La figure de Don Juan - Cours de Philosophie Terminale S avec Maxicours - Lycée

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La figure de Don Juan

Si Don Juan semble avoir été à l’origine un personnage réel, il prit rapidement, dès le XVIIe siècle, la dimension d’un mythe – que nous connaissons surtout aujourd’hui à travers une pièce de Molière et un opéra de Mozart : il incarne, en ses diverses représentations théâtrales, musicales ou poétiques, la figure du séducteur, du libertin, de l’athée, bref, de celui qui n’impose à sa propre liberté et à ses désirs propres nulle limite, qu’elle soit religieuse, sociale, ou morale.
1. Don Juan, figure du désir humain ?
a. Le désir indéfini 
Don Juan, c’est d’abord la figure du désir in-défini (littéralement : « sans limite »), qui ne peut se fixer sur aucun objet : chaque femme aussitôt séduite cesse d’être désirable, et le désir se reporte sur une nouvelle figure, sans jamais trouver de satis-faction ultime ; ce désir n’en a littéralement jamais « assez » (en latin : satis).
 
On pourrait dire que Don Juan manifeste par là la nature et le problème propres du désir humain et de son caractère « sans fin » : comme le voulait déjà Platon dans le Gorgias, nos désirs sont comme un « tonneau des Danaïdes » qu’il faut remplir sans cesse, et qui ne peut jamais être comblé.
b. Le désir d’interdit
Plus encore, il semble que ce désir s’aiguise aux difficultés et aux interdits : la femme qui s’offre d’elle-même n’intéresse pas Don Juan, il aime à séduire celles qui lui sont interdites, celles qu’il lui faudra enlever ou conquérir de haute lutte – et c’est pourquoi par exemple la novice d’un couvent, ou une femme qui en aime un autre l’intéresseront particulièrement.

Don Juan semble d’ailleurs trouver plaisir à faire le mal pour le mal – à faire et dire exactement cela que tout un chacun désapprouve, en un désir que l’on pourrait dire de transgression : obliger un pauvre à jurer en échange d’une aumône par exemple.
c. Désir, séduction et conquête
En d’autres termes, c’est la séduction conçue comme conquête malaisée et toujours renouvelée qui est l’objet propre du désir de Don Juan, et non pas la possession, comme le montre son premier monologue dans la pièce de Molière : « lorsqu’on est maître une fois <d’une femme>, il n’y a plus rien à souhaiter (…) si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur les charmes attrayants d’une conquête à faire. » (I, 2).
2. Don Juan : figure de l'amour ou du désir ?
a. Désir et amour humains
Le désir et l’amour sont classiquement distingués pour deux raisons au moins : d’une part, parce que le désir implique un besoin ou un manque, et qu’il serait avant tout d’ordre sensible ; l’amour humain, lui, ne se fonderait pas sur un besoin de l’autre, et aurait une dimension spirituelle : c’est la personne tout entière de l’autre, son corps mais aussi son âme, qui est aimée pour elle-même.

C’est ce qui explique que le désir soit indéfiniment renaissant, tandis que l’amour peut être durable : une fois l’objet ou le corps possédés et le désir satisfait, celui-ci en appelle à des objets toujours nouveaux, au lieu que la relation amoureuse ne s’épuise ni ne se satisfait jamais au contact de l’autre : dans l’échange de paroles comme dans la relation charnelle alors, il reste toujours en l’autre de l’inconnu, de l’inaccessible, qui laissent subsister le désir.
b. De Tristan à Don Juan
Tristan et Iseult sont en quelque sorte, à cet égard, la figure mythique propre de l’amour humain, qui apparaît non pas comme désir indéfini, mais comme désir positivement infini de s’unir à l’autre, et demeure attaché au même inépuisable objet.
A cette figure idéale de l’amour s’opposerait alors précisément celle de Don Juan.
c. Don Juan, figure du désir sensible
Là où Tristan représente celui qui aime infiniment un être unique, Don Juan est celui qui au contraire aime indéfiniment des êtres multiples et incarne ainsi le caractère toujours insatisfait et problématique du pur désir sensible : il représente, dira D. de Rougemont « l’erreur inlassable du désir », la recherche désespérée d’une satisfaction ultime dans un ordre – sensible – où elle ne peut pourtant jamais être trouvée.
3. Le problème du désir, de la liberté et du bonheur
a. Don Juan, figure de la liberté ?
Selon A. Camus, Don Juan serait une figure de la condition absurde mais aussi de la liberté de l’homme : cette poursuite sans but, ce désir sans fin, seraient une des formes propres de la liberté, justement parce que l’existence humaine est par essence vouée au manque, à l’absence de fin ultime.

Mais ceci peut être discuté : la liberté humaine ne réside-t-elle pas aussi dans une capacité raisonnée à limiter, à choisir, à orienter au mieux ses désirs ? Le fait de céder toujours à l’immédiateté du désir, l’incapacité à apercevoir aucune valeur plus haute que celle-ci, ne revient-il pas au contraire à perdre toute liberté et tout choix ?
b. Désirs, liberté et bonheur

Cette difficulté se trouve confirmée si l’on aperçoit que Don Juan ne parvient en aucun cas à se rendre heureux – ce dont la damnation finale serait la représentation métaphorique dernière : Don Juan se condamne lui-même à n’être pas heureux, précisément parce que la nature même de sa quête le condamne à ne trouver jamais cet état de satisfaction absolu et stable qu’est le bonheur. Une liberté sans limites qui condamne à une éternelle insatisfaction est-elle vraiment la forme la plus haute de la liberté humaine ?

c. Finitude humaine et infini

Ainsi l’on pourrait dire pour finir que la figure de Don Juan est emblématique – et par là même, mythique – à deux égards surtout :

  • D’une part, en ce qu’elle représente, négativement, la difficulté propre de l’existence et du désir humains, voués à ne poursuivre jamais que des objets finis de façon indéfinie, sans fin dernière autre que le coup d’arrêt brutal de la mort qui signe précisément notre finitude.
  • D’autre part, parce que positivement elle nous enseigne peut-être la possibilité de cela même qui fait défaut à Don Juan : possibilité de découvrir en notre existence et surtout peut-être en celle de l’Autre une valeur et un objet plus hauts, susceptibles d’être respectés, aimés, ou désirés, de façon pour ainsi dire inlassable, nous donnant ainsi également une satisfaction, voir un bonheur, durables.
Pour aller plus loin

1. Les textes fondamentaux 

Tirso de Molina, Le trompeur de Séville : la première version théâtrale de la figure de Don Juan, qui a inspiré les suivantes.
Molière, Dom Juan, ou le Festin de pierre, Hatier, coll. « Théâtre et mises en scène », 1985 (et multiples éditions de poche et scolaires).
Mozart W. A., Don  Giovanni, multiples versions et éditions.
Baudelaire C., « Don Juan aux Enfers », in Les Fleurs du Mal.

2. Etudes sur Don Juan

Camus A., Le mythe de Sisyphe, II, 1 : « Le don juanisme », Pléïade, Œuvres complètes, pp. 152 sqq.
De Rougemont D., L’amour et l’occident, Plon, coll. 10/18, pp. 228-233, sur l’antithèse Tristan – Don Juan.
Kierkegaard, « les étapes érotiques spontanées ou l’érotisme musical », in Ou bien… ou bien…, Gallimard, en particulier pp. 71-78, sur l’infini du désir et la séduction.

 

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