La science n'a-t-elle pour objet que des êtres matériels ? - Maxicours

La science n'a-t-elle pour objet que des êtres matériels ?

Le terme de « science » pose d’emblée un problème, dans l’optique qui est celle de la question posée. D’après l’étymologie latine du terme, le terme de science (scientia dérivé de scire, qui signifie « savoir ») désigne l’ensemble des connaissances humaines. La science a même pu être assimilée à une habileté technique, à un savoir-faire. Elle est liée à la recherche de la vérité.

1. Quelle définition peut-on donner de la « science » ?
a. Science et philosophie ont longtemps été synonymes
La science a longtemps été égale à l’activité philosophique elle-même, aux investigations spéculatives de l’esprit humain : science et philosophie étaient une seule et même chose.
Devenue synonyme de « raison », elle acquiert, au Moyen-âge, son autonomie par rapport à la théologie, qui repose, elle, essentiellement sur la foi. Peu à peu, la science, c’est-à-dire la philosophie, devient donc une discipline indépendante. La révolution scientifique, qui s’opère, telle que nous la concevons aujourd’hui, dès le 17e siècle, va modifier le sens du terme : la finalité de la science moderne est de comprendre la nature, c’est-à-dire de comprendre les « êtres matériels ».
b. La démarche scientifique moderne s'apparente au projet de maîtrise de la nature
On peut dire que le projet scientifique devient alors le projet de « se rendre comme maître et possesseur de la nature », selon la célèbre formule de Descartes dans le Discours de la méthode. C’est ainsi que progressivement, la science s’émancipe à son tour de la philosophie, pour s’occuper essentiellement de la nature, de la matière, et non de l’esprit. À la question : « À quoi reconnaît-on qu’une connaissance est scientifique ? », la réponse apportée sera, au 19e siècle : « À la possibilité de contrôler cette connaissance par l’expérience ». Ainsi, tout ce qui échappe au contrôle expérimental se trouve d’emblée hors du champ de la science. À ce titre, la philosophie ou l’histoire, considérées comme des disciplines autonomes, ne peuvent satisfaire les critères qui devenus ceux de la science expérimentale. On ne peut en effet traiter un événement historique, par exemple, comme on traite un phénomène physique. Cela ne signifie pas pour autant que l’histoire n’est pas une science.

2. Sciences de la nature et sciences de l'esprit
a. Étudier la nature, ce n'est pas étudier l'homme
Selon qu’elles traitent des « êtres matériels » ou des « êtres spirituels », les sciences se répartissent donc en deux catégories. Nous pouvons qualifier d’« êtres spirituels » ces « objets » particuliers que sont les phénomènes ayant un rapport avec l’activité de l’esprit humain. C’est ainsi que nous nommons « sciences humaines », ou « sciences de l’homme » ces sciences qui prennent l’homme pour objet, en tant qu’il est non pas corporel, naturel, mais pensant et agissant. On ne peut pas en effet étudier les phénomènes physiques comme on étudie les phénomènes psychiques. Or, la philosophie, la sociologie, l’histoire, la psychologie, l’anthropologie (mais aussi tout ce qui relève de la production littéraire et artistique, par exemple) doivent-elles être exclues du champ scientifique sous prétexte qu’elles ne peuvent pas être traitées avec les mêmes méthodes qui sont celles de la physique, de la médecine, de la biologie, ou de la chimie ?
La distinction établie entre des « sciences exactes » et des « sciences humaines » n’a finalement été rendue possible que par le dépassement du scientisme, ou du positivisme, courant de pensée dont on considère qu’Auguste Comte (1798-1857) fut le fondateur.
b. Les définitions élaborées par Auguste Comte et Wilhelm Diltey
Auguste Comte est en outre l’inventeur de la sociologie (le terme est utilisé par lui, pour la première fois, en 1839) ; son ambition est en effet de proposer, de concevoir et d’expliquer la société à partir d’une méthode nouvelle, à partir d’une « méthode positive », qualifiée initialement de « physique sociale ». Les phénomènes sociaux sont aux yeux de Comte bien particuliers, et doivent faire l’objet d’une discipline distincte des autres (et notamment de la philosophie). Il veut en fait établir sur des bases véritablement scientifiques l’étude des phénomènes de société : en ce sens, il prétend que ces phénomènes sont des phénomènes naturels comme les autres. Émile Durkheim (1858-1917), dans la même perspective, veut appliquer la méthode des sciences de la nature à l’étude des « faits sociaux » ; c’est pourquoi, dira-t-il, il faut « traiter les faits sociaux comme des choses », lesquels méritent le même type d’investigation rigoureuse et rationnelle utilisé pour les « vraies » sciences. En voulant, donc, faire de la sociologie une « science positive », Comte ambitionne en fait d’en faire ce que nous appelons maintenant une « science exacte ».

Wilhelm Dilthey (1833-1911), bien qu’influencé par la pensée de Comte, conteste ce positivisme scientiste, en établissant que les méthodes employées pour connaître les « choses de la nature » ne peuvent être les mêmes que celles mises en œuvre pour connaître les « choses de l’esprit ».
Max Weber (1864-1920) s’oppose également à Comte et à Durkheim, en montrant que les faits humains ne sont pas des faits naturels, mais culturels. Il propose de traiter ces faits selon une méthode « compréhensive », à la manière de Dilthey, et non plus selon une méthode basée sur un schéma « explicatif » : ne renonçant pas à rechercher une causalité des faits sociaux, la méthode compréhensive s’efforce néanmoins de comprendre le sens de ces faits ; ils doivent donc être interprétés. L’histoire est à ce titre une science interprétative.

Conclusion
La science n’a donc pas pour objet que des êtres matériels : elle devient alors une « science de l’homme ». Mais l’homme peut-il être véritablement un objet de science ? Ne faut-il pas en outre commencer à se demander ce qu’est l’homme ? L’historien n’étudie-t-il pas davantage le « passé humain » que l’homme à proprement parler ? Le psychologue ne se penche-t-il pas davantage sur le fonctionnement de l’esprit humain que sur l’homme lui-même ?
On pourrait poser le même type de questions pour chaque objet propre à chaque science « humaine » : l’ethnologie, par exemple, étudiait initialement les particularités des sociétés primitives, sans fondamentalement s’interroger sur la nature humaine, même si les connaissances acquises apportaient des renseignements supplémentaires sur l’humain en lui-même, au regard de la compréhension de son évolution. On pourrait alors se dire que la discipline qui tente le plus de répondre à la question : « Qu'est-ce que l'homme ? », c'est, finalement, la philosophie.

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