Le dialogue philosophique - Cours de Français Terminale L avec Maxicours - Lycée

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Le dialogue philosophique

Objectif : connaître les caractéristiques d'un genre littéraire majeur, ses origines et son histoire.
1. Caractéristiques du dialogue philosophique
Genre littéraire privilégiant la forme spontanée de la conversation, le dialogue philosophique expose des idées dans une visée argumentative. Cette forme d'exposition des idées philosophiques ne saurait être tenue pour un simple procédé artificiel : la philosophie, en effet, est de nature profondément dialogique.
a. Premiers caractères
Puisque le dialogue désigne un ouvrage littéraire en forme de conversation et la philosophie, la pensée rationnelle « portant sur les problèmes humains de la connaissance et de l'action » (Morfaux, Vocabulaire de la philosophie et des sciences humaines), on peut alors définir dans un premier temps le dialogue philosophique comme un mode d'exposition sous forme de conversation de cette pensée rationnelle que nous appelons la philosophie.

Le mode d'énonciation du dialogue philosophique s'apparente à celui du théatre. Il appartient au discours. La forme du dialogue philosophique est cependant plus libre, moins soumise au découpage strict des scènes et des actes.

b. La nature dialogique de la philosophie
Le dialogue est plus qu'un simple mode de présentation pour la philosophie, il constitue l'essence même de sa démarche.
Ne disposant d'aucune certitude absolue, la philosophie se déploie comme un jeu de questions et de réponses constituant des thèses perpétuellement rééexaminées et requestionnées. Aussi, Platon, l'inventeur du genre, définit la philosophie comme un « dialogue intérieur de l'âme avec elle–même ».

Plus qu'un simple mode d'exposition, le dialogue apparaît donc comme ce par quoi la philosophie est rendue possible : la philosophie est dialogue.

2. Origines du dialogue philosophique et dialogue philosophique des origines
Le dialogue philosophique n'est pas né par hasard. Son origine est liée à une conception nouvelle du rapport de l'homme à la parole, en Grèce, au Ve siècle avant J–C.
a. Les origines du dialogue philosophique
A partir du Ve siècle avant J–C, sous l'influence des sophistes, un rapport nouveau des penseurs à la parole s'instaure.
Penseurs de la démocratie, les sophistes font descendre la parole transcendante, inspirée par les dieux, des philosophes qui les précèdent dans le domaine strictement terrestre des activités humaines. Avec Protagoras notamment, la parole prend le sens d'un appel au débat en vue de s'accorder de manière contractuelle sur le sens à donner aux affaires humaines.
Socrate, puis à sa suite Platon au IVe siècle avant J–C, opposés aux sophistes, à qui ils reprochent de dissoudre la parole dans un relativisme des opinions entraînant la discorde sociale et la décadence de la Cité, ont le souci de ne pas laisser les sophistes seuls maîtres de la parole. Aussi se placent–ils sur leur terrain, celui du dialogue, pour les contrer.
b. Socrate ou le dialogue philosophique des origines
Socrate (470–399) invente un mode de dialogue nouveau : la maïeutique.

La maïeutique désigne une méthode de questionnement permettant de faire accoucher les esprits d'une vérité qu'ils porteraient en eux sans le savoir.
Cette méthode s'oppose donc au dialogue des sophistes qui consiste à opposer frontalement des opinions et à faire triompher une opinion à l'aide d'artifices et de subterfuges pouvant relever de la séduction ou de la flatterie.
De ce mode de dialogue inventé et exercé par Socrate ne subsiste aucune trace écrite, pour la simple et bonne raison que ce dernier, ne dispensant qu'un enseignement oral, n'a laissé aucun écrit.

c. Le modèle du dialogue platonicien
Disciple de Socrate, Platon (427–347 av. J–C) reprend alors à son compte l'héritage de Socrate et met en scène ce dernier dans la plupart des dialogues qu'il écrit.

La plupart des dialogues de Platon sont conçus comme des petites comédies dans lesquels un portrait des interlocuteurs de Socrate est dressé.

  • Les dialogues commencent, après une brêve mise en situation historique et géographique des lieux et des acteurs, par l'interpellation de Socrate sur un thème qui retient l'attention de tous : la recherche d'une définition du beau (Hippias majeur), du courage (Lachès), de la piété (Eutyphron) ou encore plus ambitieusement de la vertu (Ménon), de la justice (La République), etc.
  • L'un des interlocuteurs soutient une thèse. Alors, la mise en place d'un dispositif de questionnement s'effectue. Socrate rappelle son ignorance et interroge son interlocuteur de manière à rechercher avec lui la vérité. Il ne se situe jamais en contradicteur direct mais en accompagnateur de celui qui cherche. Socrate questionne donc l'interlocuteur et tire des conclusions que ce dernier approuve.
  • Puis se produit subitement le coup de théatre qui nous fait déboucher sur une contradiction signifiant que la réponse apportée à la question posée ne valait rien. La recherche est reprise avec la formulation d'une nouvelle thèse. De temps à autre, l'énervement, la joie ou le découragement de l'interlocuteur provoque un effet de dramatisation des arguments.

Deux sortes de dialogues peuvent être distinguées chez Platon : les dialogues aporétiques qui font apparaître un problème philosophique qui restera à la fin irrésolu (et qui vise la plupart du temps à démontrer l'ignorance de celui qui affirme savoir, en l'occurrence le sophiste), et les dialogues plus positifs proposant une thèse, c'est–à–dire une solution philosophique au problème posé.

3. Permanence et transformations du dialogue philosophique
Au fil du temps, le dialogue philosophique a connu en tant que genre littéraire des éclipses et des résurgences qui l'ont amené parfois à se modifier, soit en s'enrichissant soit au contraire en s'apauvrissant.
a. Le dialogue philosophique augustinien
Composées vers 397–400, Les Confessions d'Augustin (354–430), apparent monologue, qui constitue une réflexion sur la finitude humaine et que l'on considére souvent, à juste titre, comme la naissance du genre autobiographique, doit être considéré comme un dialogue philosophique d'un type nouveau.

Augustin ne met en scène que deux personnages : lui–même et Dieu. Nous avons affaire ici à une forme chrétienne du dialogue philosophique où celui qui écrit est un homme qui s'adresse à Dieu.
Ce dialogue d'une créature s'adressant à son créateur est dissymétrique mais il s'agit bien d'un dialogue car même si la parole de Dieu est muette, elle est considérée comme première par Augustin. Cette parole est en effet celle qui autorise Augustin à s'adresser à Dieu ; la possibilité du dialogue est subordonnée à l'autorisation divine. Le dialogue se présente donc ici sous la forme d'une prière.

b. XVIIe et XVIIIe siècle ou le renouveau du dialogue philosophique
Avec le Moyen–Age, le dialogue philosophique connaît une longue éclipse.
Subordonnée à la tradition, la vérité s'énonce au cours de cette période sous une forme doctrinale dont le Traité est la forme la plus appropriée.

Le renouveau apporté à la fin de la Renaissance et plus encore, au siècle des Lumières, va remettre le modèle philosophique originaire du dialogue au goût du jour. La pratique renouvelée du dialogue prend ici à la fois le sens d'un retour aux sources de la philosophie et d'une opposition à la philosophie didactique des professeurs, présentée sous forme de traités ennuyeux.

c. XVIIe : Le retour aux anciens pour construire du nouveau
  • Galilée (1564–1642)

    En 1632, Galilée publie son Dialogue concernant les deux plus grands systèmes du Monde.
    Ce dialogue philosophique constituant l'acte de naissance de la physique moderne, qui vaudra à Galilée d'être condamné pour hérésie et de se rétracter, se présente comme une conversation entre trois personnages, Salviati, porte parole de Galilée, Sagrédo, esprit ouvert sans préjugé et Simplicio, le scolastique.
    Ce dialogue a l'ambition d'être en même temps un discours scientifique rigoureux et une forme littéraire accomplie dont le modèle de référence est le dialogue platonicien. A la différence toutefois de ce modèle, Galilée ne construira pas son dialogue selon un dispositif strictement maïeutique où le questionnant accompagne l'interlocuteur à la recherche de la vérité.

  • Pascal (1623–1662), Malebranche (1638–1715), Leibniz (1646–1716)

    Comme Galilée, Pascal, Malebranche et Leibniz écrivent un certain nombre de dialogues philosophiques où le modèle platonicien est repris sans être totalement imité.

    Parmi les plus importants de ces dialogues, on peut mentionner Les Nouveaux essais sur l'entendement humain de Leibniz (publié après sa mort en 1765) où Leibniz reprend point par point les arguments énoncés par le philosophe empiriste anglais John Locke dans son Essai philosophique concernant l'entendement humain (1690) consacré à une enquête sur l'origine de nos idées et de notre connaissance. Le dialogue philosophique se déroule entre Théophile représentant de Leibniz et Philolèthe (représentant de Locke). Leibniz critique Locke qui voit dans l'âme une table rase où l'expérience inscrit ses idées ; mais il admet une partie des thèses de Locke.

d. Le XVIIIe : entre innovation et classicisme
  • Diderot (1713–1784)

    Particulièrement rebelle et hostile à toute fixation du mouvement de la pensée, Diderot est, parmi les philosophes des Lumières le producteur de dialogues philosophiques le plus novateur.

    Il est celui qui accorde le plus d'importance au mouvement interne du texte. Le dialogue acquiert ainsi une fluidité absolue. Le Supplément au voyage de Bougainville (paru après la mort de Diderot en 1771), portant sur la question des fondements de la morale, est d'un point de vue strictement littéraire, son dialogue le plus complexe et le plus radical.

    Diderot a conçu son discours selon le procédé littéraire de la mise en abyme. Les principaux personnages sont nommés A et B. La mise en situation du début est absolument indéterminée. Nous sommes d'emblée dans une sorte de no man's land, pris au milieu d'un brouillard épais qui ne laisse voir aucun paysage, où seul un livre Le voyage de Bougainville donne prétexte de la conversation.

  • Hume (1711–1776)

    D'une perfection classique, les Dialogues sur la religion naturelle du philosophe écossais David Hume (parus après sa mort en 1779) contrastent avec le style avant–gardiste de Diderot.

    Ce dialogue dont la réflexion porte sur les fondements de la religion, constitue une autre direction littéraire prise par le dialogue philosophique au cours du XVIIIe siècle.
    Hume reprend le dispositif déjà mis en place par Galilée dans son Dialogue concernant les deux systèmes du Monde : le dialogue se déroule entre trois personnages (Cléanthe, Philon et Déméa) dont deux défendent des thèses philosophiques extrêmes (Déméa incarne le dogmatisme scolastique du religieux orthodoxe et Cléanthe incarne le scientisme conquérant). Le troisième personnage arbitre le débat, non pas comme chez Galilée de manière positive (en prenant parti pour l'un ou pour l'autre), mais de manière négative en renvoyant dos à dos les deux personnages opposés.
    La position sceptique de Hume se distribue alors dans les trois personnages, contrairement ici encore à Galilée où la thèse défendue était incarnée par l'un des protagonistes du dialogue.

4. Décadence actuel du dialogue philosophique ?
Au XIXe et au XXe siècle, la pratique du dialogue philosophique a pratiquement disparu.
Sartre et Camus, soucieux de populariser leurs thèses les ont exprimées parfois sous la forme du théatre. En ce sens, on peut dire que le théâtre s'est substitué au dialogue philosophique à proprement parler en donnant naissance à un nouveau genre théatral : le théâtre philosophique.

Depuis une dizaine d'années, un certain nombre de débats philosophiques entre des philosophes et d'autres catégories d'intellectuels, des scientifiques, notamment, sont publiés dans un souci de communication et de vulgarisation. Ces ouvrages sans ambition littéraire véritable constituent la dernière trace d'un genre littéraire que les philosophes contemporains ne pratiquent plus.

L'essentiel

Le dialogue philosophique est un genre littéraire ancien qui prend la forme d'une conversation.
Plus qu'un simple mode de présentation d'une pensée rationnelle, le dialogue appartient à la philosophie par nature. Né au Ve siècle avant J–C, le dialogue philosophique codifié par Platon a connu des périodes d'oubli puis de résurgence, notamment au XVIIe et au XVIIIe siècle, période de refus des académismes et de retour aux origines de la philosophie. Cette période semble à notre époque, révolue.

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