L'impact des mutations de l'emploi sur le lien social - Maxicours

L'impact des mutations de l'emploi sur le lien social

Objectifs
  • Caractériser les évolutions de l’emploi.
  • Expliquer comment elles peuvent affaiblir le pouvoir intégrateur du travail.
Points clés
  • Le lien social désigne l'ensemble des relations qui unissent des individus faisant partie d'un même groupe social.
  • La précarité est une forte incertitude de conserver ou récupérer une situation économique et sociale acceptable dans un avenir proche.
Pour bien comprendre
  • L’intégration est le processus débouchant sur le partage de valeurs communes, de buts communs, entre des individus en interaction au sein d'une société ou d'un groupe social favorisant ainsi la cohésion sociale.
  • Le travail a un rôle intégrateur car il garantit un revenu mais aussi une certaine position sociale reconnue par la société.
  • Le chômage correspond à l’ensemble des personnes sans emploi mais recherchant activement un emploi.
1. Les évolutions récentes de l’emploi qui fragilisent le lien social

La croissance des Trente Glorieuses, ainsi que le progrès technique et social, ont profondément modifié la structure des emplois. Cela a eu des conséquences sur les rapports et la place des individus dans la société.

Tout d’abord la féminisation de l’emploi a modifié les relations dans la société. Le taux d’activité des femmes est passé de 50 % à 70 % entre 1970 et 2019. De ce fait, les femmes ont acquis un statut professionnel auquel s’ajoute souvent le statut de mère. D’une part, elles obtiennent ainsi une plus grande reconnaissance sociale, d’autre part, elles obtiennent aussi une indépendance financière qui leur fournit un rôle économique mais aussi les protège en cas de séparation. Elles peuvent donc ainsi maintenir leur mode de vie. Cependant, si le lien professionnel se renforce pour elles, c’est souvent au détriment du lien familial car elles ont aussi moins de temps à consacrer à leurs enfants. En outre, la garde d’enfants est souvent aussi un frein à l’intégration des femmes dans le monde professionnel car bien souvent, elles sacrifient leur carrière pour s’occuper de leur progéniture.

En outre, d’autres mutations ont aussi un impact que le lien social. La numérisation du travail, par exemple, modifie le lien social et parfois la sociabilité des individus. Les individus en télétravail sont moins en interaction directe avec les autres, ce qui diminue aussi leur chance de développer des liens amicaux et amoureux au travail. Le travail étant toujours le premier lieu de rencontre du conjoint (14 %), le fait de ne pas pouvoir se croiser pendant les temps de repos diminue les possibilités de rencontre entre collègues.

Ensuite, les mutations de l’emploi ont abouti à des segmentations au sein de la société, parfois excluantes pour les individus. La salarisation a intégré davantage les individus en leur offrant revenu et protection sociale, mais le statut d’indépendant ne garantit pas ce lien économique. Les indépendants se sentent ainsi moins protégés et donc moins intégrés et s’opposent eux-mêmes parfois aux salariés qu’ils considèrent comme privilégiés.

Par ailleurs, les personnes ayant une emploi atypique (CDD, intérim, temps partiel subi, etc.) ne se sentent pas pleinement intégrées à la société, car leur situation n’est pas pérenne. Il n’ont pas l’assurance d’avoir un revenu décent et stable sur du long terme; et ils ne participent pas assez à la production pour satisfaire tous leurs besoins (loisirs ou vacances ne sont pas satisfaits). De plus, leur manque de stabilité empêche aussi leur reconnaissance sociale, car leur statut professionnel n’est pas garanti. En France la norme est l’emploi en CDI pour obtenir un logement, un crédit, etc.

Enfin, si le travail a un rôle intégrateur, le chômage ou l’inactivité est souvent facteur d’exclusion. Le taux de chômage persistant depuis quarante ans autour des 7 %, lié en partie aux mutations économiques, sociales et politiques, est donc aussi une explication à l’effritement du lien social. Nous allons voir comment.

2. Les effets du chômage : pauvreté et précarité

La perte d'emploi entraîne la perte du revenu qui lui était associé. L'augmentation du taux de chômage dans la société peut donc signifier une augmentation du taux de pauvreté.

La pauvreté correspond au phénomène de manque de ressources par un individu ou un ménage relativement au reste de la société.

La pauvreté peut être définie selon trois approches :

  • la pauvreté monétaire : purement quantitative, elle désigne la situation de ménages dont le revenu est inférieur à un certain seuil. Au niveau européen, on considère qu'un ménage est pauvre si son revenu est inférieur à 60 % du revenu médian dans la société où il vit ;
  • la pauvreté en conditions de vie : elle désigne la situation de ménages qui n'ont pas accès à un certain nombre de biens et services considérés comme fondamentaux. On mesure cette pauvreté par un certain nombre de critères de bien-être (alimentation, logement, habillement, santé, éducation, relations sociales, sentiment de sécurité, etc) ;
  • la pauvreté subjective : elle désigne les ménages et individus qui se déclarent pauvres.

Ces trois dimensions ne se recoupent pas forcément. L'emploi ne protège pas nécessairement de la pauvreté. Entre 1 et 1,9 million de personnes exercent un emploi mais disposent d'un niveau de vie inférieur au seuil de pauvreté. Le nombre de travailleurs pauvres a ainsi fortement augmenté ces dernières années. C'est un phénomène que l'on a qualifié de « nouvelle pauvreté », et qui concerne surtout des travailleurs en situation de précarité.

La précarité est une situation de fragilité et de forte incertitude face à l'avenir.

La précarité et la pauvreté renvoient à des phénomènes différents. La pauvreté est une situation (objective ou subjective) de manque de ressources matérielles. La précarité est une situation de fragilité où les individus ont le sentiment qu'ils risquent de manquer de ressources matérielles (revenus, logement, etc.) ou symboliques (emploi, statut).

Serge Paugam (1960-) met en évidence deux dimensions possibles de la précarité pour un salarié :

  • précarité du travail : c'est un défaut d'intégration professionnelle. Le salarié trouve peu d'intérêt dans son emploi et ne s'y identifie pas ;
  • précarité de l'emploi : cela correspond à la situation d'un travailleur qui dispose d'un emploi en contrat atypique. Son emploi n'est pas garanti dans le long terme.

Pour lui, la précarité de l'emploi et du travail correspond à une première phase de la disqualification sociale. Les individus précaires sont dans une situation de fragilité et d'infériorité sociale. Ils peuvent être stigmatisés comme tels par le reste de la société et les travailleurs sociaux, ce qui peut accentuer leur exclusion (car ils perdent confiance en eux ou revendiquent une aide sociale dont ils deviennent dépendants). Ainsi, la pauvreté et la précarité sont facteurs d’exclusion sociale.

3. L’exclusion sociale liée au chômage et la précarité

De nombreuses études ont montré que les conséquences du chômage ne sont pas seulement monétaires et économiques, mais aussi sociales.

Paul Lazarsfeld (1901-1976) a montré comment le chômage avait de fortes conséquences sur la vie sociale des individus. Les chômeurs perdent peu à peu leurs repères et leurs habitudes (notamment en ce qui concerne leur emploi du temps), ainsi que leur confiance en eux, ce qui nuit à leurs possibilités futures de retrouver un emploi. Se sentant inutiles, ils s'isolent ainsi peu à peu les uns des autres, et le lien social qui les rattachait à la société s'effrite.

Robert Castel (1933-2013) a mené une analyse de la société salariale et de son effritement dans la France contemporaine. Ses travaux montrent que la situation des individus dans le monde du travail est un élément déterminant pour comprendre l'intégration ou l'exclusion sociale. Il montre que l'exclusion est un processus social et non un état, et que ce processus passe par des situations de précarité et de chômage.

Il détermine trois situations possibles pour les individus dans le processus d'exclusion :

  • une zone d'intégration : les individus bénéficient d'un emploi stable et de fortes relations sociales ;
  • une zone de vulnérabilité : l'emploi devient précaire, voire les individus perdent leur emploi. La sociabilité s'amoindrit ;
  • une zone de désaffiliation : les individus perdent progressivement les liens sociaux qui les relient aux autres et à la société dans son ensemble.

Ainsi, le chômage est facteur d’exclusion sociale.

 

 

En conclusion, le travail joue un rôle dans l’intégration sociale et de ce fait il joue aussi un rôle dans l’exclusion sociale de ceux qui en sont dépourvus.

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