Le Mariage de Figaro : Lecture méthodique 2, Acte III, scène 5 - Cours de Français avec Maxicours - Lycée

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Le Mariage de Figaro : Lecture méthodique 2, Acte III, scène 5

Le Mariage de Figaro
Lecture méthodique 2 :
Acte III, scène 5

1. Le passage
2. Situation du passage
Le Comte souhaite éloigner géographiquement Figaro pour avoir le champ libre avec la jolie camériste. Il lui propose une mission en Angleterre. Dès les premières répliques de la scène, le ton est donné : lorsque le Comte reproche à Figaro d'avoir mis du temps pour se changer (« Les domestiques ici... sont plus longs à s'habiller que les maîtres ! »), Figaro ose lui répondre que c'est parce qu'il doit le faire seul (« C'est qu'ils n'ont point de valets pour les y aider »).

Malgré la différence de rang, tous deux se posent ici en rivaux par rapport à Suzanne. Mais les deux hommes ne peuvent s'affronter physiquement pour obtenir ses faveurs, du fait de leur différence de condition justement. Le duel passe donc par la parole.
3. Lecture méthodique
a. Le duel verbal
• Les stratagèmes du Comte

Le Comte propose à Figaro d'aller à Londres, car il vient d'y être nommé ambassadeur d'Espagne, et il voudrait que Figaro devienne son porteur de dépêches là-bas. Ainsi Figaro serait absent, et laisserait Suzanne à la merci du Comte.
Figaro semble d'abord accepter, ce qui rassure le Comte, car en acceptant, Figaro laisse sous-entendre qu'il n'est pas au courant des projets du Comte vis-à-vis de Suzanne. Mais nous savons qu'il a entendu le monologue du Comte (scène précédente) et qu'il sait donc ce qu'il manigance.
Ensuite, le Comte essaie d'attendrir Figaro par leurs souvenirs communs :« Autrefois tu me disais tout ». En effet, dans Le Barbier de Séville, le Comte et Figaro étaient complices en ce qui concernait la Comtesse. Figaro ne se laisse pas prendre au piège. Il retourne les répliques en utilisant les mêmes structures et les mêmes éléments (anaphore de « combien », reprise du verbe « donner », « autrefois tu me disais tout » à quoi il répond : « Et maintenant je ne vous cache rien »). Le duel verbal est clairement engagé entre les deux hommes.

• L'arme de Figaro : son sens de la répartie

Ici, se déroule un affrontement d'homme à homme et non de maître à valet, grâce à la maîtrise du langage et à l'intelligence de Figaro. La ruse oratoire remplace le pouvoir de l'autorité. Figaro sous-entend la dépendance du Comte envers son valet (« N'humilions pas l'homme qui nous sert bien, crainte d'en faire un mauvais valet »). Figaro a réponse à tout et prend donc constamment le dessus dans le dialogue, se permettant même d'être insolent (« Y a-t-il beaucoup de seigneurs qui puissent en dire autant ? »).
Figaro a aussi l'avantage dans le domaine de l'information. Il connaît les intentions du comte, l'identité de l'inconnu du cabinet (Chérubin), et les motifs réels de l'invitation pour Londres (l'éloigner de Suzanne). Figaro va déclencher le comique (de mots, de situation), volontairement, en retardant les conclusions d'Almaviva. Il fait diversion avec la fameuse tirade de God-dam, comique dans son absurdité (il utilise ce juron pour dire tout et n'importe quoi), ses didascalies actives (Figaro se livre à une vraie pantomime), et qui met un juron à l'honneur dans la scène !

• Les apartés

Pour Figaro, l'aparté sert à montrer sa stratégie et comme il sait plus de choses que son maître, il veut le prendre à son propre piège (« Il croit que je ne sais rien »). Pour le Comte, au contraire, les apartés mettent en évidence ses préoccupations : il croit que Suzanne n'a pas parlé et que Figaro veut venir à Londres.
Grâce aux apartés, chaque personnage essaie d'entraîner le public dans son jeu et établit avec lui une vraie complicité. Le public connaît tout, les apartés reflètent une situation où chacun s'efforce de duper l'autre.
b. La relation maître/valet
• Jeu du tutoiement et du vouvoiement

Figaro se doit d'être respectueux envers le Comte : il le vouvoie, il l'appelle « Monseigneur ». Il se donne le rôle du serviteur zélé. Mais en fait, il dévalorise le Comte avec son sens de la répartie. C'est un serviteur rusé qui a réponse à tout. Figaro incarne l'image d'un homme qui trompe son maître car s'il lui est socialement inférieur, il n'en est pas moins son rival sur le plan de l'amour (Suzanne). Le Comte essaie de se défendre contre l'arrogance de son valet en lui adressant des phrases blessantes destinées à le rabaisser (« Il y a toujours du louche en ce que tu fais » ; « une réputation détestable » ; « Cent fois je t'ai vu marcher à la fortune, et jamais droit »). Il est agacé par les interventions du valet, d'autant qu'il a l'habitude qu'on lui obéisse.
Dans leur duel verbal, le Comte tutoie Figaro pour le rabaisser, alors qu'au début de la scène, il le vouvoyait. Il existe une véritable relation de compétition entre le Comte et Figaro. Le valet juge son maître sans prendre de gants, et n'hésite pas à faire part de ses jugements. Figaro veut faire preuve d'autonomie, affirmer sa personnalité ; il ne veut pas être soumis. C'est pour cela qu'il se montre insolent. Le Comte lance les sujets du dialogue mais Figaro, lui, réplique ou les détourne habilement. L'utilisation du pronom « on » permet à Figaro de camoufler ses reproches et ses critiques sous l'apparence de vérités générales (« Vous lui donnez, mais vous êtes infidèle. Sait-on... » ; « On se presse, on pousse, on coudoie, on renverse... »). Figaro domine par les mots.

• La satire sociale

L'affrontement verbal va se doubler d'une affirmation sociale. En effet, la noblesse, représentée par le Comte, et le peuple, représenté par Figaro s'opposent. Figaro impose ses idées en tant qu'homme du peuple, effronté, courageux et intelligent. Il défend les valets contre l'abus de pouvoir. Le Comte est un seigneur libertin et dominateur, il est noble, et a tout eu à sa naissance ; il n'a pas de mérite réel. De plus, il montre un certain mépris envers les serviteurs. Pour lui ce sont des gens que l'on peut acheter, car ils sont inférieurs.
Le Comte et Figaro ont en commun de convoiter la même femme, d'être menacés de cocuage, et tous deux cherchent un moyen pour duper l'autre. Figaro, même s'il défend son intérêt personnel, est aussi le porte-parole des hommes du peuple.
L'enjeu personnel se double d'un enjeu social cher à Beaumarchais et déjà très présent dans Le Barbier de Séville.

Cette scène est très représentative de la tonalité des relations entre le Comte et Figaro. La complicité qui les rapprochait dans le Barbier de Séville s'est transformée en rivalité. Figaro connaît les intentions de son adversaire. Dans cette scène de duel verbal, on assiste au jeu du valet lucide, authentique et intelligent face à un maître dont l'image et l'autorité déclinent.

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