociale ne permet pas le non respect d'autrui. « [...] n'humilions pas l'homme qui nous sert bien, crainte d'en faire un mauvais valet. » (III,5), telle est la leçon de sagesse qu'il donne à son maître qui tente de lui démontrer que seul l'appât du gain dicte sa conduite. 

3. Libertinage et ordre social
Affranchis de toute considération d'ordre moral, les libertins poursuivent le plaisir sans tenir compte des obligations et des convenances. Opportunisme, plaisirs épicuriens, absence de morale et frivolités les caractérisent.

Le Comte correspond en tous points à cette définition : négligeant la fidélité conjugale, il convoite, pour se divertir, une femme qui ne lui appartient pas mais qu'il peut obtenir en faisant fi des convenances sociales et morales et en ne suivant que les lois de la nature, c'est-à-dire son plaisir. Ce libertinage menace l'ordre du château : les lois sont transgressées (celle du mariage, du droit du seigneur) et deux couples sont déchirés.

L'ordre social est renversé : le valet qui doit obéissance à son maître va tout mettre en œuvre pour déjouer ses plans. En affrontant son maître, Figaro rompt le pacte social qui déterminait leurs relations. La Comtesse aussi va déroger à sa position sociale en scellant une alliance avec sa camériste ; elle va se moquer publiquement de son mari en empruntant le costume de Suzanne à la fin de l'acte V. Le Comte sera obligé de constater qu'il y a « de la liberté chez [ses] vassaux » (III,4) et de fait, tous vont bafouer ses ordres en cachant et en protégeant Chérubin, injustement renvoyé du château par la jalousie du Comte.

Aussi peut-on voir dans cette comédie et jusque dans la mise en scène (reprenons pour exemple la scène du fauteuil) un véritable désordre où chacun n'est plus à la place qui lui est normalement attribuée. Il faudra attendre la fin de la pièce pour que l'ordre soit rétabli. Chacun retrouve sa vraie place et « tout finit par des chansons » (V,19).
Même si le retour à l'ordre établi condamne le libertinage, Beaumarchais, en mettant le Comte, à plusieurs reprises, en situation d'échec, illustre la vanité et l'impudence de ses intentions. Ainsi, à la scène 16, de l'acte III, la reconnaissance mère/fils est « un sot événement qui [le] dérange » ; scène 17 de l'acte III, il lui « semble que tout conspire » ; scène 4 de l'acte III, il se rend compte que « le fil [lui] échappe » et scène5 de l'acte V, il pense qu'« il y a un mauvais génie qui tourne tout ici contre moi. »

Enfin, condamné à demander publiquement pardon à sa femme (II, 19 et V,19), le Comte est obligé de reconnaître qu'être maître et mari ne donne pas tous les droits. 

4. La femme dans la société du XVIIIe siècle
La pièce de Beaumarchais insiste sur les caractéristiques de la situation de la femme : l’absence de droits juridiques pour la femme mariée la place sous la totale dépendance matérielle de son mari.
Marceline part en guerre contre ces états de fait et devient la porte-parole des femmes. Dès la scène 4 de l'acte I, elle dresse un portrait de la femme qui en dit long sur sa précarité : « Sois belle si tu peux, sage si tu veux ; mais sois considérée, il le faut ».

Le problème du respect de la femme domine la pièce : Suzanne veut que son désir soit respecté, Marceline attend depuis de longues années que Bartholo répare l'injustice qui lui a été faite (maîtresse, de surcroît engrossée, mais pas épouse), la Comtesse se bat pour retrouver son honneur et ne plus être une femme trompée.

Marceline se lance dans un long réquisitoire contre les hommes (III,16), les accusant d'user des femmes pour leur seul plaisir en abusant de leur pauvreté : « les séducteurs nous assiègent pendant que la pauvreté nous poignarde, que peut opposer une enfant à tant d'ennemis rassemblés ? ». Puis elle dénonce le mépris dont elles sont payées pour avoir assouvi leurs désirs : « Hommes plus qu'ingrats, qui flétrissez par le mépris les jouets de vos passions, vos victimes .»
Elle demande justice et qu'ils soient reconnus coupables : « C'est vous qu'il faut punir des erreurs de notre jeunesse. » Elle s'insurge contre le pouvoir des hommes sur leur femme et contre l'inégalité dont elles sont victimes : « les femmes n'obtiennent de vous qu'une considération dérisoire ; leurrées de respects apparents, dans une servitude réelle ; traitées en mineur pour leurs biens, punies en majeur pour leurs fautes... »

Certes, Marceline exprime une critique personnelle, mais très vite, le « Je » se transforme en « nous » et son discours devient celui de toutes les femmes, qu'importe leur milieu social, puisque « dans les rangs même plus élevés » les femmes souffrent des mêmes contraintes.

Enfin, en accusant les hommes, Marceline remet en question toute la société. Si les femmes sont obligées de se prostituer, c'est parce que le travail qui leur était réservé (la broderie) est donné aux hommes : « Elles avaient un droit naturel à toute la parure des femmes : on y laisse former mille ouvriers de l'autre sexe. »
Il faut donc que les femmes se soutiennent entre elles contre les hommes : la Comtesse, Suzanne, puis Marceline uniront leurs volontés et leurs ruses pour lutter contre l'emprise des hommes (même de Figaro, puisqu'il est exclu de la dernière ruse et que Suzanne va agir contre sa volonté.) :  «... nous sommes toutes portées à soutenir notre pauvre sexe opprimé, contre ce fier, ce terrible… (en riant) et pourtant un peu nigaud de sexe masculin » (IV,16).

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