Éduquer ou instruire ? - Maxicours

Éduquer ou instruire ?

Objectif
  • Comprendre la différence entre ces deux termes et ce qu’ils impliquent en termes de vision de l’enseignement.
Points clés
  • Le rôle de l’école a été successivement d’instruire ou d’éduquer.
  • Instruire et éduquer sont des termes qui véhiculent deux visions qui s’opposent.
Pour bien comprendre
  • L’Éducation nationale
  • L’éducation nouvelle
1. Instruire ou éduquer : le débat
a. Définition

Passons d’abord en revue la définition de ces deux termes.

  • Instruire, c’est transmettre un ensemble de connaissances et de savoirs d’une génération à une autre.
  • Le mot « éducation » est issu du latin educatio, du verbe ducere qui signifie « conduire, guider ». L’éducation renvoie au développement de l’être humain. Éduquer, c’est donner tous les soins nécessaires à la formation et à l’épanouissement de la personnalité de l’enfant ou de l’adolescent. 

On le voit, l’instruction est centrée sur la transmission de connaissances tandis qu’éduquer est une notion plus large. Elle suppose de considérer l'élève comme une personne dans son intégralité.

La question soulevée dans le débat public est de savoir s’il revient à un système d’enseignement pris en charge par l’État comme l’Éducation nationale d’assurer uniquement cette transmission de connaissances, ou plus largement d’éduquer.

b. Deux visions opposées de l'enseignement

Le modèle de l’école centré sur l’instruction suppose avoir des enseignants spécialisés dans leur matière et un programme d’enseignement centré sur les fondamentaux, c’est-à-dire le bagage minimal avec lequel tout élève devrait sortir de l’enseignement obligatoire. L’apprentissage est perçu comme issu de la transmission des savoirs par l’enseignant, de façon verticale. L’enseignant transmet ses savoirs, l’élève les reçoit. 

Le modèle de l’école centré sur l’éducation s’intéresse davantage aux conditions de l’apprentissage et à l’épanouissement général des élèves. Il intègre par exemple des considérations sur le milieu dont l’enfant est issu, la gestion de la classe, la motivation des élèves, l’orientation, etc. L’approche éducative est davantage centrée sur l’élève que sur l’enseignant lui-même.

L’éducation renvoie à l’idéal d’une école ouverte sur la société, qui prépare les élèves à mener une vie de citoyen·ne, à travers par exemple l’éducation aux médias et à l’information, l’éducation sexuelle, l’enseignement moral et civique, l’éducation à la sécurité routière, la sensibilisation au développement durable, etc.

Il s’agit de faire entrer la vie à l’école et de préparer à la vie en société. 

c. Critiques

Dans une perspective plus éducative de l’enseignement, l’instruction se fonde sur une vision partielle de l’élève, réduit à ses capacités intellectuelles, sans prise en compte de son histoire et sa personnalité complète. L’accumulation des connaissances, sans appropriation réelle, ne permet pas à l’élève d’exercer son esprit critique et son autonomie. Il devient, selon l’expression de Montaigne une « tête bien pleine » par opposition à une « tête bien faite ». 

De plus, l’approche instructionniste tend à ignorer les conditions de vie extérieures subies par certains enfants, et renforce les inégalités en voulant imposer à tous les élèves le même programme d’instruction et les mêmes rythmes.

Pour les instructionnistes en revanche, l’école va trop loin dans ses missions. Elle déborde notamment sur le rôle des parents. Elle ne remplit plus son rôle d’instruire, car elle est trop occupée à éduquer, ce qui ferait baisser le niveau général de l’instruction. Enfin, ce ne serait pas le rôle des enseignants d’éduquer, car ils ne sont pas formés pour cela.

2. De l'instruction publique à l'éducation nationale

Dans l’histoire de notre système public d’enseignement, ces deux visions ont également influencé l’action politique.

Le système public d’enseignement que défend Condorcet a pour finalité d’instruire : « Il faut donc que la puissance publique se borne à régler l’instruction, en abandonnant aux familles le reste de l’éducation » (1791). Attention cependant, car la question de l’éducation qu’aborde Condorcet n’est pas celle de l’épanouissement de l’enfant, mais surtout celle de l’éducation religieuse, sujet délicat à l’époque comme aujourd’hui. Pour le reste, Condorcet propose bien un enseignement plus large que la seule instruction de l’élève. Il veut former un futur citoyen, « apte à connaître ses droits, les défendre et les exercer », à « juger ses actions et celles des autres », « choisir et surveiller » ses représentants politiques, etc.

A la même époque, Rabaut Saint-Étienne, député du Tiers État, met en valeur lui aussi cette opposition : « Il faut distinguer l’instruction de l’éducation nationale. L’instruction publique éclaire et exerce l’esprit, l’éducation doit former le cœur ; la première doit donner les lumières, et la seconde les vertus ; la première fera le lustre de la société, la seconde en fera la consistance et la force. »

Lorsque, quasiment un siècle plus tard, est constitué le premier système d’enseignement gratuit, obligatoire et laïque en 1882, Jules Ferry est ministre de l’Instruction publique. Il met en place, entre autres, une instruction morale et civique qui doit se substituer dans les écoles à l’enseignement religieux. 

« L’instruction religieuse appartient aux familles et à l’église, l’instruction morale à l’école. »

Mais l’emploi du mot « instruction » est ici aussi assez trompeur, car la morale et la citoyenneté sont des questions plutôt d’éducation et non d’instruction. D’ailleurs J. Ferry considère que les enseignants sont des éducateurs à part entière : 

« Pour cette partie capitale de l’éducation  [i.e. l’instruction morale], c’est sur vous, Monsieur, que les pouvoirs publics ont compté. En vous dispensant de l’enseignement religieux, on n’a pas songé à vous décharger de l’enseignement moral : c’eût été vous enlever ce qui fait la dignité de votre profession. Au contraire, il a paru tout naturel que l’instituteur, en même temps qu’il apprend aux enfants à lire et à écrire, leur enseigne aussi ces règles élémentaires de la vie morale qui ne sont pas moins universellement acceptées que celles du langage et du calcul. » (Lettre aux instituteurs, 1883)

Ce serait donc un contre-sens que de penser que J. Ferry aurait choisi d’abord et uniquement l’instruction comme mission essentielle de l’enseignement primaire. 

Par la suite en 1932, le Ministère de l’Instruction publique devient celui de l’Éducation nationale que nous connaissons encore actuellement.

Enfin, on trouve dans la loi de 2005, la définition des missions de l’enseignement public : « Outre la transmission des connaissances, la Nation fixe comme mission première à l’école de faire partager aux élèves les valeurs de la République. » (article 2 de la loi n° 2005-380 du 23 avril 2005 d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école). On retrouve encore au XXIe siècle cette double mission de transmettre des connaissances et former le futur citoyen. Cette éducation est même présentée comme la mission première de l’école.

3. Conclusion

 L’instruction incarne une vision plus restrictive de l’enseignement et plus traditionnelle aussi. Dans le monde actuel, l’éducation est davantage mise en avant avec la nécessité d’éduquer les élèves à des questions de citoyenneté de plus en plus complexes (changements climatiques, accès à l’information et aux médias, enjeux numériques et technologiques, etc.)

L’enseignant actuel est « bon gré, mal gré » aussi un éducateur et c’est une lourde responsabilité.

Cependant, nier l’instruction ou l’éducation ne rime à rien, ce sont deux composantes essentielles de l’enseignement, il n’y a pas de choix binaire à faire, mais un équilibre périlleux à assurer.

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