L'être humain : un être perfectible - Maxicours

L'être humain : un être perfectible

Objectifs
  • Comprendre la notion de « perfectibilité » de l’être humain.
Points clés
  • Le concept de perfectibilité évolue depuis l'Antiquité jusqu'aux Lumières.
  • On distingue la perfectibilité morale de la perfectibilité scientifique et physique.
Pour bien comprendre
  • Éducation nouvelle
  • Éduquer ou instruire
1. Un être perfectible
a. La faiblesse native de l'être humain

Chez Platon, dans Protagoras, l’Homme est une créature oubliée lors de la répartition, par Prométhée et Épiméthée (deux frères titans), à toutes les créatures vivantes, des capacités de subvenir à leurs besoins. Par exemple, tel animal est doté de vitesse, tel autre de force, tel autre d'agilité, tel autre encore de piquants ou d’une fourrure épaisse. À la fin de cette distribution, Épiméthée se rend compte qu’il n’a rien gardé pour l’Homme : il est faible, nu et sans qualité physique remarquable.

Ce mythe tente de rendre compte de la faiblesse native de l’être humain. Dans ce mythe, la faiblesse de l’Homme est compensée par Prométhée, qui vole le feu et les arts techniques aux dieux qui les pratiquent, pour les offrir aux êtres humains, afin qu’ils puissent subsister. Par la suite, Zeus leur offrira le sens de la pudeur et de la justice, pour leur permettre de vivre en société.
Cette idée est reprise plus tard par Pic de la Mirandole à la Renaissance, dans De la Dignité de l'Homme. Dans ce discours, l’être humain est présenté comme une œuvre « indistinctement imagée », sans place déterminée, ni aspect propre, ni don particulier. Pic de la Mirandole fait de cette indétermination la plus grande dignité de l’être humain, car il doit définir sa propre nature par son jugement, et se modeler lui-même, au risque de sombrer dans la bestialité, mais aussi par décision de se hisser jusqu’à la divinité.

On voit ainsi que ce qui est perçu dans Protagoras comme une faiblesse, est présenté par Pic de la Mirandole comme une force et une opportunité unique, qui fait de l’Homme une créature libre de se déterminer elle-même.

 

b. « Perfectibilité » selon Rousseau

Cette capacité de se déterminer soi-même devient chez Rousseau à l’époque des Lumières ce qu’il appelle la « perfectibilité » de l’être humain, caractéristique qui le rend supérieur aux autres créatures vivantes.
Selon Rousseau (Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, 1755), dans l’animal, la nature s’exprime librement et le contraint complètement. À l’inverse, l’être humain est libre, il peut s’autodéterminer, s’adapter, se perfectionner, acquérir des capacités et des connaissances. Son indétermination lui permet de choisir sa destinée. Attention cependant, cette indétermination peut être source de progrès comme de malheurs.
En effet, ce qui peut être acquis peut tout aussi bien être perdu. De plus, cette perfectibilité nous a tirés aussi de notre condition originaire dans laquelle l’être humain coulait « des jours tranquilles et innocents ».
Constatant l’aspect aussi bien positif que négatif de cette caractéristique, Rousseau ne nous invite pas cependant à regretter l’état de nature qu’il imagine être le premier état de l’Homme, au contraire. La perfectibilité de chaque individu a donné naissance à la notion d’éducabilité de l’enfant. 

La notion d'éducabilité de l'enfant est un principe éducatif qui affirme que tout être humain peut progresser dans son apprentissage.
c. Un idéal pour l'humanité

À l’époque des Lumières, ce concept de perfectibilité de chaque individu s’étend aussi à l’humanité entière. Dans son essai Qu’est ce que les Lumières (1784), Kant propose comme idéal pour chaque être humain de sortir de « l’immaturité intellectuelle », état dans lequel ils ne peuvent librement utiliser leur entendement sans être guidés.

À l’inverse, les philosophes des Lumières luttent contre la puissance de l’Église et contre le despotisme monarchique qui maintiennent les êtres humains dans cet état de soumission intellectuelle. Ils ont foi en un progrès politique et social. La notion d’égalité entre les êtres humains s’impose comme un idéal, chaque être devant être éduqué pour devenir un citoyen « éclairé » qui puisse se servir librement de son propre entendement.

Selon Kant, c’est la destinée de l’espèce humaine entière que de se rapprocher à chaque génération d’une société plus juste, plus égalitaire et surtout instituée librement par les citoyens et les citoyennes eux-mêmes. D’où le rôle majeur que les philosophes des Lumières attribuent à l’éducation.

2. Différentes perfectibilités
a. Une éducation complète

La perfectibilité de l’être humain, une fois posée comme principe, nécessite cependant d’être envisagée de différentes façons. Il y a en effet plusieurs domaines dans lesquels les êtres humains peuvent se développer.

Dans la lettre que Pantagruel adresse à son fils Gargantua pour lui donner des directions concernant son éducation, Rabelais expose l’idéal humaniste de l’éducation qui consiste à ne pas seulement s’intéresser au développement intellectuel de l’enfant, mais à s’adresser à tous les différents aspects de l’être, et pour commencer, « à bien progresser en savoir et en vertu », c’est à dire moralement comme intellectuellement. L’éducation artistique est aussi valorisée, ainsi que religieuse et physique (le maniement des armes par exemple). Il insiste pour finir sur l’importance d’allier et la connaissance (la science) et la sagesse (la conscience) pour développer aussi son sens moral : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »

b. La perfectibilité morale

Dans quels domaines l’être humain est-il éducable ou perfectible ? Doit-on l’éduquer moralement ? À ce sujet deux visions s’opposent.

L’une est défendue par des philosophes plutôt pessimistes (comme Hobbes par exemple), qui prétendent que sans éducation l’être humain serait un être sauvage et cruel, un « loup » sans pitié qui serait incapable de vivre dans une société pacifiée. Cette vision a donné naissance à toute une tradition philosophique dans laquelle l’être humain est présenté comme étant par nature un être égoïste, prêt à lutter sans pitié pour sa survie, et à donner libre cours à toutes ses envies.
Selon Alice Miller, cette vision pessimiste se retrouve aussi dans une certaine méfiance envers les enfants, qui sont perçus comme des êtres égocentriques, avides et violents qu’il faut à tout prix éduquer pour les rendre aptes à la vie d’adulte en société.

Cependant d’autres philosophes ont une vision différente. Pour Rousseau, l’être humain est naturellement bon et c’est la civilisation et les institutions qui rendent les Hommes méchants. Dans son Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, Rousseau défend l’idée que l’Homme était libre et bon avant l’apparition de l’agriculture, des villes et des États. Selon lui, même l’écriture ou l’imprimerie, perçues spontanément comme des progrès essentiels de l’humanité, n’ont fait qu’empirer les choses.
La pensée de Rousseau, qui proposa lui-même un traité de pédagogie, a beaucoup influencé le mouvement de l’éducation nouvelle, notamment dans le fait de prôner une intervention très limitée dans l’éducation de l’enfant, en suivant sa nature. Dans les pédagogies influencées par cette pensée, les enfants doivent subir le moins de contraintes possible, et l’enseignant doit davantage être un accompagnateur qu’un maître.

c. La perfectibilité scientifique et physique

Une autre façon de concevoir cette perfectibilité de l’être humain est liée à la pensée scientifique et aux progrès technologiques. Les avancées de la science donnent de plus en plus la possibilité aux êtres humains de se rendre maîtres de la nature. Les nombreuses avancées de la médecine moderne, de l’informatique, de l’intelligence artificielle, de la biologie et des neurosciences offrent la perspective d’augmenter l’être humain en tant qu’espèce. De le réparer, voire de dépasser les contraintes de l’espèce humaine pour créer, selon la pensée transhumaniste, une nouvelle espèce, libérée des contraintes liées au corps, à sa dégénérescence et sa mortalité, le corps étant perçu alors comme une « machine » susceptible d’être améliorée indéfiniment.

Dans cette perspective, l’Homme pour se perfectionner ne peut se raccrocher qu’aux progrès de la technoscience. Ce qui relègue à l’arrière-plan l'idéal politique et social des Lumières où les êtres humains prenaient collectivement en main leur destin de façon autonome.

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